L’ÉGLISE OTTONIENNE

 

Les relations du temporel avec les séculiers étant un des éléments importants du règne des Ottoniens,

nous lui consacrons une place spéciale, même résumée. Elles furent souvent tumultueuses entre la papauté

et le pouvoir civil, à la recherche de prédominance de l’un sur l’autre pour confirmer l’autorité de l’un au profit

de l’autre. Cela se passe dans un climat de concurrence entre l’Église d’Orient et celle de Rome, ou chacune d'elle fait valoir son droit et son antériorité.

 

Nommés au gré des pouvoirs de la famille impériale et des pouvoirs locaux en place, les papes espéraient trouver, auprès des empereurs, une certaine sécurité et stabilité, avec la formation des empires. Cette situation dura plus de cent ans, avant qu'ils soient, en final, tributaire de leur bon vouloir.

 

LA REICHSKIRCHENSYSTEM OU L’ÉGLISE IMPÉRIALE

C’est dire que les Ottoniens se serviront autant qu’ils le pourront de leur pouvoir pour contrôler l’Église, le pape et les États Pontificaux. Ils n’auront de cesse d’installer leurs hommes à des fonctions où ils exerceront un rôle souvent plus politique que religieux, entre ecclésiastiques et aristocratie. Ces interventions varient suivant les périodes, comme l’explique Étienne Patzold. (Ccm, t. 48, 2005, p. 341-358)

La "Reichskirchensystem" était le système d’attribution des fonctions et aussi le moyen de prise en main par les Ottoniens de l’Église et de son clergé. Ceux qui en profitaient étaient de sang royal ou impérial, de la parentèle, ou, qui rentraient dans ce cercle et devenaient capellanus, ceux de capella, c’est-à-dire un véritable vassal clérical du roi. 

(Reuter 1950, t. 33/4, p. 347-374 ; Bûhrer-Thierry 1997, p.14, 15)

Ainsi, Brunon, archevêque de Cologne, est le propre frère d’Otton Ier ; Thierry Ier, évêque de Metz, son cousin germain par sa mère ; Gerberge de Bavière (ca 949-1001), sa nièce, est abbesse de Gandersheim ; Gero, margrave de Saxe, est un parent.                               (Parisse 1993, p. 793-815)                  

La nomination d’un proche, Notger, évêque de Liège (qui dépendait alors du diocèse de Tongres), par Bruno, qui devint par la suite précepteur d’Otton III. (Kurth 1905, t. I, p.16 et suiv.) Egbert de Trèves, chancelier d'Otton II, fut le protecteur de Reicheneau, etc... (Chronique de Glaber, Liv. I, ch. 4.)

Les évêques de la "Reichskirche" formèrent l'ossature de l'administration impériale. Cette investiture est symbolisée par la remise de l'anneau et de la crosse par l'empereur à l'évêque entrant en charge. Elle ne concerne pas que les diocèses mais aussi les abbayes royales, les grands chapitres séculiers, etc...

A la création de nouveaux diocèses dans les territoires conquis lors des campagnes d’évangélisation, comme à Magdebourg ou Prague, Otton Ier en profita pour les mettre sous sa seule autorité, comme avec Liège lors de la création de l’archevêché. Quelques fois contre l’avis de son propre camp !

 

ORGANISATION RELIGIEUSE DU SAINT EMPIRE 

Archevêchés et évêchés, suffragants ou non: Brème.

Cologne: Liège, Munster, Osnabruck, Utrecht.

Magdebourg: Meissen, Mersebourg, Zeitz.

Mayence: Augsbourg, Bâle, Bamberg, Chur, Constance, Eichstätt, Halberstadt, Hildesheim, Paderborn, Prague, Speyer, Verden, Worms, Wurzbourg.

Salzbourg: Brixen, Freising, Passau, Regensbourg, Schleswig.

Trèves: Metz, Toul, Verdun.

 

QUELQUES MONASTÈRES OU ABBAYES

Dans ces sièges épiscopaux, on trouve de prestigieux monastères ou abbayes. Le nombre des monastères royaux passa de 70 en 936 à 90 en l’an 1000. Au sein de ce mouvement, des Ottoniens en particulier, ce fut la "Klosterpolitik" d’Otton II. Délaissé par le pouvoir civil faute de moyens, le gouvernement de ces régions sera pris bien souvent en charge par les évêques, d’où leur importance. Ce système conduit à la création de principautés épiscopales, qui généreront des princes d’Empire à partir du XIIe siècle.

