L’ARMÉE DE TERRE ET LA MARINE

 

Ce sont  les deux bras armés de la politique de Byzance, ils répondent aux impératifs que nous venons

de voir et qui ne peuvent être tous réglés par la diplomatie. Il s’agit de la protection des frontières

et des voies commerciales, terrestres ou maritimes. 

Dans les deux cas, les Thèmes* tiennent une place capitale dans le dispositif. 

 

LES THÈMES ET LEURS POPULATIONS

La notion de Thèmes terrestres ou maritimes correspondent approximativement aux régions. Leurs populations sont maintenues avec des transformations, des mises à jour, et leur implantation perdure jusqu’au XIIe siècle.

Les effectifs armés stationnés sont de l’ordre de 5 à 15 000 hommes composés en majorité d'autochtones. (Cheynet 1995, p. 321 et 2007, p. 151-174)

Sur la carte (ci-contre), le Thème des Arméniaques qui aurait dû être à droite était incorporé à l’époque dans celui de la Mésopotamie, après l’intégration de leurs princes à la cour de Byzance. Il ne  figure plus sur cette carte.

 

UNE ARMÉE DÉVOUÉE

Entièrement dévouée à l’empereur et à sa politique, elle était une des plus importantes de la région. Rambaud qui cite Ibn Khordadbeh, parle d’une force numérique qui pouvait rassembler pour une opération donnée près de 120 000 hommes bien entraînés. (Rambaud 1870, p. 307 et suiv.).

De nombreux contingents étrangers sûrs y étaient intégrés. Elle fut particulièrement efficace contre les Hongrois, les Bulgares, les Russes et les Arabes musulmans. Indépendamment du nombre, elle était surtout le digne successeur des Légions romaines dont  elle possédait toute l’organisation et la discipline. 

Le Strategikon* au VIe siècle, est un traité sur l’art de la guerre,  de l’empereur Maurice. C'est un ensemble d’une douzaine de livres qui codifie la guerre, de l’équipement du soldat jusqu’à la tactique à adopter suivant la nationalité des adversaires. Ouvrage encore utilisé et suivi au Xe siècle par les traités des empereurs, le Tactica* de Léon VI et Nikophoras Ouranos gouverneur d'Antioche, les De velitatione* bellica (Traités de la guérilla) et le Praecepta Militaria de Nicéphore II, qui décrit dans le moindre détail l’équipement des armées.         (Dagron 2011)

Constantin VII, s’appuyant sur le De Admimistrando imperii* composera le De Thematibus (le Traité des Thèmes) dont certaines parties en sont un résumé. 

(Lounghis 1973, 299-305)

Il complète ainsi leur description historique et géographique. L’ensemble représente une source d’information inestimable sur l’histoire de l’époque.

(Cheynet 1995, p. 321 et suiv. ; et 2007, p. 151-174).

Les Arméniens formaient près du tiers des forces armées. Schlumberger cite Ashogh'ig, l'historien  arménien contemporain, qui raconte une défaite au cours de laquelle le basileus dut son salut à son infanterie arménienne. 

(Schlumberger 1896, cite, p. 671).

La présentation des miniatures par Guévorkian, concernent l’armement arménien du Xe siècle représenté par différents miniaturistes, est en grande partie valable pour les armées byzantines sauf pour la cavalerie plus légère.                                (Guevorkian 1978, planche XX, différents auteurs et manuscrits des XIIIe et XVIIIe siècles).

Constantin VII, s’appuyant sur le De Admimistrando Imperio réalisera lui le De Thematibus (le Traité des Thèmes) dont certaines parties en sont un résumé. (Lounghis 1973, 299-305). Il complète ainsi leur description historique et géographique. L’ensemble représente une source d’information très intéressante sur l’histoire de l’époque. Elle prendra en compte d’une manière moderne les problèmes de commandement, de la sécurité des hommes et de leur confort. La remise en question permanente était de rigueur dans une armée qui devait se battre sur de nombreux fronts, quelquefois plusieurs en même temps.

(Bréhier 1970, p. 271 et suiv.)

Dans l’infanterie, les tagmata furent les bataillons de chocs, composés de 1500 à  4000  hommes, fers de lance de l’armée. (Cheynet 1995, p. 322 et sui.).

Destinés à protéger les frontières, ils pourront être créés sur place, tels par exemple que les tagmata Armenion en Cilicie lors des conquêtes de Nicéphore ou de Jean Ier Tzimiscès. (Dédeyan 2002, p. 23 citant Ahrweiler 1960, p. 34).

