THÉOPHANO IMPÉRATRICE

 

 

En 972, une jeune fille de 12 ans, de part son mariage, est introduite dans un jeu d’hommes, qui deviendra

celui des dames pour certaines, dont Théophano Skléraina.

Son dessein sera en final inachevé par sa disparition prématurée, puis avec celle de sont fils Otton III en 1003. 

Ci-dessous une chronologie abrégée de sa vie et son environnement politique.

 

Dates

                 Théophano

                        Environnement

 

 

 

959-60

Naissance à Constantinople (?)

A Byzance, avènement de Romain II.

972

Mariage à Rome avec Otton II.

Jean Ier Tzimiscès, son oncle, empereur à Byzance.

973

Avènement d’Otton II, Théophano impératrice.

En Germanie, mort d’Otton Ier le 7 mai.

974-76

Théophano accompagne Otton II.

Conflits avec Henri le Querelleur, les Danois et les Slaves.

976

Nombreux déplacements de la Cour.

A Byzance, avènement de Basile II. Conflits avec les Slaves.

977

Naissance de leur fille Adélaïde.

Expédition d’Otton II en Bohême. Samuel, tzar des Bulgares.

978

Naissance de leur fille Sophie.

Conflit entre Otton II et Lothaire II pour la Lotharingie.

979

Naissance de leur fille Mathilde.

Menaces de Lothaire II. Sacre de son fils Louis V.

980

Naissance du futur Otton III.

Traité de Margut-sur-Chiers avec Lothaire II. Départ en Italie.

981

A Ravenne, Rome, Salerne.

Dispute de Ravenne. Appui à Benoit VII et à Hugues Capet.

982

Théophano ramène Otton II à Rome.

Otton II en Calabre. Sa défaite de Crotone et sa fuite.

983

Séjour à Rome. Concile de Vérone.

Otton II de nouveau en Calabre. Sa mort à Rome (7 décembre)

984

Théophano retour en Germanie pour son fils.

Henri II le Querelleur revendique le titre et enlève Otton III.

985

Accord avec Henri II le Querelleur

Otton III libéré. Attaques de Lothaire, des Danois et des Slaves.

986

Accord avec Louis V. Expédition en Bohême

Mort de Lothaire II. Son fils Louis V lui succède.

987

Théophano favorable à Hugues Capet.

Mort de Louis V. Sacre d’Hugues Capet.

988

Premiers désaccords avec Hugues Capet.

Attaques de Charles II de Lorraine sur Laon puis sur Reims.

989

Théophano quitte Gandersheim pour Rome.

Conflit entre Charles II et Hugues Capet. Intervention de Gerbert.

990

Th. à Pavie, Ravenne, Francfort, Mayence.

Expédition avec Otton III et Miesko Ier en Pologne.

991

Décès de Théophano le 15 juin à Nimègue.

Dernière médiation de Théophano en Francie.

992

                         Otton III n’a que onze ans. L’impératrice Adélaïde devient régente

 

       

En complément, il peut sembler présomptueux et en même temps facile, en compressant le temps, de faire un parallèle entre

les trois dynasties (sans compter les Anglo-Saxons) en un 'panoramique synthétique' du Xe siècle. Un tableau de la mise en place

des dynasties les plus marquantes de l’époque nous est paru intéressant, confirmant la transformation de l’Europe en ce siècle, au tournant de l’an mille.

                                       

                    Les Capétiens                   Les Ottoniens                       Les Macédoniens

A l’origine, les Robertiens, sont un regroupement de petits châteaux et de leurs territoires.

Le couronnement d'Hugues Capet, à Reims le 3 juillet 987, concrétise leur prise de pouvoir.        Il crée ainsi la dynastie des Capétiens.

 

 

 

Otton Ier élargit son pouvoir à l’Italie par son mariage avec Adélaïde

En 962, appelé imprudemment à Rome par le pape Jean XII, Otton Ier, lui imposa son couronnement comme empereur et le    Privilegium Ottonianum

 

A Constantinople, Jean Ier Tzimiscès a mis sa nièce sur orbite en la "donnant" en mariage à Otton II. Il a ainsi les mains libres à l'ouest pour consolider l’épopée arméno-macédonienne, en attendant Basile II.

C’est dans ce contexte qu’intervint le mariage d’Otton II avec Théophano Skléraina, de l’Occident et de l’Orient. Peu d’individus ont perçu à l’époque l’importance de cet acte quand on voit l’absence de texte relatant cet aboutissement. Cela donne l’impression d’un non événement pour les contemporains occidentaux, qui nous relatent le mariage de cette princesse byzantine, parfois en une seule ligne dans leurs chroniques. Ses compatriotes ne la nomment pas une seule fois, pas plus à propos de son mariage qu'à toute autre occasion !

ACCORD MATRIMONIAL

Tout porte à croire que l’accord, entre Otton Ier et Jean Tzimiscès intervint courant novembre 971, mais il ne fut confirmé que sur place, à l’arrivée de la délégation venue chercher la postulante à Constantinople. (Schlumberger 1896, t. I, p. 192 et suiv.)