Sur la carte ci-contre, on peut voir en même temps les conquêtes politico-religieuses des Ottoniens vers l’Est et l’Italie et l’organisation des duchés nationaux avec l’implantation des archevêchés, évêchés et principales abbayes.

Certaines de ces institutions, considérées comme centres de pouvoir, durent leur création ou leur existence aux Ottoniens, puis à Théophano en particulier. Si Reichenau et Saint Gall étaient déjà des centres de culture hellénique avant son arrivée, avec leur scriptorium et leur bibliothèque, on lui doit le développement de nombreuses autres institutions. Ainsi en profiteront des églises à Rome, Francfort, Magdebourg ou Aix-la-Chapelle ; avec le culte de la Vierge, prépondérant en Arménie, de saint Nicolas (Wolf 2012, p. 41-50), de saint Pantaléon déjà présent à Cologne, ou d’autres saints orientaux.

Le fait que Théophano ait placé ses filles dans les monastères féminins, respectivement de Quedlinbourg pour Adélaïde ou Gandersheim pour Sophie, est également significatif. Les Ottoniens ont développé une réelle conscience dynastique autour de ces monastères féminins. (Joye 2004, p. 9) Cela correspondait par ailleurs à une pratique répandue qui veut que la reine, lorsqu’elle fonde un monastère féminin, lui donne une partie de son douaire, qui servait de refuge aux veuves qui le désiraient .....ou pas !

(Joye 2004, p. 10)

Les plus cités dans le texte :

Cluny (Saône-et-Loire), si elle était sous l’autorité directe du pape (c’était la seconde Rome), échappait ainsi à celle des Ottoniens. Sa présence est surtout conséquente à partir de la moitié du Xe siècle. Une reconstitution ci-contre donne une image de ce qu’elle était en 1080, après agrandissement. Plus de mille établissements suivaient la règle de Saint-Benoît en Europe. Les relations avec le Saint Empire étaient très bonnes, et principalement avec ses abbés, dont saint Odilon que nous citerons pour son épitaphe à sainte Adélaïde, par ailleurs grande donatrice. (MGH Scriptores, t. IV, 1841, p. 633-649). Ces abbés seront à l’origine de la diffusion de la règle de saint Benoît que Charlemagne généralisera à tout son royaume, alors qu'il n’était pas encore empereur, en 789 dans son Admonitio generalis*. Elle prônait une répartition du temps en trois: un tiers pour la prière et la méditation, un pour le travail manuel et le dernier tiers pour le travail intellectuel.

 

- Erstein (Bas-Rhin, France) dont la construction date de 850. L’abbaye au sud de Strasbourg fut donnée par Otton Ier à Berthe, sa belle-mère, quand il épousa sa fille Adélaïde. Celle-ci la récupéra ensuite au décès de sa mère pour son douaire. Les Otton séjournèrent plusieurs fois à Erstein, qui était dépositaire de reliques de sainte Berthe ou d’autres ramenées de Rome. Elle disparut au début du XIXe siècle.

 

- Fulda (Hesse) dont les princes-abbés furent des personnages de premier rang grâce à la fortune territoriale grandissante de leur maison, qui avait des possessions dans toute l'Allemagne. Les premières constructions datent du début du VIIIe siècle. Elle était à l’avant-garde de l’évangélisation des Frisons. Otton Ier donna aux princes-abbés le titre d'archichancelier de l'impératrice et Otton II la primatie*  sur tous les abbés de Germanie et de Gaule, sans que ceci puisse arrêter son déclin au Xe siècle. Raban Maur (780-856), moine bénédictin, hagiographe et théologien y avait développé une grande activité, avec le scriptorium carolingien et la bibliothèque. Les créations sont ensuite marquées par le style ottonien.

