ANNÉE 973       

 

Pour Théophano l’année s’était  terminée avec les premiers froids de l’hiver, sans doute accompagnés de neige, 

un échantillon de ce que sera sa vie dans les années à venir. Loin de chez elle, c’est un moment difficile

pour cette adolescente.

Ensuite vont s’enchaîner les déplacements au gré des devoirs de son mari Otton II, des nécessités du pouvoir,

en particulier cette année, au moment de la disparition subite, inattendue, de son beau-père Otton Ier.

 

JANVIER

A Francfort, les fêtes de fin d’année venaient de prendre fin. Théophano avait célébré discrètement la naissance de Jésus-Christ le 6 janvier, avec sa petite suite byzantine. Les choses étaient compliquées, car en Francie occidentale comme en Germanie, l’année commençait à Noël, le 25 décembre, tradition qui perdura jusqu’aux XIIe ou XIIIe siècle.  (L’Art de vérifier les dates 1770, p. IX – XIV ; Leclercq 1935, 906-958)

 

Les festivités passées, on reprit donc la route pour Magdebourg, un voyage de près de 500km, soit en "unités de compte" de voyage de l’époque, 25 à 30km par jour, environ trois à quatre semaines, abstraction faite de difficultés climatiques majeures ! Et surtout pas question d’affronter à cheval le long de ces plaines des froids de -10° ou moins. Pour certains, les chariots plus confortables sont retenus au détriment de la vitesse. En effet, si l’ouest de la Germanie semble profiter généralement d’un climat océanique, plus les voyageurs vont monter vers le nord, plus le temps risque d’être  "hivernal".

On souhaite que les officiers de cette cour  itinérante, la Reisekönigtum, aient bien fait leur travail de planification du voyage, en liaison avec les comtes palatins* suivant les régions. En effet, le convoi a pris de l’importance avec les nouveaux notables venus se joindre à la Cour, le tout nécessitant des serviteurs et des hommes d’armes supplémentaires, avec les bêtes en conséquence. Nous retiendrons quelques grands centres comme étapes estimées, sachant que la Cour doit arriver vers le 15 mars à Magdebourg : Fulda, Bad Hersfeld, Grone, Gandersheim, Hildesheim ou Quedlinbourg puis Magdebourg, pour lesquelles, s’agissant du premier passage, nous indiquerons les particularités.

 

FÉVRIER

Privilégiant la possibilité de prendre le temps de faire quelques longs séjours, le départ fut donné début février l’hiver déjà bien entamé. 

En fait le convoi va se diriger maintenant vers le duché de Saxe, le pays des Ottoniens. Otton II se sent "chez lui", il a hâte de présenter sa jeune épouse, de lui faire visiter et comprendre "son pays".           

 - Fulda, dont nous avons vu au précédent chapitre le monastère et complété par le lien ci-dessus pour les informations sur cet ensemble cathédrale, un des plus importants de son époque, avec un scriptorium et une bibliothèque réputés. Directement rattachée au pape Jean XIII qui lui avait donné, en 969, droit de préséance sur tous les abbés de Germanie et de Gaule, elle intéressa sans doute moins les Ottoniens qui n’y firent que deux séjours. Ce qui ne les empêcha pas de lui commander des ouvrages manuscrits dont on remarque l’influence byzantine sur les miniatures. Théophano prit-elle connaissance du psautier grec-latin qui lui servira ensuite à apprendre le latin ? (McKitterick 2002, p.181-183)

Dévastée par les Normands, puis les Slaves, nombre de ses anciens manuscrits avaient été mis à l’abri dans les monastères suisses, mais la visite de Théophano, avec un des scribes de sa suite, leur fut quand même particulièrement intéressante et instructive.

 - Hersfeld, où les bâtiments de l’abbatiale leur garantiront un hébergement relativement efficace contre le froid, avec ses grandes cheminées. L’ermitage d’origine date du VIIIe siècle et se considère dès le départ comme la concurrente de Fulda.  (Michiels 1993, col. 211 et suiv.). Mieux appréciée de Charlemagne, elle fut bien dotée et suffisamment reconstruite pour être élevée au rang d’abbaye impériale. La longueur de l’ensemble dépassait les 100m. et au moment du passage des voyageurs, on parlait de l’agrandir encore pour répondre à la demande croissante des populations alentour et des séjours royaux.

(Henri Ier le 4 juin 931 in RIi. II,1 n° 35 )

Elle faisait partie des abbayes et monastères réputés à l’époque pour l'enseignement dispensé, sans doute un peu de grec, comme dans ce type d’institution, ce qui permit à Théophano d’essayer d’apprendre quelque mots de latin au passage.

- Grone (Göttingen). Inconnue au Xe siècle (Gutingi), la ville actuelle de Göttingen, sa rivale, a pourtant fini par absorber ses villages alentour dont Grone. C’est pourtant chez cette dernière que les Ottoniens vinrent assez souvent, compte tenu de l’existence d’un château confortable. Elle disposait d’un ensemble d’hébergement suffisamment important pour que des Diètes s’y tiennent plus tard, comme en 992 et 1024.

On y voit Conrad Ier en 915 faire le siège de la forteresse et y renoncer, ce qui suppose que ce devait être un ensemble bien fortifié, il fut d’ailleurs reconstruit et servit lors des 18 visites impériales qui sont inventoriées entre 941 et 1025. Plus tard, en 953, elle est mentionnée dans un document pour des possessions rétrocédées à la cathédrale Saint-Maurice de Magdebourg par Otton Ier, en précisant Göttingen.

(MGH DD OI, p. 245, n° 165)

Un peu d’histoire fera aussi réfléchir Théophano sur la place des impératrices chez les Ottoniens. En effet, c’est ici qu’il y a près de trente ans, en 941, se réconcilia Mathilde, la veuve d’Henri Ier, avec ses fils Otton Ier et Henri le Jeune, qui devint duc de Bavière, mais elle ne cessera pour autant de créer des conflits familiaux tout au long de sa vie. Conflits dus à sa jalousie, dont celui avec Théophano à la mort de son cousin Otton.