Si les menaces des invasions des Hongrois, des Bulgares, des Russes, etc. avaient rendu Byzance et Jean Ier Tzimiscès plus compréhensifs, de son côté, Otton Ier semble avoir été également assez pressé. Mis à part les problèmes politiques, il avait sans doute en tête le fait que le trafic commercial par la vallée rhodanienne lui échappait, soit parce qu’il ne contrôlait pas le territoire, soit parcequ’il était déjà en baisse, compte tenu des menaces arabes sur le trafic maritime méditerranéen occidental. Les voies par l’Adriatique devaient lui sembler plus sûres et plus contrôlables, le commerce se recentrant sur l’Europe du Nord et de l’Est. On peut supposer que les Byzantins, dont le commerce était une question de survie, devaient faire la même analyse. D'un autre côté, les questions d’âge (Otton Ier avait 57 ans) ont dû influencer cette hâte à envoyer une nouvelle ambassade à Byzance, dont on ne sait pas grand-chose, sinon qu’elle réussit.

Jean Ier Tzimiscès le savait, rien ne pouvait faire plus plaisir à Otton Ier que la libération, par les Byzantins, de son ami le Prince de Capoue, Panfolf Ier, dit Tête de Fer. Il le fit donc libérer et le rendre sous les murs de Bovino (au sud de l'Italie, en Apulie), possession byzantine dont Otton Ier faisait sans succès le siège.Théophano traversa la ville après.

De plus,  la principauté de Capoue jouait un rôle de verrou entre nord et sud de l’Italie, comme on peut le voir sur la carte, où figurent les possessions byzantine du sud.

 

LA DÉLÉGATION

Ces raisons invoquées étaient-elles suffisantes pour justifier un départ de la délégation en décembre et un  retour en plein hiver, en février ou mars ? Elles devaient être suffisamment importantes sachant que statistiquement parlant, seuls 2 ou 3% des voyages avaient lieu en cette saison ! (Mc Cormick 2001, p. 452).

La délégation allemande partit sans doute fin 971 pour être à Constantinople fin décembre ou début janvier 972 et ramener ainsi la jeune princesse à Rome pour le printemps. Elle était conduite par Géron de Cologne, frère du margrave Thietmar, jusque là en froid avec l’empereur ; leurs relations s’étaient améliorées et il avait même été nommé depuis archevêque de Cologne.

Sa composition n’est pas bien précise, il aurait été accompagné de quelques ducs et comtes et deux évêques. Certains, compte tenu de ses états de service et sa connaissance des lieux, y voient également Liutprand. Il est encore en vie et présent lors de la translation des reliques de saint Himerisus en juillet 971, APR7S QOUI on perd sa trace. Pour notre part, étant donné les conditions dans lesquelles il avait quitté Constantinople et la description violemment à charge qu’il en avait faite, nous ne le voyons pas bien être accepté dans une telle délégation.

(Leyser 1994, p. 126)

Si nous comptons les personnels attachéEs au service de tout ce monde, environ six personnes, secrétaires, serviteurs, intendance, évêques, etc. plus une escorte armée, on dépasse rapidement une délégation de près de cent personnes. En cours de route, l’archevêque Géron s’arrêta à Rome pour s’entretenir, entre autres des modalités du mariage,avec le pape Jean XIII, qui avait œuvré pour cette union, .

 

LE TRAJET VERS L'AVENTURE GERMANIQUE

Pour le retour non plus, les conditions ne nous sont pas précisément connues. La mer étant fermée à la navigation durant les mois d’hiver, excluant toute relation maritime directe, seules les voies terrestres restaient possibles :

- Au sortir de Constantinople, il y avait bien l’ancienne voie romaine Egnatia toujours en activité, mais elle était, par endroit, soumise en hiver aux températures extrêmes, -20°/25°, et aux dangers d’inondation. Son tracé correspond plus ou moins à une route préexistante, déjà empruntée par les armées perses, grecques ou macédoniennes et les caravanes de commerce. C’était la plus directe longue de 800km, bordée de monastères, elle passait par  Thessalonique, Edesse, Ohrid, Elbasan pour arriver à Apollonia ou Dyrrachium (aujourd’hui Durrës en Albanie), sur la côte adriatique.

Mais, vu les  menaces guerrières des Hongrois, les voyageurs durent passer plus au sud du tracé habituel.(Ducellier 1976, Cvm, n°73, Janvier-mars, p. 1-8). En suivant la côte, Théophano dut prendre le même chemin que Liutprand jusqu’à Naupacte, face à Patras, en passant par terre, puisque le détroit de Corinthe n’existait  pas encore. La ville sera célèbre en 1571 sous le nom de Lépante, où la flotte chrétienne réunie battit la flotte turque. Chemin suivi quelques années plus tôt, en 877, par la veuve Danielis, dont nous avons parlé, avec une centaines d’esclaves ! (Mc Cormick, qui cite Theophane Continué, p. 533.)

De Patras, au débouché du détroit, on prenait obligatoirement le bateau pour Otrante ou Bari (possessions byzantines), suivant les caprices du temps ou des capitaines, sans oublier les dangers de mauvaises rencontres en mer. Arrivé en terre ferme, on gagnait Rome par une des anciennes voies romaines encore entretenues, la via Appia de préférence.

C’est l’hypothèse proposée par Schlumberger, que nous retiendrons.  (Schlumberger 1896, t. I,  198).

- On pouvait également suivre vers le Nord, par la côte dalmate, avec une traversée par la mer Adriatique moins longue. Les Byzantins avaient cherché à s’implanter sur cette côte, en y créant des évêchés, pour préserver cette voie commerciale et stratégique vers Venise et l’Europe du Nord, par Dubrovnik, Split, Zadar, etc. À cette période ces régions d’Illyrie et Dalmatie furent alternativement, romaines ou byzantines. Cependant un évènement important devait se produire, la conversion (provisoire) au christianisme du prince des Hongrois, Bologud, qui vint demander pour lui et son peuple le baptême à Constantin VII.  Ce passage était ainsi sécurisé permettant en partant de ces ports, d’arriver par bateau à Ancône. Ce ne fut pas l'hypothèse retenue, par la force des choses, mais celle par Bari.

