L'ART BYZANTIN    

 

La  seule appellation de l’Art Byzantin évoque en nous culture, richesses, luxe, élégance, parfum d’Orient  dans une atmosphère de délicat mystère. Il serait présomptueux de penser décrire ici en deux mots ce monument de civilisation que fut son apport dans les nombreuses disciplines artistiques décrites.

La parenthèse "macédonienne", profitant du sursaut politique et économique, accentuera cette richesse artistique.

 

On peut résumer son universalité en citant Rambaud, avec les mots du XIXe siècle :   "quatre grandes races d’hommes ont reçu les bienfaits intellectuels de Byzance ; le monde germanique et occidental, où après la chute de l'Empire d’Occident Byzance a continué l'éducation des rois barbares commencée par Rome ; les Arabes, ses ennemis, qui lui ont dû la splendeur intellectuelle de Bagdad, de Salerne et de Cordoue ; les Turcs, ses destructeurs ; les Slaves et les Grecs modernes, ses héritiers." (Rambaud 1870, Préface, XII)

 

CONSTANTIN VII, UN FIN LETTRE

La culture et la littérature étaient de qualité, car la période, avec Constantin VII, était en pleine effervescence, lui-même étant un fin lettré instruit en astronomie, en mathématique, en architecture, en musique, en peinture ou en sculpture. Il participa ainsi à des compilations comme celle du Livre des cérémonies*, du "De Administrando Imperio" ou des "Livres des Thèmes", et encouragea la réalisation de divers autres ouvrages des auteurs contemporains comme Léon le Diacre, la Continuation de Théophanes,  l’Encyclopédie hagiographique de Syméon Métaphraste (ou le Ménologe*, terminé sous Basile II), etc...

 

LES ARTS MACÉDONIENS : ARCHITECTURE,

FRESQUES, MOSAÏQUES, IVOIRES, MINIATURES, ETC...

Déjà, au IXe siècle, un auteur arabe prisonnier des Byzantins, Ibn ben lahja, tient les propos suivants rapportés par Ebersolt : "Constantinople donne l'impression d'une ville très puissante et remplie d'œuvres d'art". Pour ces dernières, précisons que la ville fut le principal marché des reliques, jusqu’à leur dispersion lors de sa conquête par les croisés en 1204. (Ebersolt 1919, p. 28)

À Constantinople même, grâce à Basile Ier et Constantin VII, jamais le palais Impérial ne fut aussi éclatant. Fresques et mosaïques restaurées s’y succéderont. (Ebersolt 1910, p. 128,129). Liutprand, l'évêque de Crémone, durant ses ambassades controversées, en fait une description dans ses relations de voyages Antapodosis et le De Legatione Constantinopolitana, qui permet d’apprécier la richesse de cette décoration. (voir en Annexe - Auteurs anciens)

Certains parlent même d'une "Renaissance macédonienne", qui couvrirait une période de près de 250 ans, située entre la période primitive de Constantin le Grand et la période tardive des Comnènes et des Paléologues, qui suivront aux XIIe et XIIIe siècles.

En effet si les Arts en général ont marqué le pas sous les coups de boutoir des différents envahisseurs, Hongrois, Bulgares, Russes ou Arabes musulmans, la relative stabilité qui va suivre, l’élan que vont leur donner les Macédoniens, va permettre à nouveau leur développement. Parmi eux deux empereurs furent des lettrés, Léon VI et Constantin VII Porphyrogénète, avec ensuite Basile Ier, qui, lui, fut un grand bâtisseur.

 

LE RAYONNEMENT DE L'ART ARMÉNIEN

Pour l'architecture, on doit à Byzance la construction d’églises et de monastères, en particulier avec des architectes arméniens comme l’explique Gérard Dédeyan : manifesté un certain rayonnement pendant la période macédonienne... le plan des églises cruciformes à coupole se retrouve dans certaines églises construites par Basile Ier en Grèce (Phocis, Daphni), en Bulgarie. (Dédéyan 2008, p. 323 et suiv.), ou à Constantinople même comme la Néa Ekkelesia, dite la "Nouvelle église", construite vers 880, qui est peut-être la première église construite à plan inscrit en croix grecque, la croix grecque ayant  ses quatre branches égales et la latine l’une des branches plus longue. 

(Ebersolt 1910, p.130 et suiv.)

Bien qu'entièrement disparue de nos jours, on la connaît par des textes, qui soulignent son aspect et ses décorations luxueuses. Elle était placée sous le thème de la "rénovatio imperii", la recomposition de l’ancien empire romain.

 

C’est à cette période que Grégoire de Narek (ca 945 - †ca 1005), moine au monastère du même nom, au sud du lac de Van en Arménie, écrit des Commentaires sur les Écritures et surtout un Livre de prières, monument de la littérature arménienne, classé au Patrimoine immatériel Culturel mondial à l’Unesco. Il fut élevé récemment, le 12 avril 2015, au titre de "docteur de l'Eglise" par le pape François.(Grégoire de Narek  2000) 

 

En fait, il y a divergence de vue suivant les auteurs, certains voient Byzance influencer l’Arménie et d’autres le contraire. La vérité doit être plus complexe compte-tenu de la proximité des deux pays, et surtout avec la présence arménienne effective à la tête de l’Empire.(Thierry 1996 p. 192 et suiv.). En effet, si le VIIe siècle est considéré comme l’Âge d’Or de l’architecture arménienne, on ne peut négliger la période des IXe et Xe siècles également riches. (Donabédian 2008,  Introduction)

Des architectes arméniens furent présents à Constantinople : ainsi on voit l’architecte arménien Terdat proposer ses services pour la restauration de Sainte-Sophie, dont la coupole fut détruite après les tremblements de terre de 986 et de 989, suivis d'un froid rigoureux qui endommagea également des tours de défense.

