ANNÉE 975      

 

On vient de le constater durant ces deux dernières années, la gouvernance avec une cour itinérante

n’a rien de l’allure d’un "long fleuve tranquille"! Les dernières discussions avec Harald la Dent Bleue

viennent de se terminer.

Henri II le Querelleur provisoirement écarté, ses alliés, le prince Boleslav II de Bohême et Mieszko I,

qui conspiraient avec lui, n’ont pas encore compris qu’ils avaient tout à perdre en continuant à provoquer Otton II. 

Dans cette atmosphère instable, Théophano, qui doit avoir une quinzaine d'années, a pris de la maturité.

L'ancienne impératrice Adélaïde ayant été écartée de la cour, sa présence aux côtés d’Otton ne passe pas inaperçue.

 

JANVIER

La cour quitte tranquillement Pöhlde (Herzbzerg-am-Harz) en direction de Werla (Schladen Werla), une petite distance d’une centaine de km, mais quand même ce petit trajet à travers le massif du Harz, en plein hiver, nécessitera de prendre quelques précautions! La route est ouverte par des éclaireurs, mais les bêtes sauvages rôdent en quête de nourriture. Quelques petites étapes sont prévues, tel Zellerfeld et Goslar.

Il n’existe pas de relations des IXe ou Xe siècle sur Zellerfeld, mais de récentes recherches ont montré l’existence de foyer de charbon de bois du VIIIe siècle et une activité métallurgique.  Par contre, Goslar, déjà un centre minier important pour le cuivre et l’argent, possédait un château. L’illustration ci-contre, encore une fois plus tardive, montre quand même son importance au vu de la surface qui devait être occupée, avec le massif du Harz.

Comme d’habitude la date d’arrivée étant prévue et annoncée, les autorités locales, les courtisans, les solliciteurs divers, prévenus, sont présents.

 

6 JANVIER

- Werla (Schlaudel), avec son organisation de ville royale réserva un accueil chaleureux apprécié par la cour. Elle y fit un petit séjour pendant lequel, on règle un problème. En effet, le pape Jean XIII avait demandé à Otton de confirmer la création du siège de l’évêché de Magdebourg avec tous les privilèges qui s’y attachaient, en particulier le don de l’abbaye de Wissembourg (Alsace). Sans oublier le devoir d’évangélisation des Slaves. (RIi II, 2,  n°675) Adalbert de Magdebourg avait fondé l’école cathédrale dans son diocèse et le futur Adalbert de Prague, on l’a vu, y étudiait depuis 972.

Pendant leur séjour, ils apprennent la disparition de l’évêque de Mayence, Rodbert, et toujours, dans le souci de placer des proches, Otton nomme le chancelier Willigis, évêque de Mayence. Celui-ci quittera son poste actuel au profit de l’évêque Folkmar d’Utrecht, son vice-chancelier, qui le remplace comme chancelier. (RIi II, 2, n° 675b)

 

25 JANVIER

- Dortmund les reçoit sous un froid plus vif que l'année dernière!  Mais les choses ont changé à la cour, comme il le précise dans le texte du diplôme ci-dessous, car Otton associe Théophano à ses décisions. Ainsi, dans le dernier diplôme où figure son nom, il confirme au nouvel évêque les possessions de son diocèse, d’autres biens et son immunité.(RIi II, 2, n° 676)

Ce sera le dernier car il faut partir sur Nimègue, c’est-à-dire environ 500km de routes d’hiver, en une quinzaine de jours, si la cour veut s’y trouver le 16 février.

 

16 FÉVRIER

- Nimègue, que le couple avait vue sous la neige l'année  dernière les attendait dans le froid,

mais petit à petit, c’est l’arrivée du printemps. Théophano en profite pour passer quelques temps à retrouver des vestiges de l’occupation romaine.