(Corbet 1986, p. 32 qui cite Leyser in Frühmittelalterliche Studien 17, 1983, p. 84)

 

Pour la suite du voyage, deux voies se présentaient, l’une par l’ouest, Gandersheim, Goslar, Hildesheim, Werla puis Magdebourg, l’autre plus à l’est, Nordhausen, Gernrode et Quedlinbourg. En fait, comme nous avons remarqué leur passage par cette voie au retour, nous privilégions donc empiriquement le passage par Gandersheim pour l’arrivée sur Magdebourg par l’ouest. Le convoi laissera sur sa droite le magnifique massif boisé du Harz, d’accès quelque peu difficile en hiver.

 

- Northeim est un vieux bourg sur le chemin de Gandersheim. Est-ce le passage de Théophano qui sera à l’origine de la fondation, quelques années plus tard, d’un monastère bénédictin dédié à saint Blaise ?

- Gandersheim offrait une possibilité d’étape à l’abbaye, avec ses grands bâtiments pour recevoir la Cour. De plus, on est en famille, elle est dirigée par une cousine germaine d’Otton II, Gerberge de Bavière (ca 949-1001), parfaite helléniste dit-on. De ce fait, elles s’entendit de suite très bien avec Théophano. La personnalité littéraire de l’abbaye est bien entendu la poétesse chanoinesse Horotsvita.

Par un miracle du hasard, la jeune impératrice a-t-elle pu rencontrer ce personnage également hors pair par son œuvre littéraire, même si elle ne semble pas avoir été hellénophone ? Le doute demeure car elle serait peut-être décédée entre 973 et 975?

- Goslar  tire probablement son nom de la rivière Gose. Son existence est attestée pour la première fois par Henri Ier en 922. Ensuite les empereurs allemands du haut Moyen Âge ont élevé ce petit village du Hartz au niveau impérial, et il a été pour eux une source de richesse, avec les minerais de cuivre et d’argent. On estime que le palais royal de Georgenberg a été réalisé en l'an 934. On en voit ci-contre quelques restes de bâtiments qui devaient être confortables.

La grande salle était chauffée par un système de circulation d’air chaud, comme à Tilleda, à Werla, à Salzgitter, dans l'ancien hôtel de ville de Göttingen, etc…. (W. Kaiserpfalz Goslar) Ce chauffage à air chaud ne doit cependant pas confondu être avec l’hypocauste romain, par le sol. La douce chaleur ne doit pas être une raison pour s’attarder, et on repart pour une nouvelle visite, une nouvelle présentation, la présence de la jeune souveraine suscitant toujours la curiosité.

- Hildesheim nécessitera un petit détour, impossible de faire l’impasse de ce site. Par ailleurs, tous les monuments romans qui lui vaudront ensuite le titre de la "capitale de l’art roman" sont en cours ou en projet. Ils seront concrétisés par Bernard d’Hildesheim dont on va bientôt parler. Le célèbre scriptorium est en train de se mettre en place.

Le plan ci-contre, même s’il est postérieur, donne une idée de ce que pouvaient être les monuments aux Xe et XI siècle.

Nous attend ensuite une étape également appréciée des ottoniens.

 - Pfalz Werla (Schladen), située à une quinzaine de km au sud de Wolfenbüttel, est très prisée des Ottoniens qui, entre 924 et 1013, s’y arrêtèrent plus de 15 fois pour des séjours plus ou mois longs. C’était un "urbs" perché et fortifié. Il faut croire que la ville était sûre et les bâtiments confortables, d’après les plans de reconstitution ci-contre de l'ensemble tel qu'au Xe siècle.

On y voit un bel exemple de site protégé par des murailles, une église, les salles de réunions, le tout dans un espace suffisamment grand pour abriter également les animaux.

Aujourd'hui dans la commune de Schladen Werla.

- Braunschweig était également une étape possible, quoique nous n’ayons pas d’informations précises avant le Xe siècle. Mais elle devait exister à cette date, car bien située entre Hanovre et Magdebourg, même si l’élévation de celle-ci au titre d’évêché était de constitution récente, il restait d’ailleurs au convoi une ou deux étapes pour y arriver et  terminer le premier voyage de l'année.

 

FÉVRIER - MARS

- Magdebourg En se fiant au diplôme (MGH DD OI, p. 581, n° 428), la Cour y est  ainsi présente vers le 15 mars elle avait été choisie par Otton Ier pour en faire sa capitale, sa "Roma nova", et la faire évoluer en archevêché, pour s’en servir comme  base  à l’évangélisation des populations de l’Est et du Centre de l’Europe. L’empereur y fit de nombreux et longs séjours quand il venait suivre et encourager les efforts pour cette évangélisation. C’est dire qu’ils étaient chez eux et ils en profiteront pour rester jusqu’à début mars. Il fallait repartir ensuite pour être présents à Quedlinbourg.

 - Quedlinbourg, où les attendent une petite réunion de famille le 19 mars, avec la préparation de fêtes de Pâques et surtout celle de la Diète qui doit suivre le 23 mars. En effet, l’abbesse est Mathilde, pas moins que la sœur d’Otton II et de surcroît hellénophone, inutile de décrire les effusions à l’accueil de sa nouvelle belle-sœur. Encore une abbaye impériale qui jouera un rôle dans la vie de Théophano, et où elle aura l’occasion de passer six fêtes de Pâques.

Théophano, dont c’est la première célébration de la Semaine Sainte sans sa famille, se souvient que pour le dimanche des Rameaux (Palmsontag), à Constantinople ou en Arménie, on préparait les rameaux avec des branches d’olivier ou de saule pleureur.

 

 Celles de cette année sont suivies par la tenue d’une Diète d’empire, un "Reichstag",  tenu avec Otton Ier, Otton II, Adélaïde et Théophano (RIi II,.2, Nr 605d), à laquelle participèrent les grands laïcs du royaume et d’ailleurs, comme Mieszko, duc de Pologne et Boleslav, duc de Bohème(que l'on va retrouver ci-après), des représentants de Byzance, de Hongrie et de Bulgarie. On cite même la présence des ambassadeurs du calife de Cordoue et de la Rus’ de Kiev. (Thietmar, liv. II, 31)

Otton Ier devait en profiter pour présenter sa jeune belle-fille Théophano, gage de paix entre les deux empires d’Occident et d’Orient. Celle-ci très impressionnée par ces personnages, déjà en fine diplomate, essayait de percevoir le poids et la sincérité de chacun envers leur empereur. Il faudra qu’Otton II, déjà très à l’écoute de sa jeune femme, lui donne ses avis et conseils. Mais cela montre surtout Otton le Grand à l’apogée de son pouvoir,  lui permettant dans le même temps d’afficher la dimension européenne de sa souveraineté. (Thietmar liv. II, 31)

Ce fut également l’occasion  de créer les diocèses de Bohême à Prague et à Olomuc pour la Moravie. Ils seront tous les deux sous contrôle direct de l’empereur.