 

- Gandersheim (Basse-Saxe) construite au IXe siècle par l'ancêtre d'Otton Ier, Luidolf et sa femme Oda, en 852. Otton Ier lui accorda l’immédiateté* vis-à-vis de l’Empire en fixant son statut de "Reichsunmittelbarstift". Des privilèges impériaux et pontificaux confirmèrent en faveur de l'abbaye toutes les possessions acquises depuis l’origine. Ils en ajoutèrent d'autres, comme percevoir des taxes de marché et de douane, battre monnaie en 990, avoir sa propre cour de justice et une force armée. Il y fit venir Rather, évêque de Pérone, personnage brillant de l’époque, qui enseigna la littérature à Bruno de Cologne, et sans doute l’abbesse Hrotsvita**. C’est grâce à elle que l’on connaît l’histoire de l’abbaye. La présence des reliques des papes saint Anastase et saint Innocent en avaient fait un centre de pèlerinage. Ci-contre, une page de ses œuvres, du seul exemplaire complet conservé à la Bibliothèque d’État de Bavière à Munich.

La cour ottonienne y faisait des séjours prolongés. À cette occasion l’abbaye se transformait en château, comprenant des appartements aménagés pour la famille impériale avec vraisemblablement une chapelle royale particulière à l'étage de l’aile ouest de l’église. C’est lors d'un de ses passages en 978 que l’impératrice Théophano  mit au monde son troisième enfant, Mathilde de Germanie. Elle aimait y faire des séjours car l’abbesse Geberge était helléniste. Elle lui confiera d’ailleurs par la suite l’éducation de sa fille Sophie.

(Goullet 1993, p. 21).

Sur la gravure ci-contre, on peut voir qu’il y avait au XVIIe siècle encore de beaux restes.

 

- Hildesheim (Basse-Saxe) célèbre par la présence de saint Bernward (993-1022), fin joaillier à qui l’on doit entre autres une crosse et un crucifix d'influence grecque et les portes en bronze de la cathédrale. (PL. CXL, Vita Bernwardi). On lui doit également le château et l’église Saint-Michel, qui bien que construits à partir du IXe siècle et reconstruits, donnent une idée de ce que pouvaient être leurs dimensions d'origine. Ils  permettaient de recevoir la cour itinérante ou les diverses manifestations. La cathédrale Sainte-Marie d’aujourd’hui date du début du XIe siècle. (détruite en 1944, elle sera reconstruite en 1950.  Une grande partie de la ville est classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco)

 

- Ingelheim (Rhénanie-Palatina) Le palais est construit par Charlemagne vers 777. Comme pour l’ensemble palatial d’Aix-la-Chapelle, on y voit la marque de l’intervention d’artistes byzantins (peut-être arméniens) qui s’inspirèrent de Sainte-Sophie de Constantinople. Les Ottoniens y tinrent trois synodes, en 948, 972 et 996. Elle fut d’ailleurs l'une des trois grandes villes préférées des Carolingiens, puis des Ottoniens avec Aix-la-Chapelle et Nimègue.

De plus les vignobles alentour lui valurent déjà la réputation de la "ville du vin rouge"!!

Laissons parler Ermold-le-Noir au IXe siècle: "Là,s'élève sur cent colonnes un palais superbe: on y admire d'innombrables appartements, des toitures de formes variées, des milliers d'ouvertures, de réduits et de portes, ouvrage des mains d'hommes maîtres habiles dans leur art. Le temple du Seigneur, construit du marbre le plus précieux, a de grandes portes d'airain et de plus petites enrichies d'or ; de magnifiques peintures y retracent aux yeux les œuvres de la toute-puissance de Dieu…" (Ermold-le-Noir éd. 1824, Chant quatrième) 

C’était un lieu réservé pour les journées impériales somptueuses, les synodes, les diètes, les couronnements à Pâques et les grands mariages. Otton et Théophano y firent onze séjours. Il fut détruit en 1689.