L’éclatement de l’Islam et le retour des Bulgares ou des Russes ont diversifié les théâtres d’opérations, qui nécessitent ainsi des avant-postes permanents avancés le long des frontières et des tactiques différentes adaptées aux divers ennemis.

 

LA CAVALERIE, UN RÉGIME D’ÉLITE

Ainsi les cavaleries lourdes ou légères sont largement utilisées pour les déplacements rapides. Nicéphore Phocas crée un régiment d’élite, les Kataphractos. (Cheynet 2007, p. 221). Jean II Tzimiscès ne fut pas en reste avec la création du corps de cavalerie d’élite des Immortels, dans lequel servaient de nombreux nobles. Léon le Diacre et Skylitzès sont les chroniqueurs contemporains étudiés par Schlumberger pour la période, et il nous en donne des descriptions fiables. (Schlumberger 1969 citant les deux auteurs : Léon le Diacre 1828 et Skylitzès 1570)

Les tactiques sont bien réglementées pour les actions menées en fonction du type d’adversaire, de pays et aussi de la topographie auxquels on a affaire.

 

LA MARINE, AUTRE BRAS ARMÉ  

Elle évolue de la même façon suivant l’orientation de la politique et les attributions du moment. On distingue, comme pour les Thèmes terrestres, des Thèmes des provinces maritimes, à côté de la marine impériale basée à Constantinople. Paradoxalement en charge de la protection des côtes de la mer Égée et de leurs îles, les Thèmes régionaux avaient en charge l’entretien des flottes des provinces. Pour les grandes expéditions, ils rejoignaient la marine impériale sous les ordres du drongaire, du ploïmon (l’amiral). Celle-ci pouvait ainsi rassembler plusieurs centaines de navires.

 

UNE FLOTTE COMPOSÉE DE DROMONS

Elle était principalement composée de l’emblématique bâtiment qu’était le "dromon", décrit dans le Strategika et le Tactica de Léon VI ou dans De Administrando Imperio. (De Administrando Imperio, liv. I, ch. 51.) Navire long, à rame ou à voile, pouvant transporter un équipage de deux à trois cents hommes. Plus ou moins équipés, en particulier du fameux feux grégeois dont on a aujourd’hui perdu la recette, tellement elle était gardée secrète. Présente depuis le Ve jusqu’au XIIe siècle, la politique de Byzance ne pouvait se concevoir sans cette flotte.

Comme on le voit ci-contre, c’est un grand bateau à rame, jusqu’à 50 mètres de long, pouvant supporter des voiles. Il transportait le fameux "feu grégeois" et éventuellement une petite catapulte.

Hélène Ahrweiler, après l’étude des textes contemporains qu’elle a faite, nous donne des chiffres que nous avons du mal à imaginer. (Ahrweiler 1966, p. 20 et suiv.) Ainsi Constantinople pouvait abriter plus d’une centaine de dromons ; des expéditions comme celle montée pour reprendre la Crète (961) aux Arabes musulmans faisaient appel à plusieurs centaines de dromons, sans compter les unités plus légères. (Schlumberger 1890, p. 32 et suiv.)

 

LA SÉCURITÉ DES VOIES COMMERCIALES

L’effort de Byzance pour son armement maritime était considéré comme une priorité. Il atteint son apogée pendant le règne des Macédoniens avec la surveillance des territoires reconquis. A partir du XIe siècle, compte tenu de son coût, elle ne profita pas de la même attention, et cette négligence affaiblira dramatiquement Byzance.

Des thèmes maritimes seront basés également en Italie, en Dalmatie, etc., sous la responsabilité du catépan*.

 

Théophano Skleraina pouvait partir tranquille !

 

Thèmes byzantins vers 950. Cliquez pour le site.

 

 

Infanterie byzantine Xe et Xe siècles. Reconstitution Carl Epin 

 

 

Regroupement de différents armements,

armée arménienne au Xe siècle. Guevorkian, 1978, pl. XX.







 

Cavalerie lourde. Equipement lourd. http://carlpepin.com/2011/01/24/le-systeme-militaire-byzantin

 


Reconstitution d’un dromon d'après les textes. Voir lien..

 

 

Utilisation du feu grégeois par la marine byzantine.  

Chronique Skylitzès. W. Amandajm

 

 

Les Byzantins repoussent les Russes en 941 avec leurs dromons. Skylitzès. W. CPlakidas