 

AVRIL

Ces festivités passées, le vieil empereur était-il satisfait d’avoir atteint son objectif, rassuré d’avoir mis en place des structures qu’il espérait solides ? Son fils était bien imprévisible, quant à la petite Théophano, qu’il aimait bien, elle lui paraissait bien jeune.

Quoi qu’il en soit, malgré un mal qui semblait le ronger, il désirait reprendre la route pour aller encore à Memleben. Les officiers d’intendance se mirent rapidement au travail, en particulier en établissant le parcours en fonction des besoins particuliers et de la présentation dans le maximum de lieux de la jeune et nouvelle impératrice.

 - Gernrode. Il était difficile de quitter Quedlinbourg sans rendre visite à l'église fondée par le margrave Geron dont on peut voir la plaque funéraire dans la croisée du transept. Surtout après les privilèges accordés en 961 par Otton Ier. (MGH DO I, n° 229) Bonne réception garantie ! Flanquée de tours, l’église présente les caractéristiques typiques de l'art ottonien tout en renvoyant à des modèles orientaux. La crypte est une des premières de ce style en Allemagne. Écoutons d'ailleurs le margrave Géron avec les explications qu’il donna à Théophano : en fait il avait voulu construire en 959 un couvent, dans son château rouge (Geronisroth), dont il fit de sa belle-fille Hathui l’abbesse, pour protéger son avenir.        

(Thietmar 2004, liv. II, 19, p. 105)

La congrégation fut instituée le 17 juillet 961 par Otton Ier, alors roi. Gernrode dépendait de l’Évêché d'Halberstadt, mais bénéficiait de l'immédiateté auprès du pape et de l'empereur. Les abbesses, qui avaient autorité sur le bourg de Gernrode, étaient assistées dans leur tâches administratives par un "vidame", qui répondait de la sécurité de leur domaine et exerçait le pouvoir temporel sur Gernrode.

- Allstedt, rend Théophano doublement heureuse, car en fait elle est chez elle, puisque cet ensemble de villes et leurs châteaux fait partie des terres qui lui ont été données par Otton par son contrat de mariage ! On pourrait presque appeler cela une route des châteaux romans. (Son vœux sera exaucé plus de 1000 ans plus tard par la création de la Route Romane en 2006 !) En fait elle y séjournera 14 fois de 973 à 991

- Tilleda, l’ancienne "Dullide", faisait partie d’un petit groupe avec Walhausen, Alltsedt, à l’ouest de cette dernière, et a commencé par être un petit bourg. Le château qui dépendait de l’abbaye d’Hersfeld avait été construit sur une colline, le Pfingstberg. Cet ensemble faisait partie du douaire donné à Théophano par Otton II, il pouvait y recevoir des rois et empereurs germaniques.

Au passage, Otton Ier confia à la jeune Théophano qu’il pensait être né à Walhausen en 912 et que d’ailleurs, ses parents, Henri l’Oiseleur et Mathilde de Ringelheim, s’y était mariés en 909. Un esprit malintentionné glissa dans la même oreille que c’était après qu’Henri ait répudié sa première épouse Hatebruge de Alstatdt ! (Thietmar, Liv. I, 5,6)

- Querfurt, dont les seigneurs, profitant du beau temps de printemps sont venus saluer les voyageurs impériaux. Le futur saint Bruno de Querfurt était-il né, on n’est pas sûr de sa date de naissance (973 ?). Bien des années plus tard, ce sera un familier d’Otton III et un martyr en allant évangéliser les Polonais (1009).

 

MAI

Début mai, arrivée à Memleben en Thuringe (actuel Land de Saxe-Anhalt). Mais un événement viendra bouleverser les projets des jeunes mariés : la disparition relativement subite d’Otton Ier, le 7 mai, à Memleben, à la suite d’un problème de santé. C’est un drame inattendu  à la Cour, qui laisse une veuve, Adélaïde (42 ans), et le jeune couple impérial (13 et 18 ans).

Une fois le choc de la surprise passée, il fallut bien penser aux cérémonies et le chancelier* du moment, Willigis depuis 971, organisa les visites de recueillement des différents personnages, en fonction de leur titre et du protocole : membres de la famille, ducs, princes-évêques, représentants étrangers, différents corps constitués, etc.

Une partie du mois de mai y fut consacrée, les funérailles impériales furent fixées à Magdebourg, les 3 et 4 juin, par les officiers de cour et Willigis.

Non loin de là, à Dornburg, un château accueillant pourrait héberger la famille impériale pour quelques jours. Compte tenu du voyage vers Magdebourg, environ 150km, soit pour un équipage léger cinq à six jours, elle dispose d’un créneau de quelques jours, jusqu’au 25 mai. L’occasion pour les jeunes mariés de resserrer encore leur couple, sentant tous les deux le poids des responsabilité qui va leur échoir.

- Dornburg fut donc la destination choisie pour un aller-retour rapide. Ils passeront quelques jours dans ce château relativement récent, d’origine franque, et dont Otton Ier parle déjà dans un diplôme de septembre 937. (MGH DD OI, p. 103, n°16) Il concerne la construction du château, sous des noms variés : de Dornburg à Derenbourg en passant par Thornburg et la donation de ses revenus à l’abbaye de Quedlinbourg! En effet, le site est important car il contrôle le gué sur la rivière Saale, supportant un trafic relativement dense. Le château était suffisamment grand pour recevoir la Cour "allégée" ! Otton Ier y était passé en 952 et 958 et y avait même tenu une Diète en 965. Le lieu perdra de son intérêt, et même son existence, après la construction d’un pont plus au sud.

Il ne fallait pas moins de ces quelques jours de repos pour permettre à Otton II de se mettre dans la peau d’un jeune empereur avec une jeune impératrice non moins impressionnée !!