 

La carte ci-contre, du géographe arabe Ibn Ḥawqal, en 977, montre bien l’aspect succinct des éléments dont disposaient les voyageurs à l’époque. Il faut par exemple lire la carte de la Méditerranée avec l’Afrique du Nord verticalement côté gauche, Constantinople dans le canal au centre droit et, en remontant, les deux petites péninsules grecque et italienne, avec Venise au fond du grand golfe. (Ibn Hawqal 1964, p. 12 carte n° 1). Le traducteur donne dans son ouvrage  le nom de certaines villes figurant sur la carte.

 

SÉPARATION ET DÉPART DE CONSTANTINOPLE

La date de départ dut se situer entre le Noël orthodoxe, le 6 janvier, et au plus tard début février, c’est-à-dire en plein hiver ! Un beau matin, la jeune Théophano et son escorte quittèrent le palais et se dirigèrent par l’avenue centrale jusqu’à la Porte D'or, la porte vers l’Occident, vers une des branches de la via Egnatia, avec peut-être un dernier regard en arrière avant d’entamer ce voyage vers l’inconnu. Sa mère, Sophia Phokaina, son père Constantin Skleros et quelques familiers avaient sans doute tenu à accompagner l’adolescente, qu’à notre connaissance ils ne devaient jamais revoir.

Un représentant de l’empereur devait être là, les nombreux participants furent sans doute bénis par le catholicos avant leur départ.

Elle était accompagnée d’une dame de compagnie, arménienne comme elle, Anastasia Dalassène, d’une famille connue à Constantinople, née en 952, qui était une amie d'enfance.  Elle parlait opportunément bien le latin et put la conseiller pour ses relations avec ses nouvelle vie et famille. Après son propre mariage, en 978, avec le comte Jocelin de Basse-Lorraine à Chèvremont, on la voit encore souvent auprès de l’impératrice Théophano et plus tard elle vécut également dans son voisinage.

Deux plus professionnels se joignirent à elle :

- Le prince Niketas Kurkuas, né en 950, était également neveu de l'empereur Jean Tzimiscès et ami d'enfance de Théophano. Il fut aide de camp à la cour de Byzance et fit ensuite partie de la suite grecque de la jeune impératrice, comme officier de liaison avec Byzance où il retourna après la mort de l'empereur Jean Tzimiscès en janvier 976. Il put à partir de 977, en tant qu'observateur à Constantinople, rendre de grands services à Théophano, et fit ensuite de fréquents voyages à sa cour en Allemagne et en Italie.

- Deo Akritas, né en 935, dans les régions frontalières arméniennes du cours supérieur de l'Euphrate, était rentré au service du prince Niketas Kurkuas à Byzance. Ayant suivi la jeune impératrice, il prit en charge l’acheminement de son courrier pour l’Orient. Il resta à la cour jusqu'à sa mort en veillant à l’excellence des services à travers ses rapports secrets. (Benrath 1978, p. 376)

La princesse, le prélat, les dignitaires et leur suite pouvaient se mettre en route. Le trajet avait été préparé par les officiers d’intendance, c’était celui qui avait été choisi, ou imposé par Liutprand lors de son voyage de retour, par Naupacte : à dos d'âne ou de cheval, à pied, affamé et assoiffé, soupirant, pleurant et gémissant, sauf que nous étions en plein hiver ! Ils auraient pu traverser le Bosphore et prendre la route de la côte est jusqu’à Abydos, puis prendre sans doute un dromon. Difficile d’imaginer ces différents transbordements avec toute cette suite. Nous optons donc pour le  trajet terrestre en totalité jusqu’à Naupacte.

Deux dromons avaient été réquisitionnés et les y attendaient, autant pour la traversée vers l’Italie que pour assurer leur sécurité, mais une partie de leur propre escorte dut rester à terre. Nous ne sommes plus à faire du cabotage et le bateau, ne pouvant sans doute pas remonter jusqu’à Ancône ainsi que l'avait fait alors le prélat diplomate, le capitaine, après Brindisi, essaya Bari plus accessible. De plus la ville était la résidence des gouverneurs byzantins d'Italie, où se trouvait le magistros Nicéphore qui dirigeait toutes les possessions byzantines. La vieille ville était la capitale du thème de Longobardie, fondée à la fin du IXe siècle par les Byzantins. Théophano était encore en territoire byzantin : les Pouilles étaient dans l’orbite de Byzance depuis le VIe siècle. (Schlumberger 1896, t.. I,  p. 196)

 

ARRIVÉE EN ITALIE

Il fallait donc poursuivre par voie terrestre, c’est-à-dire rejoindre l’ancienne via Appia par la campagne des Pouilles, en prenant la via Trajana. L’objectif était Bénévent, cela représentait quand même plus de 200 km, en traversant le sud des Apennins, qui furent certainement parcourus à cheval, ou en litière pour le prélat, soit une bonne semaine de voyage.

Malgré ses suivantes et ses demoiselles de compagnie, l’ennui et l’appréhension gagnaient l’adolescente qui, le froid venant, a dû changer ses soieries contre des fourrures ! Tout est nouveau pour Théophano.