Dès son arrivée, Otton II avait établi un diplôme au bénéfice de Minden, la ville de Lidbekegau (aujourd’hui disparue) et son marché. (MGH DD O II, n° 96, 16 février)

Une surprise attendait Théophano, la construction d’une église Saint-Nicolas, un de ses saints byzantins préférés. On le saura d’ailleurs plus tard, c’est la première église dédiée à ce saint, construite en Germanie, et sous l'impulsion de la jeune impératrice, il y en aura d'autres. (Wolf 2012, p. 41-50)

La cour quittera bientôt Nimègue pour Bonn.

 

11-18 MARS

- Bonn (Bunna), c'est un diplôme au bénéfice de son neveu qui nous indique leur date d’arrivée dans cette ville. En effet, Otton voulant faire plaisir à son neveu, Otton Ier, le duc de Souabe, lui attribue l'église des Saints  d’Aschaffenburg, avec les biens qui lui sont attachés. (RIi II, 2, n° 679)

Théophano fut intéressée par de nombreux bâtiments restant de l’ancien temps et témoins de la présence des Romains. Le passage du Rhin au delà des Sept Montagnes (Siebengebirge) pour arriver dans la plaine était considéré comme stratégique par les légions romaines, puis par les Carolingiens et maintenant par les Ottoniens. On lui montrera d’anciennes armes et objet de ces temps qui lui paraissent très loin, mais également des ossements qu’on a trouvé au centre de la cité, et dont on ne connait pas l’origine.

Elle aurait pu même voir une « diligence » qui ressemble à la sienne !

Mais surtout Otton II lui explique qu’ici eut lieu, en novembre 921, la signature du traité, entre Charles le Simple et son grand père Henri Ier, qui allait confirmer la séparation des deux entités "occidentale" et "orientale" de la Francie, Henri Ier et Charles le Simple se reconnaissant mutuellement.

Otton fut sollicité encore par deux envoyés de l'évêque Gérard de Toul (nommé en 963 par Otton Ier), Eppos et Jettaos, qui venaient lui rendre compte de l’état de pauvreté du diocèse. En 965, il avait été présent à la diète de Cologne et obtenu d'Otton Ier la confirmation des biens des abbayes de Saint-Èvre, Saint-Mansuy et des Dames de Bouxières. Cette fois, il obtint d'Otton II la restitution, entre autres, du petit chapitre de Saint-Dié. (RIi II, 2, n° 680)

La cour pouvait partir pour passer Pâques à Aix-la-Chapelle.

 

4 AVRIL

- Aix-la-Chapelle a été retenue pour passer les fêtes de Pâques, c’est toujours un choix politique. La ville n’a pas changé depuis le premier passage de Théophano il y a deux ans. L’événement était toujours accompagné de rencontres organisées par les chanceliers, des règlements de litiges, des jugements à préciser, des donations, etc.

Profitant de quelques jours de repos, Théophano visite le Palais, la chapelle Palatine. L’ensemble lui parait ressembler plus à la cour de Constantinople que les autres villes vues récemment. L’archevêque Géron qui la connait depuis son ambassade à Constantinople, et lui ayant servi d’accompagnateur pour le voyage vers Rome, lui fait l’honneur de la visite de sa ville. L’architecture de la Chapelle lui est familière. Elle est émerveillée par l’intérieur de celle-ci qui lui rappelle Saint Vital de Ravenne et les mosaïques de son pays, Byzance !!

Mais le couple impérial est attendu à Boppard vers le 24 avril et il lui faut partir car il y aura 250km à parcourir.

 

25 AVRIL

- Boppard que Théophano est ravie de revoir avec les méandres du Rhin. Ce qui est intéressant de constater, c’est qu’elle intervienne auprès de son mari, cette fois  pour qu’il rétablisse les droits de propriété de son parent, l’évêque Liudolf d’Osnabrück !  (RIi II, 2, n° 681)

On s’y attarde un peu mais bientôt tout le monde reprend la route vers Trébur, à une centaine de km., on y accède en suivant le Rhin, ce qui ravit Théophano.

 

12 MAI        

-Trebur les accueille jusqu’au 15 mai.  L’hébergement est classique comme on peut le voir sur la reconstitution ci-contre. Les Carolingiens y furent très présents, mais c’est là comme lui explique Otton II, qu’après des assemblées tenues dans cette ville à la fin du siècle dernier, le pouvoir se délite et on voit petit à petit apparaître les futurs acteurs de la nouvelle dynastie de la Francie orientale.

