L'ART OTTONIEN

 

On ne peut citer la dynastie ottonienne sans présenter son apport dans l’Art qui portera son nom. 

En pleine période de l’art roman (IXe - XIIe siècle), il est le fruit de la convergence des arts paléochrétien

et carolingien, qu’il rencontra en Italie, celui-ci déjà influencé par l’art byzantin, puis conforté

par la venue, au Xe siècle, de l'impératrice Théophano Skleraina et des artistes qui l’accompagnèrent.

 

LA RENAISSANCE OTTONIENNE

Profitant d’une certaine stabilité politique, on assiste à un renouveau artistique, certains parlant même de Renaissance ottonienne. À côté des empereurs, un certain nombre de personnages sont les acteurs de cette renaissance et agiront dans différentes disciplines. Ils en feront un instrument de la politique impériale avec ce que l’on a appelé la  "Kunstwollen" ou la "volonté politique artistique". Audrey Rieber essaie de la définir comme un ensemble des forces créatrices trouvant leur expression dans l’Art, l’organisant de l’intérieur, pour la forme comme pour le fond, sans exclure les influences extérieures, religieuses ou autres. 

(Riegl 1978, p. 35 et suiv. ; Liana Castelfranchi Vegas 2006, p.14 et suiv. ; Rieber 2012, p. 92 et suiv.)

 

LES LETTRES

Le monde des lettres ou des arts en général est bien représenté avec Bernward évêque, d’Hildesheim, donné pour être un esprit encyclopédique à son époque, Gerbert d'Aurillac, le futur pape de l’an mille Sylvestre II, que certains considéraient comme sulfureux tant ses connaissances, inconnues à l’époque, étaient développées. Hrotswitha de Gandersheim dont une des œuvres, la "Gesta Ottonis", est une source très précieuse pour l’histoire de l’époque, Widukind de Corvey, avec sa "Res gestae Saxonicae", Richer de Reims et ses "Chroniques" ou bien encore Bruno, frère de l’empereur Otton II, et archevêque de Cologne, Egbert, archevêque de Trèves, Guillaume de Cologne, fils naturel de l’empereur, etc... 

 

L'ARCHITECTURE OTTONIENNE

Le renouveau se manifeste largement en architecture, par la construction de différents monastères ou palais de taille conséquente, pour servir entre autres lors des étapes de cette cour itinérante. Ce sont des outils pour affirmer la puissance impériale et sa présence dans les nouveaux territoires sous contrôle ou évangélisés, comme à Magdebourg.

Les églises ont leur nef qui s’allonge et les clochers sont à l’extérieur pour gagner de la place. Ce sont l’abbatiale de Marmoutier (Bas-Rhin), l’église abbatiale Saint-Etienne de Corvey, l’abbatiale Saint-Pantaléon de Cologne, la cathédrale de Magdebourg, détruite depuis, l'église Saint Cyriaque à Gernrode, le palais de  Memleben, détruit depuis, l'abbatiale de Saint-Michel d’Hildesheim, la cathédrale de Trèves, Saint-Pierre de Worms, Essen, dont le trésor de la cathédrale abrite la Vierge d’or datant de 980, qui passe pour être la plus ancienne statue de la Vierge en Occident, etc...

La plupart ont été détruits et reconstruits. (Grodecki 1995, p. 7-33)

 

L'ENLUMINURE OTTONIENNE

Un nombre important de manuscrits religieux avec des enluminures furent réalisés dans les scriptoria des monastères déjà établis à l’époque. Ils créeront, en particulier des évangéliaires ou des psautiers correspondant à des commandes des membres de la Cour ou des évêques, présentés sous des couvertures travaillées avec de l’or, de l’ivoire, de l’émail et des pierres précieuses, dont nous voyons un exemple en orfèvrerie ci-contre à droite.

À l'Abbaye de Reichenau (Allemagne, lac de Constance), alors à son apogée, est attribué le "codex Gero", le plus ancien des manuscrits ottoniens (vers 969), commandé par l’évêque de Cologne. Ce manuscrit est un exemple exceptionnel de l'enluminure ottonienne et à ce titre figure sur la liste du patrimoine culturel mondial de l'UNESCO. Il se trouve maintenant à la Bibliothèque d'Ètat de Darmstadt.                  (Castelfranchi 2006, p. 73-87)

Le "Psautier d’Egbert", ci-contre à gauche, est commandé par l’archevêque Egbert de Trèves, (Bibliothèque municpale de Trèves, ms 24 et Musée Condé de Chantilly), et réalisé par le Maitre du Registrum Gregorii à Reichenau entre 977 et 993. Sa présentation bilingue (latin-grec) aurait servi à apprendre le latin à l’impératrice. 