Les villes défilent, aux pas lents des chevaux et des piétons, mais nous n’en connaissons pas exactement les étapes : Bitonto (Bituntum) dont seule l’abbaye San Leon était construite, Ruvo de Puglia, centre antique de céramiques, Andria, Canossa de Puglia (Canusium) célèbre déjà aux premiers siècles pour ses vases polychromes, Ordona (Herdonia) puis vers Troia (Aecae) que l’on évitera.  Les étapes étaient tributaires des possibilités de logement, au préalable reconnues par les officiers de cour.

A partir de là, ils redescendirent sur Bénévent en Campanie, par une fin de parcours accidentée, à travers une moyenne montagne, la fin des Apennins, que surplombent quand même des sommets de près de mille mètres. Il faut franchir des ponts ou des gués, plus ou moins praticables en cette saison. Une nouveauté pour Théophano et ses compagnons byzantins de voyage.

Bientôt le petit village de Buonalbergo perché sur sa colline, la troupe est à un jour d’une étape majeure : Bénévent.

- Bénévent.

A l’arrivée, gageons que les chaînes n’existaient pas à cette  époque et que les autorités locales l’accueillirent en la faisant passer sous cet arc de triomphe ! De plus, à l’occasion du mariage, Jean Ier Tzimiscès a accepté que la principauté de Capoue et de Bénévent fassent allégeance à Otton Ier.

La seconde délégation, conduite par Thierry Ier, évêque de Metz et cousin germain d’Otton Ier, les y attendait, pour la réception officielle de la future mariée.(Annales Althanenses, MGH SS XX, p. 787 : Regesta romanorum pontificum 1885, p. 477). C’était un des rares personnages d'Occident qui eût à cette époque quelque connaissance de la langue grecque, et au nom de son futur beau-père il salua solennellement la jeune Théophano dans sa langue maternelle. (Riché 1999, p. 95). Il dut être impressionné par la jeunesse de la future impératrice !

Elle n’est pas dépaysée car cette ancienne ville lombarde possède une cathédrale et plusieurs églises dont certaines de rite grec. Elle y voit ainsi l'église Sainte-Sophie, un édifice circulaire d'inspiration byzantine datant de la période lombarde et consacrée sous le règne du duc Arigis II de Bénévent vers 760,  Théophano aura l'’occasion de s'y recueillir.

Bénévent est devenue archevêché et son archevêque, Landolf Ier, n’était en place que depuis deux ans. Sans doute avait-il préparé avec Thierry un hébergement dans le monastère, digne de son invitée ?

La ville est aussi la capitale d’un  État lombard important, à la croisée des routes de Rome au Sud de l’Italie, c’est-à-dire entre Rome et l’Orient grec. Ce fut certainement une étape marquante du parcours,  le tout au milieu de ce qui n’était pas encore des vestiges romains.

Partant de là, la colonne, renforcée par ceux qui les attendaient, suit la route qui se déroule entre les collines et leur village haut perché, avec leurs maisons regroupées autour des églises l’imposant cortège rejoint la via Appia, jusqu’à Caserte. Au passage, elle fit étape à Capoue, possession de l’ami d’Otton Ier, Panfolf Ier, déjà cité. Elle croise la via Casilina, mais continue par la via Appia en suivant la côte

Ce n’est pas une visite touristique Naples est laissé à gauche, le Mont Cassin à droite. Ils seront visités plus tard.

Sans le savoir elle passe à côté de ce qui sera le berceau de la pizza* napolitaine, qui n’est pas encore née, elle le sera dans quelques centaines d’années seulement. Pour l’instant, on se nourrit d’une sorte de fouace, sans tomate, puisque celles-ci ne sont pas encore connues en Europe. Il manque durant ce voyage déroutant pour l’adolescente les fruits et légumes dont ce n’est pas encore ici la saison

On fait étape à Formia ville très ancienne, (détruite en 39-45, aujourd’hui cité balnéaire), à Terracina (l’ancienne cité étrusque), après quoi le groupe s’engage à l’intérieur des terres par une voie droite à travers la campagne et arrive bientôt en vue de Rome. Pour la jeune fille dont l’échéance matrimoniale approche, le sentiment  de curiosité fait place petit à petit à de l’inquiétude entremêlée d’impatience.

L’ARRIVÉE A ROME

Pour Théophano et sa suite byzantine, l'approche de Rome, puis l'arrivée ne se firent pas sans appréhension et émotion. Que ne lui avait-on dit sur ce turbulent rival de Byzance?

On entrait dans Rome par des portes à travers le mur d’Aurélien. La via Appia suivie par Théophano la fit pénétrer dans cette ville concurrente de Constantinople et dont elle a tant entendu parler, par la porte de d'Appia ou San Sebastiano. Au fur et à mesure qu’ils avançaient dans la ville, elle était impressionnée par les imposants monuments (encore en bon état à l’époque) et ne put s’empêcher d’avoir un sentiment d’appréhension en se rappelant le rôle qu’on était en train de lui faire jouer.

La reconstitution donne une vue de la Rome ancienne telle qu’elle devait encore être au Xe siècle. Pourquoi se priver du plaisir de la visiter, vous aurez des images de la Rome antique, mais il devait y avoir de beaux restes :

http://www.gearthblog.com/blog/archives/2008/11/ancient_rome_in_3d_for_google_earth.html

"Nous n'avons aucun détail sur le retour l'ambassade germanique à Rome. Elle y trouva encore le vieil empereur Otton Ier qui, de Ravenne où il avait passé presque toute l'année 971 et le commencement de 972, vint célébrer la fête de Pâques, le septième jour d'avril". (Schlumberger, 1896, t. I,  p. 196).