 

- Magdebourg (Saxe-Anhalt) dont l'église d’origine située sur l’emplacement actuel de la cathédrale Sainte-Catherine-Saint-Maurice, fut fondée par Otton Ier en 937. La première femme d’Otton Ier, Édith, y a été enterrée en 946 et lui-même après sa mort à Memleben (Saxe-Anhalt) y fut déposé. Ce fut un geste politique car l’empereur voulait montrer sa détermination à étendre son pouvoir et le christianisme vers l’Est. Usant de son droit d’élection, Otton II accorda au chapitre cathédral de Magdebourg le droit d’élire son évêque. Il confirma ce privilège en offrant un livre avec son portrait et celui de Théophano. Ils l’honorèrent de douze séjours ! Agrandie, plusieurs fois détruite aux XIIIe, XVIe, XVIIe et XIXe siècles et reconstruite ou restaurée (bombardée en 1945,s ituée derrière le rideau de fer, ces travaux de restauration ralentirent et contribuèrent à sa chute jusqu’à la réunification en 1989)

 

- Mersebourg (Saxe-Anhalt), la "civitas Mersibuc" des premiers siècles, a son nom lié au célèbre chroniqueur Thietmar, qui en fut l'évêque et défendit jusqu'à la fin de sa vie l'existence du diocèse, pourtant créé par Otton Ier en 968. La ville était suffisamment ancienne pour qu'elle figure au registre de la Dîme d'Hersfeld à la fin du IXe siècle ; elle construisit ses premières fortifications au début du Xe siècle.

La cathédrale Saint-Jean-Saint-Laurent est en construction (Xe siècle) sur l'emplacement de l'ancienne église Saint-Jean, par Henri Ier.

 

- Nordhausen (Thuringe) est la dernière fondation de la reine Mathilde, mère d’Otton Ier. Otton II en fit don à Théophano, ce qui fut source de conflit avec les moniales. Des compensations qui leur sont accordées apparaissent dans les Vitae Mathilda.

 

- Payerne (Suisse), monastère construit initialement par les moines de Cluny au Xe siècle, à la demande de la ville, ils y développeront leur réforme. C’est grâce à sa mère, la reine Berthe de Souabe, que l’impératrice Adélaïde fit agrandir ce monastère. Il sera également bien doté par son frère Rodolphe de Bourgogne, puis par Otton III, très proche de Cluny par sa grand-mère. L’abbatiale actuelle, de la fin du Xe siècle, a remplacé un monument plus modeste des VIIe ou VIIIe siècle.

 

- Quedlinbourg (Saxe-Anhalt), dont la grande abbaye impériale a pour régente Mathilde, épouse de Henri Ier, depuis le début de son veuvage. Ce domaine du nord-est du massif du Harz fait partie de son douaire depuis 929. Il avait été la résidence favorite d'Henri Ier, qui décida à la fin de sa vie d'y créer un établissement modèle, destiné à la commémoration familiale et réservé aux filles de la plus haute noblesse. Sa mort fit de Mathilde la fondatrice effective de l'abbaye qui, en éclipsant  Gandersheim, est seulement concurrencée par l'abbaye de Magdebourg. Fondée en 937 par Otton Ier et Édith sur le douaire de celle-ci, elle prit vite le premier rang parmi les Familienklôsteru. (Corbet 1986 p. 32) 

Elle servait de point de départ aux rois ottoniens pour leurs chasses d'automne sur les terrains de chasse royaux de Bodfeld et Siptenfelde, dont le dernier appartint à Quedlinburg à partir de 961. En calculant simplement sur la base de l'utilisation des deux routes d’accès, on peut supposer qu’il y eut quarante à cinquante visites royales, généralement de courte durée, à Quedlinburg et ses diverses propriétés, entre 936 et 1046.

(Bernhardt 2002, p. 140 et suiv.)

L’abbaye fut également la bénéficiaire de nombreuses donations d’Otton II et de Théophano, d’autant que Mathilde, sœur d'Otton II, y fut abbesse de 966 à sa mort en 999 et que Adélaïde de Saxe, leur fille ainée, y sera ensuite abbesse de 999 à 1044.

 

- Reichenau (Lac de Constance) dont la construction de l’abbaye est attestée dès 724 par saint Firmin à l’instigation de Charles Martel. Déjà au IXe siècle, elle accueille de nombreuses reliques, mais surtout un scriptorum impérial d’où sortiront de nombreux manuscrits emblématiques vers l'an mil, sous les Ottoniens, avec les évêques "dorés", Witigowo abbé de 985 à 997, Immon de 1006 à1008 et Bernon de 1008 à 1048. Elle produit les plus belles enluminures de la Renaissance ottonienne dont le Codex Egbertii que l’on a vu et le Psautier d'Egbert ou de Gertrude, réalisés à la demande d’Egbert (950-†993), à l’époque évêque de Trèves, ainsi que les fresques de l’église Saint-Georges ou l'historiographie du célèbre chroniqueur Herman de Reichenau († 1054). 