Ici-même eut lieu un concile très important vers 895/986, qui réunit 22 évêques et leurs suites, dont le sujet principal fut la discipline à observer dans l’Église. Par le nombre des participants, on peut évaluer les moyens disponibles dans cette ville pour recevoir la cour.

Le temps pour Otton II de procéder, le 15 mai, à des nouvelles donations et à régler les questions en suspens, on pense au départ. Il faut préparer les voyages à venir, la prochaine Diète à Weimar,  puis la cour va passer la Pentecôte à Francfort, à quelques dizaines de km seulement.

 

23 MAI    

- Francfort, une fois la Pentecôte passée, on ne s’éternise pas, direction Weimar après une pause de recueillement à Fulda le 27 mai, et la préparation de la Diète avec les chanceliers. Avec quelques jours devant elle, Théophano va quand même essayer de découvrir cette ville, ce qu’elle n’avait pu faire la dernière fois.

Elle s’aperçoit vite que son histoire est très ancienne et dense, et pense qu’elle reviendra. Cette fois, délaissant les Romains, elle ne s’intéressera qu’aux Carolingiens, dont elle commence à connaître mieux l’histoire et les implications avec la propre histoire des Ottoniens.

Charlemagne y fit construire un palais où ils furent reçus, mais surtout c’est ce synode en 794, qui l’intéresse directement puisqu’il s’agissait de la "guerre des images", lIconoclasme, qui avait eut lieu à Byzance et que celle-ci avait voulu "exporter" vers l’Occident. Elle avait été une première fois refusée au concile œcuménique de Gentilly (près Paris), en 767.

Le "Synode de Francfort", fut réuni par Charlemagne pour discuter de ce mouvement iconoclaste.

Il s’en était dégagé une solution médiane, entre l’idolâtrie et l’interdiction complète, qui fut exprimée dans le document préparé pour occasion, en 787, en quatre livres :  le "Caroli Libri". Il concerne également une partie des délibérations en rapport avec l’une des hérésies du moment, l’Adoptionisme. (Tchouhadjian 2011, p. 64-66)

Ce mouvement iconoclaste qu’elle voit et comprend mieux maintenant, vu d’Europe, la fascine. Elle se souvient qu’elle avait vu rapidement et presque par surprise, avant de partir, un des rares psautiers illustrés réalisés pendant cette période, sans doute à Constantinople même. On lui avait expliqué à mots couverts l’esprit critique du document, envers l’esprit iconoclaste qui pouvait encore subsister. (W)

Suivant Gunther Wolf, c’est ici que se placerai un épisode douloureux, Théophano aurait fait une fausse-couche à Fulda. Deux diplômes parlent de l’état de santé de l’impératrice en des termes qui le laisse supposer. L’historien  cite  les textes paru à Fulda le 27 mai et à Weimar le 3 juin. (Wolf 2012, p. 158 ; d’après MGH D O II, n° 104, l.13 et 105, l. 23, p. 118 et 119) déjà cités par Mathilda Uhlriz (Uhlriz 1951-1952, p. 123 et 124)

Mais le temps passe et la Diète à venir est également importante, surtout pour son mari.

 

3 JUIN

- Weimar attend Otton II qui doit y tenir une Diète importante, pour conforter ses actions en cours ou les opérations à venir, en présence des archevêques Gero de Cologne et Willigis de Mayence, ses chanceliers.

La première concerne Harald du Danemark qui, après sa défaite, doit venir faire sa soumission, puis être exilé dans l’extrême nord de la Norvège, en Helgoland, en laissant un de ses fils en otage.

La deuxième concerne la convocation de Boleslas II de Bohème (règne 967-999), en effet, il cherchait à prendre son indépendance par rapport au Saint Empire et demandait au pape de lui permettre de créer un évêché indépendant. Toutefois il ne répondit pas à sa convocation et son absence fut considérée comme une rébellion.  En conséquence, une expédition punitive fut décidée contre la Bohême, en raison de sa trahison et de sa participation à la conspiration bavaroise avec Henri II.