(Léon Diacre X. 10, p. 109, in BF, t. 9-10, 1985, p. 185 ; Grodecki 1995, p. 7-33)

 

LA CROIX GRECQUE

Elle est prolongée par deux absides et deux absidioles. Un exemple très intéressant du IXe siècle se trouve à Germigny-des-Prés (45 - Loiret), réputée pour présenter dans sa forme initiale une influence arménienne. Plus célèbre, la  cathédrale Saint-Marc à Venise, dont la photo en vue aérienne montre bien la forme en croix grecque de ses coupoles. (Khatchadrian 1944, p. 161-172.)

 

LES MOSAÏQUES BYZANTINES

Elles sont un autre support de communication destinée aux fidèles. Celles  qui viennent immédiatement à l’esprit, celles de Ravenne, sont datées des Ve au VIe siècles. Là aussi,

l'iconoclasme* va freiner le développement artistique durant cent cinquante ans, causant de ce fait la disparition des mosaïstes byzantins. Ils reviendront à la fin du IXe siècle et seront présents de la  Cappadoce à la cathédrale Sainte-Sophie de Constantinople jusqu’au XIIIe siècle et plus tard encore dans un certain nombre de pays européens, comme l’Italie, la France (au XIe siècle à Germigny-des-Près, également), la Grèce, la Sicile, à Venise, l'Ukraine, etc…(Grabar 1979  ; Velmans 2006, p. 2 - 128)

 

LES FRESQUES

L’intérieur des  églises de Cappadoce et de tout le bassin méditerranéen se couvrent de fresques, qui petit à petit supplanteront les mosaïques. Cela nous vaudra d’avoir ces couleurs aux mi-teintes caractéristiques des artistes byzantins. Elles sont présentes dans de nombreuses régions comme précédemment et aujourd'hui dans les musées occidentaux.

On en trouve par exemple l’influence en France à la Chapelle-des-Moines (71 - Saône-et-Loire), la maison de repos des abbés de Cluny, avec une représentation du martyre de saint Blaise de Sébaste (Arménie mineure). (Tchouhadjian 2004, p.131)

Ajoutons celles plus tardives de l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe (86 - Haute-Vienne).

 

LES IVOIRES

 

Les nombreux ateliers produisant les plaques d’ivoires profitent également de cette renaissance. Celle où le Christ est entrain de couronner Romain II avec sa première femme Eudoxie, préfigure celle que nous aurons avec Otton II et Théophano, actuellement au musée du Moyen-Âge à Paris. Sa date de réalisation est estimée entre 945-949, à Constantinople, ce qui permet de dater celle d’Otton II.

Nous aurons l'occasion de présenter ceux de l'école de Milan.

 

LES MINIATURES

Quelques fois considérées comme un art mineur, les miniatures byzantines ont toute leur place dans ces quelques lignes. De nombreuses réalisations sont maintenant dispersées dans les bibliothèques occidentales ou russes. Elles atteindront leur apogée au XIe siècle, en particulier avec l’Histoire de Skylitzès, chroniqueur du Xe siècle, que nous solliciterons souvent pour ses peintures. (Skylitsès, exemplaire de la Bibliothèque nationale d’Espagne, Madrid)

La page représentée ci-contre provient du Psautier de Paris. Il est considéré comme une œuvre majeure du style byzantin du Xe siècle et conservé à la Bibliothèque nationale de France. Ce volume de grand format contient 449 folios et 14 peintures en pleine page, illustrant des psaumes ou d’autres livres vétérotestamentaires.

 

Nous pourrions citer aussi l'orfèvrerie, les émaux, les icônes, etc…Et c'est dans cette atmosphère que la jeune Théophano Skleraina se fera accompagner en Germanie par des artistes byzantins de toutes les disciplines.

Détail.Fresque d’influence byzantine,

XIe siècle. Cul de four de la Chapelle-aux-Moines

(71-Saône-et-Loire)

Ménologe* de Basile II par Syméon Métaphraste.  Xe et XIe siècle Martyre de saint Blaise. W. cliché Shakko

Reconstitution du secteur du palais impérial et de l’Hippodrome vers le Xe siècle. Site

 

Exemple d’architecture arménienne début du Xe siècle. Eglise Sainte-Croix, Ile d’Aghtamar, lac de Van, (Arménie, actuelle Turquie). W. cliché JLabar.

 

Vue aérienne  de la basilique de Saint-Marc

à Venise, en forme de croix grecque


Saint Jean Chrysostome. Tympan nord de Sainte- Sophie. W. Cliché Ch. Andrew

Fresque église de Eski Gümüs Cappadoce.vers 1055. Saint Blaise avec les saints Georges, Grégoire de Nazianze et Amphilochius. Cliché NicoleThierry,

Musée National du Moyen-Âge, Thermes des Cluny, Paris..N° d'inventaire,  Cl. 392.

        Psautier de Paris, BnF MS Grec 139, folio 419v.

Traversée de la Mer Rouge. Noyade de l'armée de Pharaon. W. cliché Neuceu  


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