On peut les voir aisément car ils sont maintenant dispersés dans les musées et bibliothèques du monde entier, dont bien entendu la Bibliothèque nationale de France à Paris et au Louvre. (à voir : Mayr-Harting 1991 et L’art de l’An Mil, 2006)

Nous en rencontrerons dans les textes par la suite.(Mütherich 1995, p. 83-187 ; Kuder 1995, p. 145-154)

Bibliothèque municipale de Trèves,  MS 24 

et Musée de Chantilly W. Cliché GDK

 

L’ORFÈVRERIE OTTONIENNE

Cet art, succédant à celui des Mérovingiens et des Carolingiens, se développa, indépendamment des objets du pouvoir ou du culte, sceptres, couronnes, colliers croix, etc... avec l’émail, les pierres précieuses, sur les couvertures de codex recouvertes d’or.

Les codex sont prétextes à ces reliures avec des plaques, dont ci-contre un exemple, le "Codex Aureus Echternachiensis" (Livre d’Or d’Echternach à Trèves vers 991), aujourd’hui au Nationalmuseum de Nuremberg.

Ces œuvres sont des témoignages inestimables du Moyen Âge. Ils sont aussi dispersés  dans les musées internationaux mais également dans les trésors des églises comme celles de Quedlinburg et d'Hildesheim, d'Essen, d'Aix-la-Chapelle, de Trèves, de Bamberg et de Regensburg, ainsi que les merveilles du Trésor impérial conservé au Kunsthistorisches Museum (Musée de l'histoire de l'art) du château de la Hofburg de Vienne.  

 

Parmi ces œuvres, voici ce qui est considéré comme le chef d’œuvre de l’orfèvrerie ottonienne: la férule de Saint-Pierre, cité, par Wikipedia,

(fr.wikipedia.org/wiki/Férule_petrienne)

La férule pétrinienne ou férule de saint Pierre (Petrusstab), ci-contre à gauche, bâton liturgique utilisé par les papes, est un reliquaire conservé au Trésor de la cathédrale de Limbourg en Allemagne, qui contient un morceau de la férule de l'apôtre Pierre.

Cette relique a été partagée au Xe siècle entre la cathédrale de Trèves et la cathédrale de Cologne. Celle de Trèves se trouve aujourd'hui dans la cathédrale de Limbourg. C'est l'archevêque Egbert de Trèves qui commanda vers 980 la confection de cette œuvre d'art précieuse, qui fait depuis l'objet d'un pèlerinage.

 

LES IVOIRES

On retrouve l’influence byzantine dans les ivoires représentant des scènes de la Bible ou des souverains, d’Otton Ier à Otton III. En fait, il s’agit d’un savoir-faire qui date du Ve ou VIe siècle à Constantinople, réalisés sous forme de plaques, diptyques ou triptyques. Constantin le Grand y était souvent représenté.

Dès la période des Carolingiens, le savoir-faire est repris dans les ateliers occidentaux, par exemple les bénédictions que nous avons vues au chapitre de l’Art byzantin, ou à Milan qui possède une collection de quelques belles réalisations (Musée du Duomo ou Musée des Arts et des Sciences).(Castelfranchi 1995, 88-107)

Ci-contre, une situle ou petit seau, commandée par l’archevêque Godefroy, un protégé de Otto II, et remis à l’empereur pour sa venue, en 980, à la basilique San Ambrogio (Saint-Ambroise) à Milan. Elle fut sans doute utilisée pour les cérémonies impériales.

La cathédrale de Metz détient un bénitier portatif de même style. D’autres objets sont présentés dans de nombreux musées dans le monde dont le Louvre à Paris

              Abbatiale Saint- Etienne de Corvey.

             W. Cliché Aegy 

 

 

 

 

            Cathédrale de Worms. W. Cliché Aegy 

 

 

 

 

 

 

 

Codex Gero. MS 1948. Fol. 6v W.

Cliché Magnus Manke

 

 

 

 

 

 

 Codex Aureus - Echternachiensis W. cliché Rotatebot.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Situle, antérieure à 979. Milan.

Musée du DuomoW Clliché Saiko  

 

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