 

LA RECONNAISSANCE DE THÉOPHANO

Pour assister quand même au mariage de son fils ! (Thietmar, liv. II, 15 et 16). Un autre passage de la chronique de Thietmar de Mersebourg, une des principales sources pour l'histoire de la Germanie à cette époque, indique bien que Théophano n'est qu'une nièce de l’empereur Jean Ier Tzimiscès : non virginem desideratam, sed neptem saam Theophanoa vocalam.

La suite du récit semble indiquer que le vieil empereur aurait vu clair dans la "fraude" imaginée par Jean Tzimiscès, mais que, malgré l’opposition d'une partie de son entourage, il se serait décidé à  passer outre et à accepter le fait accompli. L’avenir lui donnera raison ! Du reste, Théophano se trouve désignée en cette qualité de nièce de Jean Tzimiscès : lohannis constantinopolilani imperatoris neptis clarissima, dans le diplôme délivré à son intention par son jeune époux le jour de leurs noces.(MGH DO II et III, p.28-29, n° 21)

L'impériale fiancée, que l'on imagine un peu inquiète, arrivait avec sa nombreuse escorte et ses bagages. En plus de ses dames de compagnie, elle ramenait certainement des dignitaires grecs, des laïques ou des prélats, des artistes (des mauvaises langues parleront d’espions), et surtout elle apportait à la cour impériale, probablement également au pape, de la part du basileus, les plus somptueux cadeaux et de très précieuses reliques. Les chroniqueurs contemporains insistent à l'envi sur la splendeur de ces dons. La cour des Césars d'Orient avait tenu à éblouir sa "sœur occidentale". Un analyste contemporain va jusqu'à user de celle expression : cum innumeris thesaurorum divitisi, avec "d’innombrables trésors de richesses".             (Schlumberger 1896, t. I, p. 198).

Elle fut reçu avec de grands honneurs comme pour faire oublier qu'elle n'était pas une princesse porphyrogénète.

Dans un récit postérieur on voit d’ailleurs Otton III donner à l'évêque de Constance, Gerhardt II, († 990), pour un de ses monastères, une châsse en argent contenant le bras de saint Philippe avec d'autres nombreuses et magnifiques reliques qu’avait ramenées sa mère.

Il y avait en particulier  la  relique de saint Pantaléon (son corps seul), car Jean Tzimiscès avait estimé que : ce serait pour la pieuse enfant le plus grand secours en son isolement prochain, que la présence en son nouvel empire d'une des plus précieuses reliques de l’Église grecque. En ceci il ne se trompait point, car tant qu'elle vécut Théophano, devenue l'illustre et l’énergique impératrice régente de Germanie, témoigna de l'attachement passionné pour le couvent de Saint-Pantaléon à Cologne et combla cette communauté de nombreux présents. (Schlumberger  1896, p. 193-194)

LE MARIAGE

Curieusement, cet événement, qu’on peut considérer, avec le recul, comme politiquement majeur, est peu commenté dans les textes contemporains ou même dans ceux qui suivront. Au mieux deux trois lignes sans commentaires. Le mariage, on l’a vu, était au Moyen Âge un élément essentiel de la politique des dynasties régnantes. Dans le cas présent, mettant en présence deux empires chrétiens, se réclamant de la reconnaissance divine, il prit l’allure d’une alliance s’abritant sous une même tente, suivant le terme contubemium*.

Le roi des Francs, Lothaire III, avait quand même envoyé pour le représenter l'archidiacre Gerannus, de Reims. (RIi II, 2, 14 avril 972) On y vit également l'abbé Mayeul de Cluny, déjà proche de la cour d'Otton Ier.

Gageons que tout ce beau monde était logé au château Saint-Jean, lieu bien sécurisé avec une troupe importante, compte tenu de l’instabilité dans la ville et des relations difficiles avec le pape.

Ainsi, au matin de la cérémonie, ils n’eurent qu’à traverser le pont Saint-Ange, anciennement Aelius, avec magnifiques statues, pour rejoindre Jean XIII. Le Tibre (le Tevere) fait à cet endroit environ 175m de large.

Comme la tradition ottonienne voulait que les mariages soient célébrés  par le pape, avant le couronnement de la mariée, Théophano et Otton  furent d’abord unis par le Pape Jean XIII le 14 avril 972, lors d'une cérémonie "latine" à la basilique Saint-Pierre du Vatican. Celle-ci n’avait rien à voir avec celle que nous connaissons aujourd’hui, qui ne fut réalisée qu’à partir du XVIe siècle. L’ancienne, construite à partir du Ve siècle, devait ressembler, d’après les textes, à la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, une des quatre plus importantes de Rome, avec les basiliques de Saint-Jean-de-Latran, Sainte-Marie-Majeure et Saint-Pierre. Puis Théophano fut couronnée le jour même à Rome. (Regesta romanorum pontificum, 1658, rééd. 1888, p. 477)

Pour respecter la période du "triduum", le mariage ne fut "consommé" que trois jours plus tard.