 

- Saint Gall (Suisse). Située non loin du lac de Constance, cette abbaye bénédictine dont la construction remonte  au VIIe siècle avait également un scriptorium réputé et une bibliothèque en conséquence. Il existe un plan de 830 de cet ensemble monastique qui devait être édifié d’une manière très organisée, avec les emplacements étudiés d’une manière fonctionnelle. Situé, sur le passage des axes qui menaient en Italie, elle fut toujours, après les Carolingiens, également bien dotée par les Ottoniens.

 

- Trèves (Rhénanie-Palatinat), L’ Augusta Trevorum des Romains n’avait rien perdu de son aura avec le temps. Élevée au rang de capitale de l’Empire occidental, "la Seconde Rome", elle connut son essor avec Constantin le Grand, surtout après la promulgation de son "Édit de Milan* en 314, garantissant la liberté de culte des chrétiens. Toutefois, à partir de la fin du IVe siècle, elle fut victime des invasions, franques en particulier, et ses attributions furent transférées à Milan et en Arles. Elle eut malgré tout des archevêques puissants tels que Thierry Ier de 965 à 977, Egbert de 977 à 993, ou Ludolphe de 994 à 1008, pour ce qui nous concerne. Si on trouve des traces de l’existence de l’abbaye dans les premiers siècles, du nom de son évêque au IVe siècle, on doit à Henri Ier l’Oiseleur sa construction effective dont il ne reste malheureusement plus grand chose.

Un dessin du XVIIIe siècle donne encore un aperçu de son importance. 

 

- Selz (Bas-Rhin-France) dont l’abbaye fut fondée par Adélaïde elle-même, sur son douaire, et qui la remit aux abbés de Cluny. Elle y mourut en 999. L’abbaye fut définitivement détruite lors des crues millénaires du Rhin en 1307.

 

On pourrait encore citer les abbayes ou monastères de Corvey, Hersfeld, Mantoue, Padoue, etc..

 

LES RELIQUES

On ne peut passer sous silence la notoriété et la richesse, qui en découle par la présence de reliques dans les lieux religieux. Elles sont prétextes à réaliser de nombreux reliquaires, chasses émaillés, chargés d’or et de pierreries. Plusieurs évêques sont connus pour les véritables razzias qu’ils lançaient lors des voyages impériaux pour se les approprier. Ce fut le cas en Italie du Nord principalement. Lorsqu’ils accompagnaient l’empereur, les évêques Thierry Ier de Metz, Bruno de Cologne, Egbert de Treves, Gérard de Toul, Wicfrid de Verdun, etc... en ramenaient pour leur ville respective afin de plaire à leurs ouailles. (Wagner 1997, p. 322 et suiv.)

On pouvait construire des églises ou tout autre ensemble comme le monastère de  Sankt-Blasien avec les reliques de saint Blaise (saint d'Arménie). Un exemple de reliquaire monumental, quoique nettement plus tardif, est celui de la Sainte-Chapelle à Paris, construit par Saint-Louis pour protéger et présenter les reliques ramenées de Constantinople et des croisades.

En effet pendant des siècles, Constantinople fut le marché, lucratif, des reliques, même s'il était très contrôlé par les autorités. On verra que Théophano Skleraina en aura dans ses bagages, en particulier celles de saint Pantaléon. (Tchouhadjian 2011, p. 51-52) 

 

LES PRINCES ÉVÊQUES ET LES SIÈGES ÉPISCOPAUX

Leur influence et leurs actions étaient importantes et réciproquement. On le verra à la mort d’Otton II quand certains prendront la défense de l’impératrice Théophano et de son fils Otton III. Ils participent de plus en plus comme conseillers créant ainsi implicitement un conseil du roi. Il y a parmi eux des grands bâtisseurs comme Notger de Liège, Aribert de Milan, Egbert de Trèves, Bernard d’Hidelsheim, Willigis de Mayence, etc… dont les deux derniers furent également de grands mécènes. Le fait qu’ils doivent leur nomination aux empereurs les font être un peu leur tributaire pour toutes les grandes décisions.