La troisième question concerne Mieszko I, le roi d’une partie de la Pologne, qui avait   occupé la partie sud du pays appartenant au Saint Empire, et entrait parallèlement en conflit avec Boleslav II. Otton II sera ainsi obligé d'intervenir dans le sud-est contre lui, en effet, il voulait également placer la Pologne sous la protection pontificale en refusant la suzeraineté du Saint Empire. Nous verrons le développement de l’agitation dans cette région.

Enfin son cousin Henri II le Querelleur, qui s’était encore opposé les armes à la main et battu, fut définitivement destitué de son duché de Bavière.

Très occupé on l’imagine, cela n’empêcha pas toutefois l’empereur, quelquefois sous l’influence de sa jeune épouse d’édicter des diplômes dans les différentes villes traversées.

Entre deux, Théophano réussit à s’intéresser un peu plus à la ville et rencontrer ses habitants à l’aide de son interprète. Les plus anciens documents concernant Weimar remontent à l'année 899. Le nom a changé au cours des siècles de "Wimares en Wimar" et finalement à "Weimar. En 946, il existait un comté de Weimar  et son mari le mentionne dans le diplôme publié, le 3 juin, confiant au monastère de Fulda le contrôle du château de Weimar. C’est en fait l’acte qui va "officialiser" sa naissance. (RIi II, 2, n° 686)

 

6 JUIN

- Erfurt est sur la route, mais comme l’année dernière, on y restera peu, le temps nécessaire pour Otton II d’établir trois diplômes pour des donations à la demande de Théophano, mais toujours flanquée de Géro de Cologne, l'autorité de celle-ci n’étant sans doute pas encore complète, et on le comprend quand même ! (RIi II, 2, n° 687, 688, 689)

Otton II se souvient que c’est ici que son père avait été poussé sur le trône par son grand-père, Henri Ier, peu de temps avant sa disparition à l’été 936. Et sa tante Hedwige de Saxe, la sœur de son père et mère d’Hugues Capet y fut abbesse jusqu’en 960, date de sa mort. Il lui explique ainsi sa parenté de cousinage avec ce dernier.

Théophano profite de quelques moments de liberté pour visiter, avec ses suivantes, et se faire présenter les travaux de la future cathédrale, qui doit remplacer la petite église, que saint Boniface avait fait ériger il y a une centaine d’années lui semble-t-il ?

 

8 JUIN    

- Dornburg, depuis la présence de l’évêque Boso à Mersebourg, appartenait à cette dernière.

Le couple a eut l’occasion de profiter de l’hospitalité des installations de cette ville, même si l’église avait été complètement détruite en 971. Ils constatent que sa reconstruction se met en place. Ils y feront une courte halte dans le palais. La famille des Ottoniens est bien connue ici et appréciée, puisque qu’Otton Ier est déjà venu 4 fois ici pour de courts séjours.

On voit bien sur le plan ci-contre sa position stratégique au bord de l’Elbe.

 

11 JUIN

- Memleben a figuré autrefois sous le nom de Mimilebo dans le Breviarium de Sancti Lulli* de 777. Théophano a le temps, cette fois, de voir la cité d’un peu plus près.  Elle apprend ainsi qu’elle avait été une ancienne cité, dont elle entendit parler et développée par Henri Ier pour les possibilités d’y chasser, ce dont il était grand amateur. Il y était décédé en 936, à soixante ans, laissant le pouvoir à son fils qui devint Otton Ier le grand, dont Théophano se souvient toujours des conseils.

