ANNÉE 980                              

C’est une année charnière avec la naissance de l’héritier, le futur Otton III, le passage en Italie à la demande

du pape Benoît VII et la réconciliation avec l’impératrice Adélaïde. Mais surtout, ils ne le savent pas encore,

Otton II ne reverra plus sa patrie.

 

Après avoir passé les fêtes de nouvel an (anno natale) à Pöhlde, le couple est parti vers Grone. (MGH SS, II, Annales lobienses, p. 232)

 

6 JANVIER

- Grone, Gruona, (Göttingen), que les souverains ont visité plusieurs fois depuis 973. Les souvenirs des premières expéditions contre la Bohème et la Pologne, sont encore encore présents dans leurs esprits. Cette fois, on pense plutôt à l’Italie. Ils reçurent la visite de Notger de Liège qui gouvernait paisiblement sa principauté et n'avait aucune guerre à soutenir contre ses voisins, mais tenait néanmoins à ce que les possessions de son église ne fassent l'objet d'aucune contestation. Se trouvant près d'Otton II, il lui montra les actes de donation faites à son église par Pépin, Charlemagne et les différents rois des Francs. L'empereur, par un diplôme du 6 janvier 980, les confirma bien volontiers à son allié et en énuméra les principales, savoir les villes de Huy, Fosses, Lobbes, Tongres et Malines.

Après quelques jours au chaud, la cour quitta Grone, pour se rendre à Helfta en suivant la route qui suivait le sud de la forêt de Harz. Pressentaient-ils qu’ils ne la reverrai jamais ? Les étapes furent sans doute Osterode ou Herzberg, puis Nordhausen, qui leur était familier, par cent soixante km de routes rendues difficiles par l’hiver.

 

FIN JANVIER

- Helfta (Helphiti) près d’Eiseleben, au nord d’Allsted est signalée par la donation de son église qu’en fait Otton Ier au bénéfice de l’évêché de Merseburg, dans un diplôme en 969.

(MGH D O I,  juin 969 n° 373a)

L’auteur estime qu’ils quittèrent Helfta, avant le 29 janvier, Walhausen se situant à près de 500km. En effet, il faut tenir compte de l’état des routes en hiver et de la jeune impératrice enceinte de cinq mois au moins. Les principales étapes prévues par les intendants seront Erfurt, Rohr, Fulda, Francfort, Wiesbaden. Cette dernière leur étant encore inconnue.

- Rohr, plusieurs fois visitée rapidement, ne leur a pas encore livré tous ses secrets. En fait, à la croisée de routes nord-sud et est-ouest, c’est un nœud de communication important. La fondation du monastère bénédictin est indiquée en 815. Suivent l’église Saint-Michel et un château qui recevait les Carolingiens. (Die deutschen Konogspfalze 2000, p. 420 et suiv.)

- Francfort, dont Théophano avait gardé un bon souvenir du séjour de l’année dernière, les héberge encore, dans le château de Saalhof du siècle précédant, qui reçu également  les Carolingiens. C’était de plus un centre de commerce actif à ne pas négliger.

 

12 FÉVRIER           

- Walhausen, que l’on peut considérer comme une visite souvenir, avant de partir pour un long voyage. En effet, on l’a vu, c’est ici qu’en 909, Henri l'Oiseleur, le fils du duc Otton Ier de Saxe, fut marié à Matilda de Ringelheim, au château, leur fils Otton (le Grand) y est sans doute né le 23 novembre 912. La ville est assez importante, car l’ensemble de la cour en déplacement représentait déjà environ 500 personnes, comme l’année dernière !                 (RIi II,2, n° 804)

En souvenir d’ailleurs, le roi Otto III donnera en 985 le château à sa tante l’abbesse Mathilde de Quedlinburg.

 

17 FÉVRIER

- Memleben, fut l’autre dernière étape souvenir. Il n’est pas surprenant que les Ottoniens aient eut avec Memleben, le lieu de la mort de leur père et grand-père, une relation étroite. Otton II, l'an dernier, avait avec Théophano jeté les bases d’un monastère bénédictin, pour la commémoration de la mort de son père ; la Marienkirche, qu’il  dota de grands biens et de propriétés en Thuringe d'aujourd'hui, en Saxe-Anhalt, en Saxe, en Brandebourg et en Hesse. Le nouveau monastère rivalisera même avec les deux monastères les plus puissants de l'empire, celui de Fulda et celui de Reichenau, et il est supposé être indépendant du diocèse compétent, en rendant compte directement à l’empereur et au pape. La tradition sera maintenue par l'empereur Otton III.

 

3-12 MARS

- Domburg, (Thorburg), ville qu’ils connaissent maintenant bien pour y avoir séjourné plusieurs fois dont les fêtes de Noël il y a trois ans, les héberge plusieurs jours.