( Bührer-Thierry 1997, p. 2 et suiv.) 

Ils contrôlent des territoires assez vastes avec leurs villages et leurs châteaux. Il sont ainsi dans l’obligation de participer à l’indiculus loricatoruom*, c'est-à-dire la mise à disposition de l’empereur des hommes armés avec leur équipement pour ses expéditions. (MGH LI, p. 632-633. Donne le détail des demandes faites aux évêques pour la guerre en Italie du Sud)

- Adalbéron II de Metz (ca. 958-†1005), évêque de Verdun, puis évêque de Metz de 984 à 1005. Il était le neveu d'Hugues Capet.

- Adalbert (956-†997), évêque à Rome, influent familier d’Otton III, soutenu par Adélaïde, est parti évangéliser en Pologne où il mourut en martyr en voulant prêcher chez les Slaves. (Chronique de Glaber, Liv. I, ch. 4.)

- Bruno ou Brunon de Cologne (925-†965), troisième fils de Henri l’Oiseleur, fut voué très jeune à la cléricature. Il sera évêque de Cologne à 28 ans, de 953 à 963, et quelques semaines plus tard archevêque du duché de Lotharingie. Il ne sera pas canonisé mais bénéficiera d’une canonisation équipollente, c’est-à-dire déclarée par une simple bulle en 1514.

- Bernward de Hildesheim, évêque précepteur d’Otton III, accompagna Otton II dans sa campagne d’Italie en 980. Il sera canonisé.

- Egbert (ca 950 - †993), archevêque de Trèves de 977 à sa mort. En 984 il rejoint la conspiration de Henri II de Bavière contre Otton III mais revient au camp de celui-ci l'année suivante. C’était un patron renommé des sciences et des arts. Il supervisa lui-même la confection du Registrum Gregorii et du reliquaire de la férule pétrinienne. Il fut également dédicataire du Codex Egberti, sans doute composé à Reichenau, comme pour le Psautier d'Egbert.

- Géron, archevêque de Cologne en 969, à qui l'on doit le codex de Géron et un crucifix commandés à Cologne. Otton Ier le chargea d’aller chercher Théophano à Constantinople et de l’accompagner dans son voyage. Il participa en 972 au synode d'Ingelheim et célébra les obsèques d'Otton Ier l'année suivante à Memleben.

- Notger de Liège (930-†1008), prince, évêque de Liège, eut de très bons rapports avec les Ottoniens et avec Théophano. Il devint tuteur d’Otton III. (Notger de Liège 2008, p. 98-106).

- Par ailleurs l’éducation d’Otton III fut également confiée à deux archevêques, Willigis de Mayence et Jean de Ravenne (dit de Besate, 983-998) qui participèrent à son couronnement comme roi de Germanie, à Aix-la-Chapelle, le jour de Noël 983, peu après la mort de son père Otton II.

- Thierry Ier (Theodiricus, Deodericus ou Thierry de Hamelant) (ca 929-†984) cousin germain (consobrinus) d’Otton Ier, évêque de Metz, est connu également par la razzia des reliques qu’il organisa en Italie du Nord en 962 avec la quasi bénédiction du pape Jean XII. A la mort de son père, il trahira Otton III en soutenant le parti d’Henri le Querelleur. (MGH Scriptores t. IV, p. 470-475 ; Dupré-Treseider, 1964, p. 420-432 ; Anne Wagner 1997, p. 317-341).

- Willigis de Mayence (ca 940-†1011) n’était de la famille impériale qu'après sa nomination comme archevêque de Mayence. Il obtint en 975 du pape Benoît VII la primatie* sur tous les autres évêques de l'Empire d'Occident dans le pouvoir temporel, ce qui faisait de lui le second personnage de l'Église latine après le pape. (Wikipedia) Il prit une part active à la défense du trône d’Otton III.

Pour confirmer l’importance de cette liste d’évêques engagés, il faut savoir qu’ils étaient souvent présents avec leur troupe sur les champs de bataille comme le rappelle David Bachrach. (2011, 20 pages)

 

LES SAINTS OTTONIENS

Il s’agit d’un phénomène important car seule cette famille compte aussi grand nombre de saints par rapport aux autres familles royales. Étaient-ils vraiment des saints personnages ou bien ont-ils profité de leur influence auprès de la hiérarchie religieuse? Quoi qu’il en soit, au moins six personnes ont été sanctifiées. 

