L’EMPIRE GERMANIQUE

 

Précisons que si l’on parle du Saint Empire romain germanique, celui-ci ne prit cette appellation

qu’à partir de 1254, puis définitivement au XVe siècle, "Heiliges römisches Reich deutscher Nation".

En latin, c'est le Sacrum romanum Imperium Nationis germanicæ, jusqu’au début du XIXe siècle,

au moment des conquêtes napoléoniennes. Par commodité, nous le désignerons dorénavant

sous l’appellation de Saint Empire.

 

L’HISTOIRE COMMENCE APRÈS LES CAROLINGIENS.

Pépin le Bref (715-768) en digne fils de son père, Charles Martel (690-741) est considéré comme le fondateur de la dynastie carolingienne. Il eut deux fils, Charles, le futur Charlemagne (ca. 742-814) et Carloman (751-768), qui se partagèrent son héritage à sa mort en 768. (Riché,1983, p.73 et suiv.)

Toutefois, Carloman eut la bonne idée de mourir en 771, évitant la lutte fratricide qui se préparait, et laissant ainsi la reconstitution de l’héritage de leur père à son frère Charles, qui deviendra le Grand, le Magnus, en le faisant fructifier pour obtenir l’Empire que nous voyons sur la carte.

 

QU'ADVINT-IL DE LA SUCCESSION DE CHARLEMAGNE ? 

A sa mort, en 814,  l’Empire est composé de multiples pays, régions, peuples, des Pyrénées à la Bohême en passant par l’Aquitaine, et de la mer du Nord, il laisse un grand ensemble européen d’un million de km2.(Favier 1999, 593 et suiv.) Il est évident que cet empire ne pouvait fonctionner qu’avec une certaine autorité représentée par l’empereur, ainsi qu’une liberté ou une relative autonomie accordée aux particularismes locaux.

Dans les faits, cette situation convenait aux différentes entités, mais elle ne tiendra plus après la disparition de Charlemagne.

Louis Ier dit le Pieux (788-840), son fils  lui avait succédé, mais laissa à sa mort, à Ingelheim en 840, l’empire dans une situation difficile. Il eut trois fils : Lothaire Ier (795-855), qui tenta de s’accaparer la totalité de l’héritage de ses deux frères cadets, Louis Ier le Germanique (806-876) et Charles le Chauve (823-877). Après s’être bien battu les uns contre les autres, ils conclurent et signèrent en 843 un traité dit fondateur, le traité de Verdun.

 

LE TRAITE DE VERDUN EN 843

Lothaire conserva son titre impérial, avec la Francie médiane et une partie de l'Italie. Charles le Chauve reçut la Francie occidentale et une bonne partie de la France actuelle et Louis Ier le Germanique la Francie orientale ou Germanie, d’où son surnom, notre futur Saint Empire.

Jusqu’à ce jour, les historiens n’ont pas réussit à trouver une cohérence aux termes de ce partage un peu hétérogène des territoires avec leurs populations. A la mort de Lothaire Ier en 870, il sera suivi du traité de Mersen, officialisant le partage de son territoire entre ses deux frères cadets héritiers, Louis Ier le Germanique et Charles le Chauve. Ce qui mit en contact direct, par une frontière commune, la Francie occidentale et la Francie orientale; une situation qui engendra pour des siècles les conflits que l’on connait. (Pernot, 2014, p. 1-7) 

Charles le Chauve réussit à se faire sacrer empereur des Romains en 875, puis roi d’Italie, mais les Normands et les querelles familiales qui ont repris auront raison de son énergie et il décéda le 6 octobre 877. Il n’avait fallu que soixante-trois ans pour que le résultat des efforts de son grand père soit petit à petit anéanti à la mort de Charles II, après un règne difficile de trente sept ans.

A peine Charles II le Chauve disparu, son héritier, Louis II le Bègue (846-879), est sacré à Compiègne le 8 décembre 877. Jusque là très prodigue avec les biens de la famille, il essaya de nouer des alliances contre les Normands, mais le sort semblant s’acharner son règne sera court, car il mourut accidentellement en 879.  

Charles le Gros lui succéda, mais ne put rien faire pour protéger Paris des Normands, malgré sa résistance héroïque. Son règne aussi fut court, il devait décéder en 888. Sans direction, l’Europe se fractionne alors et les différents duchés, comtés, principautés, marches, etc… se mettent à rêver d'indépendance.  

 

L’ÉVEIL DES NATIONALISMES

C’est alors  l'éveil des nationalismes avec ses dangers, ses ambitions personnelles ou familiales, toujours sous la menace des invasions scandinaves, ou venues de l’est comme les Hongrois (les Magyars). Sans oublier les Sarrasins au sud, mais qui furent également présents jusque dans les vallées savoyardes. Ils n’en seront chassés, ainsi que de la Provence, en particulier de l’actuelle La Garde-Freinet, qu’à la fin du Xe siècle seulement, tout en restant présents en Sicile.