On se souviendra également que celui-ci est décédé ici, il y a près de deux ans maintenant. La famille impériale avait d’ailleurs, à la demande d’Adélaïde, acquit depuis les lieux. Ils deviendront quelques années plus tard, la propriété d’Hersfeld. (Thietmar liv. III, 1)

Le couple se sent un peu chez eux et il a de grands projets qui devraient voir le jour en 979 ou 980. C’est la raison pour laquelle ils s’y attardèrent, Allstedt la prochaine étape n’étant pas loin. Départ après une donation où on voit l'intervention de Théophano.(RIi II,2, n° 691)

 

MI-JUIN

- Allstedt (Alstedi) est maintenant bien connue par Théophano qui va essayer d’aller plus loin dans la découverte de son histoire. Elle s’aperçoit que le village semble avoir existé aux Ve ou VIe siècle et qu'une église est signalée à Allstedt dans un vieux texte qu’on lui présente, le Breviarium de Sancti Lulli*  de 777. Également dans un répertoire, de 881 à 899, d’Hersfeld, destiné aux prélèvements de la dîme*  auprès des populations, où il mentionné comme situé à la dixième place. Le 12 octobre 935, l’empereur Heinrich Ier avait signé un acte élevant Allstedt au rang de ville  royale et  plus tard comme palais impérial et  fait entourer la ville de murailles pour la protéger des incursions hongroises. (RIi II, 1, p. 30, Reg. 17/8). Elle appartenait pour l’instant à Quedlinbourg.

Pendant ce temps, Otton II règle différents problèmes dont des donations, conseillées par les interventions des archevêques Willigis de Mayence et Géro de Cologne. (RIi II, 2, n° 692 et 693)

 

26-28 JUIN
- Magdeburg et les solliciteurs sont déjà là, et Otton, à la suite d'une intervention de l'archevêque Adalbert de Magdebourg et confirmée par d'autres fidèles accorde, comme son père, aux marchands de Magdebourg la liberté générale de circulation et les dispense de l'acquittement de toute redevance excepté à Mayence, Cologne, Tiel et Bardowick. (RIi II, 2, n° 694)

La cour reste quelques jours à Magdebourg et Otton II, à cause de la rudesse de la contrée et bon nombre d'inconvénients, autorise, avec l'accord des archevêques Adalbert (de Magdebourg), Willigis (de Mayence) et des évêques Anno (de Worms), Bruno (de Verden), Hildiward (de Halberstadt), Milon (de Minden), Hugues (de Zeitz), Volkold (de Meissen),  le transfert du monastère de Dammersfeld, placé sous la protection impériale,  au monastère de  Nienbourg sur la Saale et, à la demande des moines, accorde le libre choix de leur abbé et l'indépendance à l'égard de toute autorité sauf celle de l'évêque du diocèse. (RIi II, 2, n° 696)

 

15 JUILLET-9 AOÛT

- Sumeringen (Sömmern) (Géographie 1777, p. 638, aujourd'hui disparue)  et  Balgstädt (Balgestete)

les reçurent pendant trois semaines, comme s’ils faisaient attendre la date de départ des opérations en Bohême. Ce sont toutes les deux des villes anciennes, Balgstädt en particulier, figure déjà dans le répertoire du Patrimoine de l'archevêque de Mayence Lull († 786), qui en fit don au monastère d’Hersfeld sous le nom de Balgestat. Et on la trouve ensuite dans le répertoire des dîmes d’Hersfeld   de 880-899.

Otton II procède à plusieurs donations en particulier à sa sœur Mathilde de Quedlinburg (RIi II, 2, n° 697, 698), avant d’aller à Bothfeld pour vérifier les préparatifs de son armée.

 

29 AOÛT

- Bothfeld attend également le couple impérial avec impatience, pour régler un problème avec le duc de Souabe Otton Ier, en particulier l’affectation de l'église des Saints et de Saint-Pierre à Aschaffenburg. (RIi II, 2, n° 699)

Le couple passe en revue les différents contingents qui lui sont fournis, avant le départ de l’expédition contre Boleslav II de Bohême, allié de circonstance  d'Henri le Querelleur

 

9 SEPTEMBRE      

- Allstedt est sous tension, Théophano la sent monter, on entend piaffer les hommes et les chevaux !! De là, nous ne sommes qu’à environ 400km de Prague. C’est donc d’ici semble-t-il, qu’Otton entama l’expédition punitive d’automne en Bohème. Mais les forêts de Bohême, jouxtant la frontière bavaroise sont difficiles d’accès, peu franchissables, certains sommets atteignent quand même à 900/1000 mètres rendant les manœuvres difficiles et l’expédition tournera court.