Et toujours des donations, sur l’intervention de l’impératrice Théophano, et comme si cela ne suffisait pas, également de leur fille Sophie et Geberge de Gandersheim.  (RIi II , 2, n° 805-809)

 

11–18 AVRIL    

- Ingelheim, qui s’imposait pour un séjour durant la semaine pascale, les accueillera pour cette fête. (MGH SS, II, Annales lobienses, p. 232) La ville possède château et salle de réunion, on verra son évolution sur la gravure vers 1500 ci-contre, avec des remparts qui devaient déjà exister.

Un petit synode s’organisera spontanément,  avec la présence de l’archevêque Willigis de Mayence, des évêques Thierry de Metz et Nokter de Liège, le duc Otto de Souabe, ce sera sans doute le dernier avant le départ du couple impérial pour l’Italie. Y seront traitées des questions comme la convention avec les abbayes de Malmedy et Stavelot, et le remplacement de l’abbé décédé, et la possibilité de n’en avoir qu’un seul pour les deux. (Mansi 1760, t. XIX, col. 71)

Et surtout la confirmation de la responsabilité de la Germanie confiée à Willigis par Otton II pendant leur absence.

 

28 AVRIL

- Trebur  fut visité quelques jours plus tard. Ils y reviendront avant leur départ. Là également le confort est assuré. Sur une nouvelle intervention de Théophano, Otton II établit une donation au bénéfice de son cousin Otton de Carinthie. (RIi II,2 n° 811)

Pendant ce temps, des événements plus importants se préparent à l’ouest.

 

LE TRAITE DE MARGUT-sur-CHIERS

MAI

En effet, les négociations ont continué entre les négociateurs du roi des Francs Lothaire III et de l’empereur. Les évêques de Laon et de Reims, entre autres, de part leurs liens  avec les protagonistes, ont tout fait pour qu’une rencontre ait lieue. Une fois l’accord sur le principe, ce fut Margut-sur-Chiers (Marjoule), près de la Meuse, située entre les deux états, qui fut retenu et reçu les délégations pour la mi-mai.

Précisons au passage cette date car chez certains auteurs, le mois de juillet est retenu. Pour des raisons de temps, de distances et de disponibilité, suivons Karl Uhlriz qui, dans Jahrbücher des Deutschen Reiches (1902, p. 133 et suiv.), a fait un large tour d’horizon chez les auteurs anciens et dans les diplômes, lui permettant de retenir cette date. Après s’être embrassé Otton II et Lothaire III, venu avec son fils, Louis V, les cadeaux sont échangés et l’étude des conditions du traité peut prendre son énoncé. En fait, pour se rapprocher d’Otton II, Lothaire renonce à la Lotharingie, ce qui replace la royauté franque dans l'orbite ottonienne, et de ce fait inquiète les Robertiens et Hugues Capet, qui n'y participent pas.

(Thietmar, liv. III, 10 ;  Richer, liv. III c. 80 ; RIi, II, 2,  n° 811a, daté de la mi-mai ; etc..)

Lothaire et Otton concluent ce que l’on appelle une amicitia*, qui engage plus qu’une simple amitié. Ce qui écarte Hugues Capet et le poussera, l’année prochaine, à se rapprocher à son tour d’Otton II alors en Italie. D’ores et déjà, ce traité qui abandonne la Lotharingie aux Ottoniens fut très mal perçu par nombre de seigneurs francs. On en verra le résultat en 984 après la mort d’Otton II, mais n’anticipons pas.

Otton II peut quitter maintenant Margut, libre lui semble-t-il d’agir en Italie, d'autan que ses  espions lui font état de tentatives de conquête de l'Angleterre par les Danois. Après avoir  signé un diplôme de donation, daté du 3 juin, mais établi à Margut, c'est le départ.                (RIi II, 2, n° 813)

La prochaine étape, Aix-la-Chapelle est assez loin, 0 200km, et le voyage se fait surtout en litière pour ménager la future mère.

- Aix-la-Chapelle,   les reçu courant juin, dégagé des préoccupations autour de la rencontre avec Lotaire III, leur offrit quelques jours de repos bien mérité. L’occasion d’utiliser les thermes romains (aquae granni) avec leurs eaux chaudes remises au gout du jour par Charlemagne ! Et toujours cette interrogation sur l'origine arménienne d'Eudes de Metz, le réalisateur de la Chapelle Palatine?

Une visite à l’atelier de orfèvrerie s’impose pour voir les ensembles en cours de réalisation dont la « Croix de Lothaire ».