 

JUIN

Les funérailles de l’empereur Otton Ier eurent donc lieu à  Magdebourg, le 3 et 4 juin, là où il désirait être enterré auprès de sa première femme, Édith de Wessex. Elles furent fastueusement célébrées par Géro, archevêque de Cologne, et Aldabert, archevêque de  Magdebourg, accompagnés par tous les membres du clergé présents dans la ville, et pratiquement les mêmes officiels qu’à Quedlinbourg quelques mois auparavant.

L’impératrice Théophano était très affectée par tout ce cérémonial, même si elle retrouvait là un peu les fastes de Constantinople.

Après la mort de son père, l'empereur Otton II tint diètes et réunions, dans différentes villes de l'empire. On les voit à Worms au mois de juin, à Aix-la-Chapelle au mois de juillet, à Trèves et à Francfort au mois d'août et à la fin de l'année à Utrecht. Le prince-évêque de Liège, Notger, fut un des prélats qui accompagnaient le couple impérial.

En effet pour le proche présent, il faut resserrer les liens entre le Saint Empire et la famille. Être partout à la fois demande à ce que l’on se déplace, les distances parcourues sont le reflet de l’effervescence, toutefois un des historiens allemands, que nous avons déjà rencontré, n’est pas surpris de voir par exemple faire 400km en 10 jours, à cheval, de Magdebourg à Worms, compte tenu que nous sommes heureusement dans la belle saison !

(Uhlriz 1902, p. 32 et suiv.)

 

OTTON II EMPEREUR ET THÉOPHANO IMPÉRATRICE

En fait qui était Otton II ? C’est un jeune homme relativement fort et bien éduqué. Il eut quand même comme éducateurs, Gerbert d’Aurillac et Bruno de Cologne. Pour l’instant il montre une certaine volonté d’indépendance, lui faisant rejeter les conseils de ses ainés, ce qui lui vaudra quelques aventures malheureuses. Il faudra bientôt qu’il se dégage de sa mère Adélaïde, qui voulait de plus en plus prendre les rênes du pouvoir. A côté de cela, une certaine rigueur lui avait été enseignée par son père et la piété par sa mère. Nous allons voir le couple à l’œuvre. (Thietmar, liv. III, 42)

Le premier objectif retenu est la réussite de la Diète qui doit se tenir à Worms, à partir du 16 juin, c’est-à-dire environ à 500 km, à couvrir en une douzaine de jours, une quarantaine de km par jour à cheval! Ces premiers jours et les enjeux de la Diète seront cruciaux pour l'avenir du couple.

- Halbertstadt  est la première ville de ce périple que nous retenons, comme raisonnable, en suivant en cela Gunther Wolf, passant par les principales étapes, sans doute prévues par les officiers de cour : Halbertstadt, Pfalz-Werla, Gandersheim, Grone, Frizlar, Bad-Hersfeld, Giessen-Wieseck, Francfort, Lorsch et Worms

La ville où va faire étape la Cour est connue depuis les carolingiens. Théophano et Otton y rencontreront l’archevêque du moment, Hildiward de Werla (Hildewardus, vers 930-† 996). Celui-ci va-t-il leur faire part de sa désillusion après le partage de son territoire par Otton Ier, peu après son arrivée en 968, au profit de l’archevêché de Magdebourg ?

La question ne sera pas à l’ordre du jour !

Théophano se fait expliquer les Carolingiens par Otton II qui, avant les séparations des traités de Verdun ou de Meersen étaient très présents, on peut presque dire qu’il n’y avait qu’une seule et même famille.                                                                                      

- Pfalz-Werla (Schladen) est une étape intéressante, on l’a déjà vu, même si aujourd’hui on ne devine plus que les traces de cette grandeur disparue. Le site, ci-contre, et les ruines de la résidence royale de Werla sur le Kreuzberg,  un promontoire rocheux naturel surplombant l'Oker, dont le centre est repéré par un arbre isolé, laissent imaginer son importance.

Otton rappelle à Théophano les difficultés qu’avait eues, au début du siècle,  Henri Ier, son grand père, à fédérer les États, les duchés ou principautés, les diocèses allemands, après s’être affranchi de sa famille de Francie Occidentale. Ce fut la naissance de la dynastie ottonienne. Théophano se montre modeste, car on lui a appris tout cela avant de partir. Il faut qu’elle aide maintenant son mari à gérer ses problèmes.

- Fritzlar, (lieu paisible), monastère bénédictin fondé en 724 par saint Boniface de Mayence (l’apôtre des Germains)? qui en fit un haut-lieu de l'érudition religieuse et profane. Charlemagne fit édifier le premier palais impérial de Fritzlar,  accorda la protection royale au monastère et le dota de nombreuses terres. Avec l'élévation de la communauté au rang d'abbaye royale en 782, puis impériale, la ville prit rapidement forme. Toutefois, pillée entretemps par les Hongrois, les reliques de saint Boniface et certains ouvrages durent être sauvés auprès du monastère de Fulda.

Leur passage dans cette ville tombe bien, car Otton peut expliquer à Théophano la Diète qui s’y tint en 919? consacrant Henri Ier l’Oiseleur, son grand-père, comme roi des Romains. Ce fut l’acte fondateur du gouvernement de l’Europe par les deux branches distinctes des Carolingiens et des Conradiens. Ainsi Théophano va pouvoir prendre connaissance des liens qui unissent ou désunissent ces familles. Mais ce n’est pas le moment de penser au passé, même s’il lui éclaire le présent.

- Giessen ou Wieseck, où il fait beau, les deux tiers du trajet sont déjà faits quand le convoi arrive. On franchit la vieille tour, la "Poart", reste d’anciennes murailles encore présentes. Une belle église centenaire (disparue en partie aujourd’hui) les attend à l’arrivée. Elle appartint au monastère proche d’Honau, dont Pépin le Bref, Charlemagne et leurs successeurs défendirent les droits à partir d’un premier diplôme le 15 décembre 749, jusqu’en 884, (Grandidier 1778, p. 441, n° 64 et suiv.) et apparait également dans un  titre de donation de Liutfrid, fils d’Aldebert, de 722 (L’Art de vérifier les dates 1818, p. 464).                         - Francfort, où ils ont déjà résidé sous la neige, aux fêtes de Noël, est rapidement traversé. L’étape suivante concoctée par les officiers de cour, est une nouveauté.                             - Lorsch surprit Théophano par cette étonnante halle-porte. En effet, l’abbaye bénédictine qui les reçoit a été fondée par les Carolingiens (encore !), il y a près de deux cents ans ! Elle a été prise en charge par les moines bénédictins venant de Metz. En 885 l'abbaye était nommée "Lauressam", le nom actuel de la ville est apparu au cours du temps. Au Moyen Âge, l'abbaye allait devenir un important monastère du Saint Empire, avec des possessions jusqu’en Alsace et en Lorraine. Le meilleur indicateur pour nous est son inscription au Patrimoine Mondial de l’Unesco.