Effet collatéral sans doute, le monastère de Holden Niederaltaich du VIIIe siècle, au-dessus de Passau sur le Danube, sera partiellement détruit, victime probablement d’une contre-attaque de diversion du duc. (RIi II, 2, 700a, 700b). Il sera reconstruit comme on le voit sur une illustration du XVIIe siècle ci-contre.

Le couple rentre dépité et cela suppose d’ores et déjà une nouvelle opération de représailles, mieux préparée, pour l’année prochaine. En attendant, l’armée est dissoute et chacun est content de rentrer passer la fin de l’année en famille.

 

3 NOVEMBRE

- Pöhlde (Palathe) réserve un accueil chaleureux aux survivants. On a vu l’année dernière les possibilités de cette ville, développées en particulier par l’impératrice Mathilde. Une fois installé, les tractations diverses reprennent et Otton confirme au couvent de Gandersheim les droits et revenus accordés par les fondateurs, par ses ancêtres Liutolf et sa femme Ota, mais également et dans deux autres documents, la protection, les privilèges électoraux et douaniers accordés par Louis III.(RIi II, 2 n° 701)

Au passage, Otton II raconte à Théophano l’épisode du conflit armé de son père avec son frère Henri Ier, en révolte contre lui pour le trône. Henri battu une première fois (939), s’exila en Lorraine, puis revint, mais battu une deuxième fois, il se soumit (948) et pu acquérir le duché de Bavière. Il mourut ici, à Pöhlde en 955. Mais, on l’a vu son fils Henri II continuera dans la même voie de la rébellion permanente!!

 

 24-26 NOVEMBRE

- Memleben (Imelevo) accueille la cour qui vient toujours avec une certaine émotion.

Otto II, à  la demande de l’évêque Andreas de Lodi, accorde à l'évêque Poppo II de Wurtzbourg (961-983) suffragant de l’archevêché de Mayence, l’autorisation de prendre l'église de Lodi sous sa protection spéciale y compris le marché, les douanes et autres revenus accessoires (RIi II, 2, n° 702)

Sans doute pour remercier le prélat d’être intervenu l’année précédente pour désamorcer une tentative de rébellion d’Henri II, avec les ducs Boleslav II de Bohême et Miesko de Pologne. Restant proche d’Otton, on le verra d’ailleurs se joindre à la nouvelle campagne l’année prochaine.

Sur place, arrive la nouvelle de la mort de l’évêque Conrad de Constance. (RIi II, 2, n° 702a)

C’est la perte d’un allié pour l’empereur et d’un grand évêque pour Constance, où l'évêque avait fait bâtir les trois églises de Saint-Paul, Saint-Laurent et Saint-Jean, d'après les plans des églises de Rome, Saint-Paul-hors-les-Murs, Saint-Jean-de-Latran et Saint-Laurent-hors-les-murs. Il y avait fait de nombreux voyages ainsi qu’à Jérusalem.

 

25 DÉCEMBRE

- Erstein (aujourd’hui en France, dans le Bas-Rhin 67, au sud de Strasbourg.). L’arrivée se fait sans doute dans la neige, mais vu la maquette ci-contre, l’accueil devait être confortable. Théophano retrouve les Carolingiens, puisque le monastère a été fondé par l’impératrice Irmgard (Ermengarde de Tours) en 852, femme de l’empereur Lothaire Ier, avec sa fille, Rugrude (Rothrude), qui en devint la première abbesse en 895. (Eickhoff 1889, p. 37 et suiv.)

Les visites se succéderont ici, Otton Ier en 953, 965, maintenant Otton II en 974 et cette année, puis celles sans doute à venir. Entre deux voies romaines parallèles reliées par des voie secondaires, l’accès en était facile.

Les fêtes de Noël se passeront donc ici, y furent présents en dehors des habitués, les membres familiers de la cour, chanceliers, ducs, évêques, officiers de service, personnel accompagnant, etc. Ce qui devait représenter quelques centaines de personnes !