Mais bientôt le départ. Le convoi, après une semaine sans doute de marche ou de chevauchée, est déjà loin (160km), quand il s’engage dans la sombre épaisseur  de la forêt royale de Ketil (Kessel am Reichswald bei Clèves), non loin de Nimègue, où Théophano, très fatiguée, espère  bien arriver pour accoucher. Nous sommes fin juin ou début juillet, il fait très chaud. (Thietmar liv. III, chap. 26 ; RI II,2 n. 815a).

 

LA NAISSANCE DU FUTUR OTTON III

La voie fluviale, pourtant plus confortable mais plus longue, n’a cependant  pas été retenue, et ces jours de litière n’ont pas arrangé les choses. Tout d’un coup, en pleine forêt, entre Gennep qu’ils venaient de quitter et Clèves, le convoi s’arrête. Nous laissons Alain Ollivier imaginer la suite : …un vent calme apporterait pas bouffées le parfum un peu acre de la mer du Nord. Une rumeur vint bientôt troubler l’énorme silence, les sabots des chevaux heurtant les rochers et les racines, branchages qui plient en cinglant, appels, exclamations, ordres, ça et là, des voix rudes, des bruits de fer entrechoqués. L’équipage s’arrête brusquement, …….au milieu d’une agitation, une femme sortirait avec difficulté d’une litière…..on la devinerai la proie d’une situation urgente……(Ollivier 1969, p. 56 et suiv.)

C’est là, d’après la tradition en pleine forêt, que Théophano donna le jour, d’abord à une fille qui décéda à sa naissance, puis à un garçon, que l’on appellera de suite Otton. (RIi II, 3 n° 956a)

Les différentes chroniques, et Thietmar en particulier, relatent l’événement en quelques mots seulement, même si, avec le recul, la naissance d’un héritier potentiel était un événement de portée majeure.            (Ann. Colon. MGH. SS. I. 98: Natus est imperatori filius ; Thietmart. liv. III. c. 26 : Huius inclita proles, nata sibi in silva, quae Ketil vocatur ; Ann. Magdeb. MGH SS. XVI. 155)

 

JUILLET

- Nimègue, informée de ces naissances, avait préparé un havre de paix et de tranquillité à Théophano, qui venait de donner un héritier au Saint Empire ! Elle devenait d’un coup la mère du futur héritier. S’ils viendront moins dans cette ville que Charlemagne par exemple, ce sera toujours pour des séjours un peu plus longs que d’habitude, preuve que les installations carolingiennes étaient encore confortables…ou la ville, riche !

Ils partiront vers la fin du mois pour encore un long chemin, puisque la destination est Magdebourg à près de 500km. Un petit mois est prévu pour le voyage.  Avant de partir, sur initiative de Théophano, un diplôme au bénéfice du monastère de Nivelles est promulgué par Otton II. (RIi II, 2, ,2,  n°. 817)

On va en profiter pour faire acte de présence dans certaines villes et préciser le rôle de Willigis, qui doit représenter l’empereur pendant son  absence en Italie. On tiendra compte de celles dont les finances n’avaient pas été trop mises à contribution ces derniers temps par les hébergements successifs? Voyons ainsi :

- Osnabrück est déjà un évêché au temps de Charlemagne (804), qui l’avait  précédemment (780) doté d’un marché, source de revenus intéressant puis, en 785, entamé la construction de la première église. Théophano y retrouve Charlemagne.

- Minden, à une soixantaine de km, les accueille sur les bords de la "trouée de la Weser". En effet, il s’agit d’une véritable trouée dans la montagne, permettant ensuite l’accès à la Germanie du nord. C’est dire si le lieu est stratégique et mérite une pause ! L’évêque qui les reçoit en grande pompe,  se fait un plaisir de dire quelques mots sur sa ville. En 798, Charlemagne y avait réunit le ban de son royaume, après l’assassinat de ses missi par des Saxons. La vengeance sur le territoire entre la Weser et l’Elbe fut paraît-il terrible. Mais également plus romantique, c’est là que Charlemagne reçu l’ambassadeur de Byzance, et de l’impératrice Irénée en particulier, pour évoquer un rapprochement matrimonial ! De quoi faire rêver la jeune impératrice. Lui fit-elle remettre la tunique du Christ à cette occasion ?

A partir de là, ils vont se retrouver sur la Hellweg* vers Magdebourg, ce qui facilitera les conditions du voyage.

- Hidelsheim* n’a pas reçut leur visite depuis celle de 973, l’hébergement s’est un peu amélioré dans le monastère, construit au temps de Louis le Pieux (empereur de 814 à 840). Pour l’heure, c’est l’évêque Othwin qui les reçoit, celui-là même qui accompagnant Otton Ier lors de son  voyage en Italie, volera les reliques de Sainte Epiphanie à Pavie et les ramena pour la cathédrale d’Hidelsheim.