Worms, où la contestation s'était manifestée, était une étape prioritaire, pourtant, lorsqu’Otton le Grand est mort le 7 mai de cette année, Otton II est reconnu comme roi déjà  depuis douze ans et empereur depuis plus de cinq ans. Contrairement à son père, il n'avait pas de frère susceptible de contester ses titres. Personne  de la famille, sauf Henri II de Bavière (955-995),  son cousin, qui s’allie à Boleslav II de Bohême et à Mieszko Ier de Pologne croyant, leur heure arrivée,  manifestent leur indépendance à l’annonce de la mort d'Otton Ier, contre Otton II. Un an plus tard, ce dernier flairant un danger, l’anticipe en empêchant la fusion de la Bavière, de la Carinthie et de la Souabe, déclenchant définitivement l’ire de son cousin et de ses alliés. Nous en reparlerons.

Parmi les différentes manifestations de la Diète pendant la matinée du 8 mai, il reçut les premiers hommages. Il voulut donc conforter cette confiance accordée par les participants, en les visitant ou les réunissant. Il avait ainsi confirmé dès les 3 et 4 juin les possessions et les droits de l'archevêché de Magdebourg.

Ils seront reçus par l’évêque de Worms, le futur saint Hanno, ancien moine bénédictin de Saint-Maximin de Trèves (950-978). Malgré la solennité, on ne peut parler de Diète mais plutôt de rassemblement de la Cour.

Ils avaient déjà rendu visite au passage la ville de Werla, suffragante de l’archevêque Géron  de Cologne, et l’archevêque Ruprecht de Mayence dont Fritzlar était suffragant.

A Worms Otton II et Théophano s’entretinrent plus longuement avec les autres archevêques présents, Adalbert de Magdebourg, Friedrich de Salzbourg, Théodoric Ier de Trèves, les évêques Dietrich de Metz, Wolfgang de Ratisbonne, Abraham de Freising, Pilgrim de Passau (en conflit avec Lorsch !), Ulrich d'Augsbourg, Wolfgang de Ratisbonne, peut-être l’évêque Erchambaud de Stasbourg qui deviendra un  familier dans quelque temps, (saint) Hanno de Worms (ancien moine bénédictin de Saint-Maximin de Trèves etc.

Un mois plus tard, une autre assemblée de la cour se tiendra à Aix-la-Chapelle, sur le lieu du couronnement. Le but et le succès de la  Diète de Worms nous sont inconnus. Pendant cette période, pas moins de huit diplômes sont établis!

 

27 JUIN

Si la Diète de Worms fut importante, toutefois, le fait essentiel en fut la désignation de la jeune impératrice, pour la première fois, dans un diplôme daté du 27 juin, comme,  "conjugis nostrae Theophanu" parmi d’autres, signés par Otton II. Il nous montre deux choses Théophano était bien de tous ses déplacements et sa position d’impératrice s’affirme après la disparition d’Otton Ier, au grand dam d’Adélaïde.                (RIi II,2, n° 620)

Durant le même séjour, il donne à son cousin Henri II de Bavière la ville de Papinberc (Bamberg) avec ses propriétés et ses droits, en dédommagement.( RIi II,2, n° 622)

 

30 JUIN

- Trébur On fit ensuite l’aller-retour pour aller à Trébur où l’on pouvait faire une étape appréciée à cette époque, car la ville possédait un grand palais royal. Le temps de régler un problème de propriété de terre comme il y en avait souvent à l’époque, on reprit la route, par un autre pont vers Aix-la-Chapelle, pour l’assemblée qui doit s’y tenir le 21 juillet. (MGH DD O II, p. 56 , n° 47)

 

JUILLET

Il faut prévoir près de 300 km pour Aix-la-Chapelle, c’est dire que l’on dispose d’un peu plus de temps si on part le Ier juillet, même si on tient compte de l’épisode Trébur. La route proposée passe par Bingen, Boppard, Coblence, Sinzig, Düren pour arriver à Aix-la-Chapelle.     

- Bingen Dans une centaine d’années, mais Théophano ne le sait pas, naitra ici l’abbesse Hildegarde de Bingen, curieux personnage et esprit universel de son époque.

La place en elle-même est importante pour le trafic routier et naval. Elle avait été une des extrémités de la via Ausonia vers Trèves et à ce titre bénéficiait d’un pont, même s’il n’était qu’en bois. W.

- Boppard,  la "Boudobriga des Romains", émerveille Théophano par ses paysages qu'elle  lui offre au bord du grand fleuve, le Rhin. C’est une agréable étape avec ses très anciens châteaux, une des gardiennes du Rhin. Elle est vraiment dans un parcours romantique, même si l’ambiance n’y est pas. Encore un peuple ancien dont elle voit les réalisations.

Ainsi, cela ne l’empêche pas de voir les murailles et le château, dont une partie daterait de la présence des Romains de Jules César dans la région. En effet, placée à l'entrée d'un méandre du fleuve en forme de fer à cheval, Boppard était à l'origine un relais de poste romain, qui fut remplacé au IVe  siècle par une forteresse militaire. (Source : UNESCO/CLT/WHC)

- Coblence, toujours dans l’esprit des villes qu’elle vient de voir, est comme son nom l'indique une ville au confluent du Rhin et de la Moselle, et profite au maximum de cette situation sur le plan commercial. Il y avait également des petits chantiers pour la construction ou la réparation des bateaux.