A cette occasion, Otton II donna à sa jeune épouse le titre de coimperatrix, plus par conviction que par calcul politique, car Byzance à travers Théophano ne lui accorda aucune des provinces espérées, jugées, comme dot indispensable de la jeune princesse. Cette distinction sera accompagnée de dons de différentes possessions de la famille impériale comme : la province d’Istrie, le comté de Pescara ; au Pays-Bas et Belgique, les provinces de Walcheren, Wichelen, avec l’abbaye de Nivelles et ses quatorze domaines lui appartenant, Herford,  Nordhausen, Tiel …En fait ce fut lui qui fut obligé de la doter ! Les Ottoniens n’obtinrent rien, mais arrivèrent à sauver le Bénévent et Capoue!

(Schlumberger, t. I, 1896, p. 194 et suiv. ; Matthes 1972, n° 28, p. 34-37).

L'ACTE DE MARIAGE

Tout cela demandait sans doute confirmation, et l’écrit ayant grande importance au Moyen Âge, il fallait donc concrétiser la traditionnelle morgengab*. (Histoire d’Allemagne 1844. liv. XV chap. IX, p. 249.). C’est ainsi que nous lui devons le plus beau et plus précieux document du Moyen Âge à ce jour, le contrat  de mariage conservé aujourd’hui au Musée des Archives de la Basse-Saxe (Niedersächsische Landesarchiv) à Wolfenbüttel, accessible au public.

Il s’agit d’un document diplomatique de haute importance, réalisé pendant la période du mariage, qui fut certainement vérifié de près par des officiers de la cour de Byzance faisant partie du voyage.  Sur le plan matériel, c’est un ensemble de parchemins collés entre eux pour donner un document de 1m44 sur 39,5cm. Le texte est en "minuscule caroline", calligraphié en or, complété par des textes ou les signatures avec les monogrammes des deux Otton, comme on peut le voir sur le détail. Le tout sur fond pourpre et bordure dorée, encadrant des feuilles d’acanthe, des saints et des paires d’animaux : griffons, biches, lions, chevaux ou bœufs.

L’ensemble est d’influence byzantine, mais pas seulement, et l’étude des matières et des encres orientent plutôt vers une exécution en Occident, en particulier à l’abbaye de Fulda. Son authenticité fait encore débat : s’agit-il d’une copie ou de l’original, l’absence de sceau et quelques fautes d’écriture pouvant justifier cette réserve, quoiqu’il en soit, la qualité est là et la période de sa réalisation connue.

LE DÉPART VERS LA GERMANIE

Il ne s’attardèrent pas à Rome, même si elle était curieuse de visiter ces monuments témoins des ancêtres romains de l’histoire de Byzance. Et, connaissant les Romains, nul doute qu’elle aurait trouvé des guides qui se seraient proposés !

Mais il y avait des obligations et il fallait bientôt rentrer en Germanie, en particulier pour présenter la nouvelle impératrice aux princes qui n’avaient pu venir et aux populations.

Nous verrons le détail au chapitre des voyages, mais déjà le passage à Schifanoia (Emilie-Romagnae, Italie), fit l’objet de fresques réalisées en l’église Saint-Michel, de Narni, un faubourg de la ville, présentées par l’historien local Guerriero  Bolli. C’est également la ville natale de Jean XIII (965-972), représentée ici.

 

L’ACCUEIL A LA COUR

Les chroniqueurs d'Occident ne parlent pas de l’aspect extérieur de Théophano, sauf  dans les Annales de Magdebourg qui la disent très belle (in MGH XVI, p. 152). Elle semble avoir été également très cultivée, d'une vive intelligence, d'une modestie gracieuse, "douée des plus charmantes et pudiques vertus de la femme", sage, de conduite exemplaire, virile de cœur, douce pour les humbles, sévère pour les superbes.  Chose rare parmi les femmes de son temps, "sa conversation était pleine d'attraits". Elle allait être, malgré son jeune âge, on le reconnaît maintenant, une des plus grandes princesses de son temps, et les circonstances ne devaient permettre que plus tard de voir ses grandes qualités mises en lumière.

Loin des fastes et des fêtes de Byzance, dans la capitale Constantinople, qui compte près d’un demi-million d’habitants, elle devra s’habituer aux lourdeurs de la "cour itinérante" des Ottoniens. La société féodale en général, et ses ordres sociaux en particulier ont hérité d’un schéma qui s’est mis en place petit à petit et fut confirmé au début du XIe siècle par Adalbéron de Laon ; il y a ceux qui prient, les oratores, ceux qui combattent, les bellatores, ceux qui travaillent, les labatores.(Carozzi 1978, p. 638 et suiv.)

Elle provoqua en arrivant une certaine curiosité, pour ne pas dire hostilité, à son égard (Diehl  1908, p. 167-170). Elle était et fut toujours la "grecque" comme la traitera saint Odilon. On l’a vu, dans le meilleur des cas, elle a entre douze ou treize ans, ce qui ne l'avantage pas non plus. Cette inimitié, qui concernait d’ailleurs aussi les Byzantins en général, la poursuivra jusqu’après sa mort et son action à la tête du Saint Empire ne sera reconnue que depuis peu, à l’occasion des fêtes de commémoratives du millénaire de sa mort à Cologne, en 1991.