Otton en profite pour proposer Gamenolf comme successeur de l'évêque Conrad de Constance disparu. Celui-ci sera  effectivement consacré par l’archevêque Willigis de Mayence et l’évêque Erkanbald de Strasbourg, dont il était un des assistants, devant Otton II et Théophano. D’autres diplômes d’avantages sont rédigés, jusqu’au 28 décembre, au profit de l’évêque de Prague qui avait eu du mal à venir à cause de la rébellion dans son évêché.

Entre temps, on a appris également le décès de l’abbé Nokter de Saint-Gall, le nom du successeur est étudié avec les présents et l’abbé Ymmo fut retenu et sera confirmé début janvier par Otton II.

L’année se termine sur un échec contre les ennemis de l’extérieur, mais, sur le plan interne,  avec une consolidation de l’autorité de l’empereur Otton II. Les récents décès de responsables ecclésiastiques et leur succession ont permis de renforcer encore plus la mainmise du pouvoir sur l’Église.

L’atmosphère est quand même à la fête, on oublie la campagne inutile et on aime faire bombance. Quelques moutons et sanglier en broches sont les bienvenus. Il y a suffisamment de jeunesse dans cette cour pour que l’atmosphère se réchauffe.

 

Goslar et la montagne du Rammelsberg, Mat Sincken (1574). W. AxeIHH

Une autre reconstitution du site de Werla. W. Cliché AxelHH

Adalbert de Prague

Nimègue. Chapelle Saint-Nicolas vers 975. W. Cliché Galwaygirl



Diligence romaine. Römisch-Germanisches Museum,  Cologne. W. Cliché Nicolas von Kospoth

Aix-la-Chapelle Vue intérieure de la chapelle palatine. W. Cliché Velvet.

 

Le Rhin à Boppard, en faisant abstraction des bâtiments neufs ! W. Cliché R. Hunscher.


Trèbur, reconstitution du palais et dépendances aux Xe/XIe siècles par Markus. Site 


Traité sur les images, dit Libri carolini. Reims, vers 869-870 BnF, Arsenal, ms. 663 fol. 1. Site

                                       

Le Psautier Chludov (Moscou, Hist. Mus. MS. D.29 IXe siècle).Un personnage barbouillant une image sainte. W. Cliché World Imaging.

 

 

Weimar. Gravure M. Merian. Francfort 1650

W. Cliché Nairem

 

 

 

Erfurt. Château et monastère de Saint Pierre

Reconstitution Dr. Steffen Raßloff. Site

 

 

Dornburg. Plan avec emplacements palais et église. H. Rüter. 1893. Site

 

 

Memleben, ruines Marien Kirche et monastères Xe siècle (Henri Ier) . W. Cliché G. Freihalter.

                       

 

 

 

Magdebourg.Otton Ier remettant la cathédrale au Christ, vers 962-968. École de Milan . Site

 

 

 

 

Carte de la Pologne et Bohême  XIe siècle.

 Atlas Niox 1910, extrait Europe 1056, p. 12.

 


 

Niederaltaich.  In Churbaierischen Atlas, Anton Wilhelm Ertl 1687.W. Cliché Gliwi.


Henri Ier de Bavière. D'après l'arbre généalogie ottonienne.

Memleben.  Église reconstruite. In : Klosterkirche historische Rekonstruktion, 1837. W. Cliché  Manske

Reconstitution du monastère d’Erstein. D’après Marc Nicola, Archives d’Etat d’Erstein. Site

 

 

 

Erstein. La région dans la neige. Panoramio.

Cliché Yves Burtschell.


 

Pour Théophano que d’enseignements, une dizaine de villes nouvelles visitées et leurs notables rencontrés, environ 3000km parcourus. Et sans doute avec quelques centaines de km de plus, elle a été également par deux fois au contact des guerres menées par son mari. Des habitudes se sont prisent, des liens se sont noués et bien que n’étant pas partie prenante, elle assistait certainement aux discussions qui décidèrent des importantes nominations ou des décisions concernant la vie du Saint Empire. Elle apprécie de plus en plus sa participation, même encore discrète,  aux actes de gouvernance de son mari.

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