Devant Saint-Castor, Théophano  est surprise par l’originalité de cette église collégiale,  dont les origines doivent dater du début du siècle dernier. Et surtout, Otton lui explique que c’est ici qu’a été conclu le traité de Verdun en 843, dont il lui a déjà parlé. Ils y voient d’autres églises comme la Liebfrauenkirche (église Notre-Dame) dont les soubassements, encore visibles, auraient plusieurs siècles ! En effet, les Romains ont laissé des traces, On parle de Jules César, comme à Boppard. Il faut savoir aussi que pour les Ottoniens, l’Empire romain est la référence, ils s’en revendiqueront  souvent pour justifier l’organisation du leur.  (Laporte p. 2)

Sur la rive en face, le château d’Ehrenbreitstein, toujours en travaux de renforcement veille sur le fleuve. Quoi qu’il en soit, la ville n’appartient à l’Empire que depuis une quarantaine d’années et elle est suffragante de Trèves.

Pas de problèmes d’hébergement ici et on en profite pour s’attarder un peu.

- Sinzig : nos voyageurs continuent sur les bords du Rhin où les Carolingiens ont laissé là aussi des traces. Pépin le Bref a reconnu par un décret du 10 juillet 762, le premier, le site du palais royal, Sentiaco Palacio. W. Les rois et empereurs carolingiens sont nombreux à y avoir séjourné et cela impressionne Théophano.

- Düren devait être suffisamment équipée en bâtiments, vers 700, plus tard transformés en Cour royale avec un château, pour que Pépin le Bref, puis Charlemagne y tiennent des  Champs de mai, en particulier en 761, 775 et 778. Théophano y visita l’église Sainte-Anne. (MGH Annales mettenses, 1905, p. 51 et suiv.)

Elle faisait partie de cette route des couronnements, avec Sinzig, Ingelheim et Francfort, dont les châteaux suivaient la vallée du Rhin. Dans les années 881 et 882 ils avaient été ravagés par les Normands, qui avaient pénétré dans le pays par le Rhin et la Meuse. La construction des murailles commencée sous Henri Ier, fut encore encouragée en 1000 par Otto III , qui la confirma comme une ville libre impériale. 

 

21 JUILLET

- Aix-la-Chapelle est l'Aachen de Charlemagne, avec son ensemble cathédrale, où seront sacrés les rois. Théophano ne sait pas encore qu'elle aura un fils qui y sera couronné. Pour l’heure, elle est encore une fois étonnée par les constructions qu’elle y voit. Surprenant, elle reconnaît le style de son pays en regardant la Chapelle Palatine et son dôme octogonal. Mais plus tard, elle sera vraiment éblouie quand elle visitera l’intérieur. Cerise sur le gâteau, elle entendra dire que l’architecte, qui a construit ce monument d’influence byzantine, est sans doute un architecte d’origine arménienne (?), Eudes de Metz ou Oto Matsaetsi, (Dézelus 1989, p. 274 ; Ching 2007, p. 317), qui a travaillé également avec Théodulphe, le savant familier de Charlemagne, évêque d’Orléans, pour la construction d’un oratoire en France, près du fleuve Loire à Germigny-des-Prés. (Favier 1999, p. 508)

Le plan ci-contre reconstituant l’ensemble, avec la chapelle palatine en haut,  précise l’emplacement (en rouge) de l’aula palatina, la halle, permettant toute sorte d'assemblée ou de réunions. (Favier 1999, p. 502-508 ; W. cliché Aliesin)

On prend le temps de préparer et prendre quelques décisions concernant les archevêques Géro de Cologne, Théodoric de Trèves, l’évêque de Quedlinbourg, etc…par 5 diplômes, sans oublier celui où figure une nouvelle fois Théophano au bénéfice de l’abbé de Lobbes à la demande de Nokter de Liège. (RIi II,2, n° 631)

Et après quelques visites, on prend le chemin de Trèves, à environ 200 km.

En chemin, on passe à Prümm, l’occasion pour Otton II de signaler à Théophano la chronique de Reginon de Prümm, au IXe siècle, une  bonne source d’information sur la région, mais en latin. Puis on traverse Echternach dont l’église a été reconstruite il y a une bonne centaine d’années, en 800.

 

22 AOÛT

- Trèves, où ils arrivèrent par la Porta Nigra, était suffisamment réputée pour justifier un détour. La ville est à elle seule une encyclopédie de la Germanie du temps des Romains. En effet, au carrefour des civilisations celte, romaine et germanique, elle fut considérée un temps comme une seconde Rome. Elle vient d’être intégrée au Saint Empire. On en voit des preuves également sur la base de la cathédrale et la "Basilika" transformée en aula royale. Celle d’Aix-la-Chapelle s’en est inspirée. Mais là aussi, les Normands ont laissé des traces de leurs incursions de la fin du IXe siècle.

Quoi qu’ils soient tenus par le temps, Théophano et sa suite insistèrent pour prendre un bain dans les thermes de Barbara, on les comprend !

Ensuite, le temps de rencontrer l’évêque  de Trèves, Thierry Ier, de décréter des diplômes au profit de Metz, et la Cour repart. (RIi II,2, n° 632-633)

 

27 AOÛT

- Francfort attend la Cour, qui ne fera que passer, tant le temps est compté. Théophano  s'intéressera la prochaine fois aux événements qui s'y sont passés au temps de Charlemagne. L’occasion, pour Otton II, d’accorder un droit de battre monnaie à deux villes de Lorraine, Yvoi et Longwy (RIi II,2, n° 637). Théophano et Otton II passeront une dizaine de fois dans cette ville, que l’on a sentie accueillante.

 

11 - 15 SEPTEMBRE

Peut-être une étape à Fulda, mais sans pouvoir s’entretenir avec les scribes, on repart pour Erfurt. En effet, déjà le chancelier Willigis a conseillé cette étape politiquement importante, Erfurt, la capitale de la Thuringe, est de plus suffragante de Mayence. Otton explique à Théophano que l’église Beatae Mariae Virginis Sainte-Marie fut créée par celui qui devint saint Boniface. Les nombreuses fréquentations de Carolingiens au palais impérial laissent supposer des hébergements en conséquence, et après un très court séjour, on promet de revenir.

- Heiligenstadt fut dès l'époque franque le siège d'une seigneurie importante. Située dans la vallée de la Leine, elle a été une des plus anciennes possessions de l'archevêque Ruprecht de Mayence. La première mention écrite de la ville date de 973, lorsqu’Otton, lors de son passage, donne des terres à l’évêque Abraham. (RIi II,2, 15 septembre n° 638a). Elle est aussi, dès lors, un des lieux de résidence (Königpfalz) des empereurs romains germaniques. La gravure ci-contre, plus tardive, nous montre quand même l’importance de ses murailles, et sans doute le château qu’elles protégeaient.