Il est certain également qu’un problème de langue se posa immédiatement à la princesse de culture grecque, et sans doute également arménienne, même si en fait la langue grecque a déjà fait des adeptes comme Thierry de Metz que l’on a vu, Brunon de Cologne ou Ruotger (qui est l’auteur d’une vie de l’évêque). (Mayr-Harting 2007, p. 53, 56 et suiv.), etc…

On trouve parmi d’autres, à Laon (Aisne), important évêché à l’époque, un glossaire grec-latin, composé par un moine irlandais Martin Scot de Laon (819-875) qui semble avoir servi aux religieux (MS- 444). Il est consultable en ligne :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84921401/f1.item

LES RELATIONS AVEC ADÉLAÏDE

Dès le début, il semble que les relations entre Adélaïde et sa jeune bru aient été difficiles. La jeune mariée supportait difficilement les avis de sa belle-mère qui n’avait pas son goût du luxe, ni son sens des affaires  byzantins! Il est toutefois difficile de prendre partie ou de juger, tant les comptes-rendus sont tendancieux. Adélaïde eut d’ailleurs les mêmes relations difficiles avec sa belle-mère Mathilde ! Il est évident que les désaccords ne devaient pas être si importants quand on regarde leur unité à la mort d’Otton II.

Quoiqu’il en soit, le jeune couple suivra le couple impérial pendant ses premiers voyages et Théophano n’apparut vraiment que sept semaines après la mort d’Otton Ier. Une lutte d’influence prit place entre Adélaïde, la "vieille bigote italienne" et la jeune Théophano, "radieuse et brillante". Pour mémoire, rappelons leurs âges : Adélaïde 41 ans et Théophano 13ans !! Une différence d’âge et de culture, qui explique certaines prises de position, en dehors même des problèmes religieux. (Dhont 1972, p. 217). De plus, Adélaïde, à la différence de Théophano, n'avait pas été couronnée impératrice lors de son mariage.

Jusqu’en mai 973, un diplôme sur deux sera encore signé par Adélaïde. Il faudra attendre un acte du 29 avril 974 pour voir une première apparition du titre de Théophano, coimperatris augusta, ce qui d’ailleurs fut pris pour un affront par sa belle-mère. (Hawiks 2011, p. 60 et suiv.; RIi II, 2 n° 656),

Adélaïde, qui s’accroche comme veuve à son pouvoir de Romani Imperii monarchia, est, en 978, accusée, à tort semble-t-il, de dépenses somptuaires, et quitta la cour pour aller s’occuper du monastère de Payerne (Canton de Vaud, Suisse). Toutefois, bientôt, l’abbé de Cluny, saint Odilon, son fervent partisan s’entremit auprès de son fils et elle put ainsi revenir à la cour. La propre fille d’Adélaïde, Emma, s’était également entremise pour essayer de les rapprocher.

C’est la mort d’Otton II qui rapprochera les deux souveraines, pour sauver le trône du jeune Otton III, même si elles divergeront dans les méthodes à employer. En 991, à la mort de Théophano, Adélaïde sera très présente auprès du jeune empereur, qui n’avait que onze ans. Hommage involontaire à sa belle-fille, elle poursuivit son habile politique mise en place.

 

SA VIE AVEC SON MARI OTTON II

Otton semble avoir été un grand gaillard à qui on a donné une bonne instruction, puisque l’on parle de l’abbé Ekkehard de Sain-Gall, de l’archichancelier Willigis, archevêque de Mayence et de Gerbert d’Aurillac comme éducateurs. (Thietmar Liv. III, 2). L'illustration ci-contre ne donne pas forcément  une image précise du jeune empereur. Les relations entre le jeunes époux sont bonnes malgré leurs relations rendues quelque peu difficiles avec l’impératrice Adélaïde.

(Ollivier 1969, p. 47 et suiv.)

Dès le début, Otton II donna à sa jeune épouse le titre de coimperatrix (Geste Ottonis, in RIi, II, 536b, Rome 14 avril 972). A ses côtés, Théophano fut considérée comme augusta de palatio, l’impératrice du palais, et intervint souvent dans les affaires de l’État.

(MGH Ss, X, « Vita Mathildis Reginae Antiquior »,p. 581 ; Leyser, 1994, p.159 et 164, qui cite, les actes dans lesquels elle est présente, seule ou avec l’empereur et Adélaïde. Le lecteur qui voudrait se rendre compte peut en trouver la liste en Annexe)..

Elle dut être active et participative si l’on en juge par les 317 fois où son nom est cité dans les différents documents avec celui d’Otton II. (Medieval Germany 2001, p.752-753). Elle participa dès le début à tout ses déplacements et s’imposa suffisamment  pour que l’on trouve son titre de Theophanii imperatoris, qui lui a été donné par Otton II, dès l'acte de 974.                          (MGH DD O III,  document, n° 76 p. 92 "coimperatrici" et  n° 53, p. 456-457).

Elle bénéficiera d’ailleurs jusqu’à sa mort des titres de Theophanius gratia divina imperator augusta qu’elle devra imposer lors de la présence de son fils, le nouvel empereur Otton III  Seule au pouvoir, elle changeait quelquefois son titre d’imperatrix en imperator, sa forme masculine ! .(MGH DD. Th. n°2, Ravenne avril 1990 ; Le Jan 2001, p. 43 et suiv..)

LEURS ENFANTS

Quand naquit celui qu'un jour on nommerait les "merveilles du monde", son père Otton II et Théophano avait déjà trois filles, Adélaïde, Sophie et Mathilde. Les prénoms de leurs filles exprimèrent la fusion de deux cultures, entre Byzance et l'Occident, à laquelle tendait cette union. Là également les dates sont imprécises, malgré les recherches de Gunther Wolf dont nous suivons les précisions ! (Wolf 2012, p. 158 et suiv.)