Dans toutes les situations dramatiques, on voit apparaître des individus qui essaieront de rétablir un semblant d’organisation dans les États. Après le passage de différents personnages en Francie occidentale, Charles III le Simple est sacré roi des Francs et des Goths en 893. Il essaie bien de regrouper différentes provinces dont la Lotharingie, commençant une longue période de rivalité avec les dirigeants de l’est.

A l’ouest, avec les Normands il signe en 911 le traité de Saint-Clair-sur-Apte, en confiant  à leur chef Rollon  sa fille comme épouse, à condition qu’il se convertisse. Elle devait être jolie car c’est ce qu’il fit ! Ce fut l’acte fondateur de la Normandie.

A quel titre avait-il tenté de reprendre les rênes? Résumons par ce tableau:

 

LES PRINCIPAUX DESCENDANTS DE CHARLEMAGNE (par période de règne)

 

                                    CHARLEMAGNE

                                          (768-814)

                                                 I

                                     Louis le Pieux

                                         (814-840)

                       ______________ I________________

               I                                 I                                   I

Charles le Chauve           Lothaire Ier         Louis le Germanique

      (840-877)                    (840-855)                    (840-876)

               I                         ____ I_______________________________

               I                                 I                           I                              I

    Louis le Bègue      Louis II Roi d'Italie      Lothaire II      Charles-Roi de Provence

       (877-879)                  (855-875)             (855-869)                (855-863)

              I

Charles III le Simple

      (898-922)

 

Charles III désavoué, mis en prison en 922 par l’aristocratie franque, en est heureusement libéré grâce à l’intervention du pape Jean X et meurt paisiblement en 929.

Entretemps en 923, Raoul de Bourgogne (d’une branche des Robertiens) lui avait succédé (923-936). Rassemblant l’Aquitaine, la Bourgogne, la Provence, il se battit contre les Normands, mais ne put conserver la Lotharingie. Il mourut en 936 sans héritier. Le pouvoir aurait dû passer à Hugues fils de Robert Ier devenu majeur, mais celui-ci refusa et contribua à faire revenir en France Louis IV d'Outremer, qui prit place sur le trône de Francie occidentale.

 

L'EMBRYON DU SAINT EMPIRE

Pendant ce temps, en Francie orientale (Francia orientalis ou Germanie), en 901, à la veille de sa mort, Arnulf de Carinthie, pour assurer le pouvoir, avait transmis la couronne à Louis IV de Germanie, dit L'Enfant, le représentant légitime des Carolingiens. Il en sera le dernier. En effet, dix ans plus tard, en 911, quand il meurt, les seigneurs allemands, qui ne veulent plus avoir affaire aux piètres descendants du grand empereur, refusent de reconnaître pour roi son héritier légitime Charles III le Simple. Ils se réunissent en conseil et élisent à sa place Conrad Ier, petit-fils d’Arnulf, roi pour la Francie orientale. 

 

HENRI Ier L'OISELEUR, LE FONDATEUR

Celui-ci, en 918, sur son lit de mort, désigne à son tour pour successeur le duc Henri Ier de Saxe (876-936), dit l'Oiseleur, qui disparut la même année que Raoul de Bourgogne. Il avait préparé auprès des princes germaniques la succession de son fils Otton Ier, qui deviendra le Grand,

Une nouvelle organisation de l’Europe de l’an mille allait se mettre en place, avec les Ottoniens, puis les Capétiens et avec deux ensembles nationaux distincts, la France et la Germanie, qui se développeront chacun de leur côté. A l’occasion de ces bouleversements, une barrière linguistique s'installe à l’ouest, partant des Alpes du Nord pour passer entre Ivrée et Bâle, Metz et Trèves, Aix-la-Chapelle et Liège et se prolonger au nord jusqu'entre Tournai et Courtrai.

 

 

Le Monde chrétien, vu à la fin du XIXe siècle.

Atlas Classique, G. Niox et M. Fallex, Paris, 1910

 

Charlemagne. Vitrail du XIIe siècle

Musée de l’œuvre de Notre-Dame. Strasbourg

 

 


L’Europe au partage du traité de Verdun 843.

W. B. Leprêtre

 

 

 

L’Europe en 887.

Atlas Classique,G. Niox et M. Fallex, Paris, 1910.

 

 

 

 

 

 

 

Après s‘être battu avec lui, Charles III confie sa fille

à Rollon. Chroniques de Saint-Denis, XIVe siècle, Mahiet, Cambrai (62),

British Library, Royal 16 G VI. Fol. 247.

 

 

 

 

 

 

Conrad Ier. Historial de Jacob van Maerlant, c.1325-1335, (Royal Dutch Academy of Sciences, Amsterdam),W. Cliché Jan Arkesteijn

 

 

 

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