Au Moyen Âge, il était d’usage de vénérer les souveraines, comme le furent durant les royaumes mérovingien ou franc les reines Clotilde, femme de Clovis Ier, Aregonde, femme de Lothaire Ier, Bathilde, femme de Clovis II, Ethelred l’anglo-saxonne, Cunégonde qui épousera vers 1002 Henri duc de Bavière, futur saint Henri. 

Pour les Ottoniens, il s’agira de sainte Mathilde, femme d’Henri Ier, de sainte Adélaïde, femme d’Otton Ier, canonisée dès 1097 et de saint Brunon de Cologne, frère d’Otton Ier.

Les vitae Mathilda anterior et posterior se veulent être un guide de la cour des Ottoniens à l’attention des princesses étrangères, Edith et Adhélaïde et plus tard de Théophano..

(Vita Mathildis, MGH germanicarum).

Les moins connues sont l’abbesse Hathumoda de Gandersheim, la duchesse Oda, sœur de Henri Ier, et la reine Edith, première femme d’Otton Ier. (Corbet 1986, p. 28 et suiv.). Le mouvement était donné, il culminera en 965-975, avec le choix des bénéficiaires passés, quand les problèmes de succession se poseront.

Seule Théophano, peut-être pour des raisons pas très avouables comme des problèmes de religion ou de jalousie, ne fut pas reconnue comme sainte, malgré sa piété, .

(Thiellet 2004, Introd.; Wangerin 2014, p.716-735) 

Une des qualités de Théophano est justement d’avoir su évoluer dans un milieu, très fermé, qui ne lui était pas toujours favorable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Saint Empire au Xe siècle.© Archives Larousse

http://www.larousse.fr/encyclopedie/images/Le_Saint_Empire_Xe_si%C3%A8cle/1011244

 






 

Scribe byzantin Xe siècle (?). British Library Add MS 28815, f.76v The Yorck Project : 10.000 Chef d’œuvres de la peinture. W. Cliché Bot.

 Représentation de Cluny III, agrandie vers 1088 Larousse http://www.larousse.fr/encyclopedie/

 

 

 

Fulda. La cathédrale vers 1655. W. Cliché 2micha.


 

Page des œuvres de Hrotsvita. (Gandersheim) Bibliothèque d’État de Bavière. MS Clm 14485

Gandersheim en 1654. Topographia Germaniae, Matthaei Merian enior. W. Cliché, Magnus Manske


Hildesheim. Eglise abbatiale Saint Michel

Fin Xe siècle. W. Heinz-Joseph Lücking

 


Palais d’Ingelheim vers 800. Corboz 1970  

d’après Koepf, 1968


 


Magdebourg Cathédrale actuelle Saint-Maurice-et- Catherine W. Cliché InaHinners

 

 

Mersebourg Cloître de la cathédrale actuelle et statue de Thietmar. Site.


 

 Payerne, abbatiale. Site :

      Château et monastère à Quedlinbourg

                  W. cliché  Cropbot      


    

Lectionnaire de Reichenau, Xe siècle, Cod. Aug. perg. 16, Bl. 9r W Cliché Andreas Praefcke

Abbaye Saint Gall. reconstitution d’après le plan de 830. BS. Encyclopédie. Site


Abbaye Saint-Maximin de Trèves au XVIIIe siècle. Université de Trèves. W. Cliché Ibn Batuta

 

 

 

 




 

 

Châsse du pied de Saint-André ou d’Egbert. Commandé par ce dernier vers 980-990.

Trésor de la cathédrale de Trèves.

 

 

 

 

 

 

 

Saint Brunon de Cologne, église Saint-André,

W. cliché Horsh, Willy.

 

 

Collégiale Saint Jean -Liège- à partir 972 (Œuvre de Notger) Gravure XVIIIe siècle. W. Cliché Jrenier

 

Willigis. Archevêque de Mayence. Miniature XIIe siècle. Cathédrale de Mayence



 

Chromolithographie tirée de « La Vie des Saints d’après les anciens manuscrits de tous les siècles », Henry de Riancey, Paris – 1866

 

 

 

 

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