- Pöhlde (Herzberg-am-Harz) possédait un château, dû à l’initiative de Mathilde de Ringelheim, qui avait reçu le village, en 927, (RIi II, 1, n° 17 le 13 mai) par une donation de Henri Ier son mari. Après la mort de celui-ci, elle en avait demandé confirmation à son fils Otton Ier, ce qu’il avait fait en 952, puis par Otton II.  Un monastère y fut construit, donnant de l’importance à Pöhlde, qui reçut ainsi des hôtes impériaux, mais fut rattaché à Herberg-am-Harz. (Annales Palidenses, MGH Scriptores, t. XVI, p. 48-99)

A 180km de Magdebourg, c’est-à-dire à mi-chemin, c’était une étape intéressante et reposante !

 

17 SEPTEMBRE

- Bothfeld, (Bodfeld, disparu depuis) proche de là, a aussi une histoire ancienne avec les Carolingiens et les Ottoniens, qui logeaient sans doute dans un petit château, ou un relais de chasse. En effet, ils étaient de grands chasseurs, et l’automne, saison propice, les voyait arriver, en particulier à Bodfeld, mais également à Siptenfeld, plus au nord de Quedlinbourg, qui en avait la propriété et en tirait profit !

(Itinerant Kingship 2002, 140, 148, 154, 156, 257, 269)

Mais déjà les contestions familiales se manifestent en la personne de son cousin Henri II duc de Bavière. Celui-ci, à la mort de l’évêque Ulrich d’Augsbourg, voulut le faire remplacer par un des siens. Otton II, anticipant une collusion entre Souabe et Bavière, prit les devants en faisant élire Henri Ier (923-982), un de ses soutiens. Le diplôme pour cette nomination, établi le 22 septembre sera antidaté au 17 pour prendre de vitesse toute contestation !!

(RIi II, 2, n° 638c du 17 septembre, en fait du 22)

 

27 SEPTEMBRE

- Magdebourg, où Otton dispose d’un allié précieux en la personne de l’archevêque Aldabert qui les reçoit presque amicalement ; l’impératrice s’y sent plus à l’aise. Le temps de voir le personnel politique et de régler un problème de confirmation des avantages accordés par ses parents à l’évêché de Brême et l’archevêché de Hambourg, pour leur permettre d’être plus efficaces dans leurs efforts pour christianiser la Scandinavie. (RIi II, 2, n° 640 )

 

13 OCTOBRE

- Dornburg les voit de nouveau, venus pour remercier du premier accueil de l'évêque Boso de Mersebourg. Otto a ordonné, à la demande des moines du monastère de Pfäfers, un nouvel abbé, et en même temps confirmé les privilèges de ses royaux prédécesseurs Karl, Ludwig et son père, qui affectent leur droit de vote, approuve le renouvellement des anciennes concessions et y ajoute l'immunité. Le moine Alawich de Reichenau est élu abbé. (RIi II, 2, n° 642).

 

22 OCTOBRE

- Allstedt, nouveau passage dans cette ville-résidence où, elle ne le sait pas encore, Théophano viendra profiter plus d’une dizaine de fois de son vaste hébergement. Le château était considéré comme palais impérial depuis Henri Ier. Il a fait l’objet d’un diplôme le confiant à Hersfeld le 12 octobre 935, où on trouve l’appellation Altsteti. (RIi II, 2, n° 643)

 

22 NOVEMBRE

- Heiligenstadt, les accueille à nouveau. Otton II établit un diplôme sur l’intercession  de sa femme Théophano et du duc Henri de Bavière, définissant des territoires avec l’évêque de Freising, Abraham. Toutefois la date n’en est pas bien précise pour les spécialistes et l’auteur privilégie le passage d’abord par cette ville, puis Duisbourg (RIi II, 2, 23 nov n° 645)

23 novembre

- Duisbourg, sur la route de Nimègue, est l’étape indispensable quand on suivait la rive droite du Rhin, et le couple y reviendra plusieurs fois. C’est un peu la porte d’entrée pour Nimègue et les souverains s’y arrêteront à chacun de leur passage.

Établie sur les bords du Rhin, que l’on pouvait passer à gué selon les saisons, elle sert d’hébergement aux souverains dès 937 et commence à avoir une certaine activité commerciale. Théophano se trouve une nouvelle fois devant ce fleuve infranchissable.

Elle apprit que son beau-père avait essayé, en 944, d'appeler les dirigeants de Franconie et de  Lorraine pour rétablir la paix entre eux. L’histoire ne dit pas si la jeune impératrice eut le temps de faire un saut à Maastricht, voir les reliques de Saint-Servais dans la cathédrale qui lui est dédiée ; il s’agit d’un saint d’origine arménienne ! (Yevadian 2012)

Ces reliques furent présentées à la même date, à titre de  pétition, à l’empereur Otton Ier, à la suite d’un litige des pétitionnaires avec le comte Immon (986), noble seigneur qui avait des terres dans la région, mais leur avait fait injure. L'empereur tint pour régler cet incident un lit de justice (Messager des sciences 1849, p. 139 et suiv. qui signale la relation de cet incident dans MGH t. I,  p. 619 ; Kurth 1898,  p. 2 et suiv.)

Sur place, Otton II, à la demande de sa mère l'impératrice Adélaïde, accorda la liberté d’élire leur abbesse aux religieuses du couvent de Meschede et confirma les textes de ses prédécesseurs, en particulier leur immunité. (RIi II, 2, n° 605) L’internaute qui voudra avoir une idée de la ville en 1000 peut la voir reconstituée sur le site Google-earth :

http://www.ruhrzeiten.de/Duisburg1000_2.htm

 

14 DECEMBRE

- Nimègue, que l'on pouvait atteindre en passant par Düsseldorf - Neuss, plus au sud, était le passage principal pour franchir plus aisément le Rhin, par la rive gauche du fleuve. (Bernhardt 2002,  p. 179). Le passage était gardé par la porte ci-contre, toutefois reconstruite au XIIIe siècle, succédant à une muraille du Xe siècle qui avait dû être du même style.