  - Adelaïde, naquit en septembre ou octobre 977(RIi 1950, p. 329, n° 749a) et décéda en 1040 ou 44 ? Elle porta le prénom de son aïeule Adélaïde de Bourgogne. Elle fut élevée à l’abbaye de Quedlinbourg par Mathilde, la sœur d’Otton II, entra en religion en 995 et devint abbesse de l’abbaye en 999. Puis, à la mort de Sophie, (1039), également de l'abbaye de Gandersheim.

 - Sophia, la plus indépendante, future abbesse des abbayes de Gandersheim et d’Essen, naquit en 978, en juillet ou août (RI 1950, p. 339, n° 771 ; Wolf 2012, p. 158 et suiv.), et décéda en 1039. En introduisant un prénom grec, selon la tradition byzantine, celui de sa grand-mère Sophia Phocas, confirmant ainsi son ascendance, elle témoigne de l’influence de sa mère à la cour. Il évoque la Sagesse divine et la basilique patriarcale de Constantinople. (Lalande 1963, p. 297 ; Matthes 1972, p. 21-22). Confiée à l’abbesse de Gandersheim, Gerberge de Bavière, dès l’âge de trois ans, une dizaine d’années plus tard, elle reçut l’habit de chanoinesse. A la mort de sa mère, elle quitta l‘abbaye pour séjourner à la Cour où elle devint première dame de l'Empire auprès de son frère Otton III. (Goullet 1993, p. 17).

 - Mathilda, née en 979, décédée en 1025, est la seule qui se mariera, échappant ainsi à cette tradition de vie de religieuse recluse, en épousant Ezzo, comte palatin* de Lotharingie, qui devint l'un des seigneurs les plus puissants de l'Empire sous le règne de son beau-frère l'empereur Otton III. On lui doit sans doute le château d’origine, ci-contre.

 - Le futur Otton III est né en juin ou juillet 980. Il aurait eu une sœur jumelle, décédée peu après sa naissance, dans une résidence forestière de la région de Cologne, puis ses parents gagnèrent l'Italie avec le bébé, et avant Noël il se trouva avec eux à Pavie. Sa vie errante commençait,  elle allait être particulièrement agitée. Si le fils tant désiré, par qui on espérait voir refleurir le tronc saxon, reçut le nom traditionnel du rénovateur de l'Empire, il ne devait pas moins réunir en lui, à un degré éminent, des aspirations venues d'Orient et d'Occident ; sa très brève existence constitue, en un effort précisément de rénovation, la synthèse de Rome, de Byzance et de la Germanie : Renovatio imperii Romanorum, ou la Restauration de l'Empire romain. (Lalande 1963, p. 293)
                                                                                                                              


Semur d’après Muir's Historical Atlas, Medieval & Modern. New-York, 1911. Site

 

 

 

Bovino. Murailles romanes et tour normande. W. Cliché Ettore Timi

Tableau d’autel du XIe siècle Cathédrale de Cologne. Gero répare la Croix avec une hostie.

W. Elke Wetzig.



 

 

Carte Grèce actuelle avec le détroit de Corinthe et Naupacte (Lépante), face à Patras.

Ibn Hawqal : carte du monde, Xe siècle, Musée natinoal d’Iran (version Beyrouth) W. Zerehk

La Porte d’Or actuelle avec ses deux tours. W Cliché Finavon

Atlas Historique,  William R. Shepherd, New York, Henry Holt and Company, 1923. Bibliothèque du Texas, Austin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lithographie tardive de la ville de Bitonto

 W. Cliché I.92Bari.

 

 

 

 

 

Bénévent. Arc de Trajan. W. cliché Decan

 

 

 

 

 

Portail Église Sainte-Sophie, Bénévent.

W. Cliché, Décan

Via Appia, ses monuments et bientôt les catacombes de Rome.

 

 

 

 

 

 

 

La Porte Appia ou San Sebastiano. A travers le mur d’Aurélien. Dessin Giuseppe Vasi, vers 1750.  W. Cliché Joris

Château Saint-Ange aujourd’hui. W. Cliché Andreas Tille

La basilique Saint-Paul-hors-les-Murs reconstruite. W. cliché Dnalor 01

 

Christ bénissant le mariage de Théophano. Atelier de Raphaël (XVe siècle)?

 

Le contrat de mariage ; avec extrait des signatures ; extrait d'un griffon.

Schifanoia (près Narni). Fresque XIVe siècle, église S. Michele. Commémoration du passage d’Otton Ier, Adélaïde, la jeune "Teofano" et Otton II. Le pape est là en tant qu’originaire de Narni . Site.

 

Les oratores,les bellatores, les labatores.

Li Livres dou Sante. XIIIe siècle. Site.

 

Martinus Hiberniensis, Miscellanea lexicographia graeco-latina (1-4, 276-319) ; MS 444. Pseudo-Cyrillus,Glossarium græco-latinum (5-276).

 

Thèmes byzantins (en jaune) et États Lombards, Italie du Sud après le mariage, vers l'an mille.W. Classical Cartographer.

 

Otton II. Catalogue Otto der Grosse,2012. p.177. Site

 

Plaque tombale, S. Pantaléon de Cologne

L'ainée Adélaïde abbesse de Quedlinbourg

Tombeau, 1877. W. Cliché.Thomas Wozniak.

 

Château de Cochem (Rhénanie-Palatinat) Vers l’an mil, reconstruit. W. Cliché Sir Gawain. Site


Ainsi, Théophano, ayant donné quatre enfants à Otton II en quatre ans, dont le futur Otton III, vit sa position confortée

à la cour impériale et était prête à assumer son destin.

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