C'est la plus ancienne ville des Pays-Bas, qui tient son nom du gaulois Noviomagus signifiant  "nouveau marché", mais fut, de 71 à 103 la ville garnison de la Légion romaine X Gemina. La ville importante fut agrandie et embellie par Charlemagne, qui la considérait comme une ville royale. Elle sera ravagée par les Vikings en 881 et Théophano vit encore une fois les ravages de ces tribus nordiques.  

Elle était située au débouché de l’axe commercial Marseille, Lyon, Chalon-sur-Saône, Cologne. (Favier 1999, p. 102 et suiv.)

Arrivèrent-ils-sous la neige ? Nous sommes quand même en décembre. Il faut espérer que le château était un peu chauffé !

Parmi les questions à régler, Otton II avait été averti par son chancelier, Willigis, qu’il serait sollicité pour l’attribution des droits et immunités à l’abbaye d’Elten voisine, identiques à ceux accordés à Quedlinbourg et Gandersheim. Ce qu’il confirma par son diplôme du 14 décembre. (RIi II, 2,  n° 646)

- Utrecht. (Traiecto) où Noël fut célébré le 25 décembre, un peu tristement après la disparition d'Otton Ier. La ville n’est pas encore très importante, mais c’est quand même un évêché, et c’est le vieil évêque Baldéric qui les reçoit. Il avait obtenu de nouveaux territoires de la part d’Otton Ier ainsi que l’immunité, l’accueil ne pouvait qu’être agréable!

Parmi les personnages familiers présents pendant cette période, on remarqua le patriarche Vitalis III de Grado. (RIi II,2, 647a).

Otton II en profita pour expliquer un peu la situation, religieuse et politique, confuse dans la région de Venise, d'Aquilée, du Frioul et de Grado, et la raison pour laquelle, le patriarche était venu jusqu’à Utrecht rencontrer et obtenir l’appui de la famille impériale.

Duchés de Franconie et de Saxe au XIe siècle.

   Atlas Niox 1910, extrait Europe 1056, p. 12.



 

Paysage actuel de neige à Francfort. Cliché : http://lesmallet.blogspot.fr/

Bad-Hersfeld. Ruines de l’abbaye. Site :



Plateau du Harz en hiver. Site :


Saint Blaise et Saint Jean l’Evangéliste

 

Gandersheim. Abbatiale.W. Cliché Misburg 3014

 

Goslar. Château impérial. W. Cliché Kassandro.

 

Hildersheim. 1662. D’après Herbers/Neuhaus, Das HeiligeRömische Reich,W. Cliché Andreas Praefcke

 

Pfalz Werla.Braunschweigischen Landesmuseums Site

Magdebourg. Statue donnée pour être Otton Ier

 

Quedlinbourg, façade église Saint Wipert, Xe siècle, W. Cliché Mathias Höllander

 

 

 

 

Château de Gernrode. Site:

Allstedt  Château du Xe siècle au début XIXe siècle

 

Tilleda. Château royal restauré. W. Cliché M.H.DE

Demande en mariage d’Henri Ier à Mathilde.. Konrad Astfalck 1896. Musée de Herford.  W. Cliché Electron

 

Querfurt. Château et douves. W. Cliché Doris Antony

 

Dornbourg. Sa situation et les châteaux actuels. Site.

 

 

Otton II et Théophano. Vers 1722. In Braunschweig-lüneburgische Chronica.

Gleimhaus (Musée des Lumières) Halberstadt.

Baptême et martyre de saint Boniface en 754. Sacramentaire de Fulda fol. 126v, XIe siècle,

 W. Cliché GDK

 

Pfalz-Werla. Photo : Benutzer,AxelHH

 

 Werla, reconstitution château du IXe siècle.

 Cliché Lómelinde

 

 

 

 

Giessen. Tour « La Poart ». W. Cliché Rotatebot.

Lorsch.Torhalle, halle-porte . W. Clché Kuebi.

Vue de Worms à la fin du XVIe siècle. D’après le graveur Novellanus Simon, in Hogenberg, Cologne, 1572, f° 35v. W. Cliché FA2. Site



Worms, évolution  bâtiments de la cathédrale. Accueil des participants. Romains, mérovingien/carolingiens et début XIe siècle. W. Reconstitution  Immanuel Giel

Bingen (Binger actuel) Boucle du Rhin. W. cliché Prankster

Bingen, les tours. W. Cliché Arcalino Boppard

Boppard. Les méandres du Rhin

Boppard. Ruines de fortifications romaines. Site


Coblence. Basilique Saint-Castor. W. Cliché Myon12.

 

Düren, Ruines d’un des tours et de la muraille. W. Cliché Tohma.

 

 

Aix-le Chapelle. Aula palatina, la halle. Favier 1999, p. 502-508 ; W. cliché Aliesin

Trèves. La Porte Noire ; Photo Larousse. Site :

 

Heiligenstadt. Merian le Jeune 1655 W. SBT.stadt. Gravure Matthäus

Pöhlde. Église du monastère, restes des fondations. Site.


Répertoire des dîmes d'Hersfeld IXe siècle.(Verzeichnis  Zehnten). W. Rotatebot


 

Château d’Allstedt. W. Andreas Vogel. In Die Südharzreise, Berlin, 2010. photo 17.


Vue de Freising en 1642, in Topographia Germaniæ de Matthäus Merian, W. Cliché Vuxi

 

Neuss. Tour  Obertor, XIIIe siècle. W. Cliché Beckstet.

 

 Nimègue, Kruittoren dans le parc Kronenburger. XIIIe siècle. W. Cliché Michielverbeek

 

Aquilea. Basilique patriarcale des IV-XIIe siècle.

W. Cliché Amandajm


 

Après une année 972  relativement calme, malgré les conditions de voyages en fin d’année, la disparition,

au mois de mai, d’Otton Ier donne un coup d’accélérateur à l’intégration dans le monde ottonien de notre

jeune impératrice.

Les mêmes dirigeants, qui étaient venus faire allégeance au vieil empereur, en recherche d’indépendance,

se mettent à contester l’autorité d’Otton II,  pourtant déjà élu.

Pas moins d’une vingtaine de grandes villes ont été visitées, avec leurs dirigeants et leur populations,

en parcourant environ 2800 km, la plupart du temps à cheval. 

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