- Braunschweig (Brunswick), selon la légende rapportée par la Chronique des Saxons, Brunswick (Brunsuic) a été fondée en 861 par le comte saxon Bruno et Danckyvor, sur un gué de la rivière Oker. (Prosopgraphie1604, liv. VIe, vol., III, p. 1674)

Elle fut fréquentée par les Carolingiens et cela suppose un hébergement correct.  Charlemagne, lui avait accordé, entre autres, le droit de marché en 780, puis l'avait élevée au rang d'évêché en 804. 

- Helmstedt, apparait maintenant avec son abbaye Saint-Ludger, qui se réfère à l'évangélisation de la région vers l'an 800, lors des campagnes de Charlemagne. Le couple reparti rapidement pour Magdebourg.

 

25 AOUT

- Magdeburg qui, après une dizaine de visites,  leur est maintenant bien familier, fut atteint vers la fin août. A Ravenne, il faudra être prêt à subir les doléances qui vont rappeler au couple qu'Otton Ier avait enlevé, du palais Théodoric, les colonnes de porohyres et d'autres matériaux de construction, afin de les réutiliser dans sa nouvelle cathédrale de Magdebourg!

 

SEPTEMBRE

Ils passeront rapidement à  Bothfeld et Wallhausen, qu'ils connaissent déjà puis iront embrasser leurs filles, qu'ils ne reverront pas de sitôt. L’ainée, Adélaïde est en nourrice à Ölsberg, dans la vallée de la Fuhse, sous-affluent de la Weser, en Basse-Saxe, (Günter Möller: Chronik Ölsburg: 1003−2003. Arbeitskreis 1000 Jahre Ölsburg, 2003) et sa sœur Sophie à Gandersheim. (Ri II, 2 n° 823a)

Otton II confie par le même document la responsabilité du royaume de Germanie à l’archichancelier Willigis de Mayence.

Le couple s’attelle ensuite sérieusement aux préparatifs du voyage en Italie, d’autant qu'il  aura lieu en hiver et avec leur bébé, le futur Otton III. 

 

8 - 11 OCTOBRE

- Trebur, fut considérée comme un hébergement de passage à l’abri de ses fortifications, même légères, dont le couple a déjà profité. Avant de partir, Otto II donne à la Salvator-kapelle de Francfort, pour le salut de sa fille, la chapelle de Saint-Pierre et Marcellin, avec toutes les dépendances et le clerc Otmar. (RIi II, 2, n° 824)

 

14 - 15 OCTOBRE

- Bruchsal, avait déjà reçu leur rapide visite en 976, leur séjour fut un peu plus long cette fois. Nous avions vu la première mention de Bruchsal dans les documents officiels lors de cette première visite, mais les habitants continuaient à trouver encore des objets et des documents sans doute romains qu’ils ne comprenaient pas, qui paraissaient bien « vieux ». (Les fouilles et les objets trouvés fournissent des preuves d'un établissement sur le Michelsberg dès 4000 av. J.-C. à l'époque néolithique. Au cœur de Bruchsal, le plus ancien établissement découvert remonte à 640 av. J.-C. Il est situé près de l'actuelle Peterskirche).

Otton Ier lui-même avait essayé de prendre sans succès, la forteresse, ce qui prouve qu’il devait y avoir un château solide, propice à un hébergement correct.

(RIi II,2 n° 827-828)

Il est dit qu’Otton II, une fois les préparatifs du voyage réglés, ne put se résoudre à partir avant d’avoir réconcilié les deux frères, Charles, duc de Basse-Lotharingie et Lothaire III, roi des Francs. Il aurait fait un détour par Bruxelles, pourtant pas très proche. L’état des travaux dans la ville l’aurait surpris et il dicta dans un diplômes d’encouragement : Atum in Francia, in corte que vocatur Brucsella (Fait en France, dans le domaine royal que l’on appelle Bruxelles.(RIi II, 2, n° 826)  

Si cette « escapade » a eut lieu, Théophano, remise de son accouchement depuis quelques semaines seulement, resta certainement dans le palais royal avec son impérial bébé.

 

 24 OCTOBRE

- Constance commence en fait à sentir l’Italie, des secrétaires au serviteurs des différentes activités, on se prépare. La route a été jalonnée avec ses différentes étapes et les contacts avec les différents responsables d'étapes, les mansionarii (Magnon-Nortier 1986, p. 10 et suiv.) Sauf incident, c’est le point de non retour, et il faut surtout prévoir les conditions de la route en montagne en plein hiver.

 

EN ROUTE POUR L’ITALIE

29 OCTOBRE

Après avoir prodigué les dernières recommandations et passé le Rhin, l’empereur entraine sa famille sur la route des Alpes Grisonnes, avec étape obligatoire à Chur (Coire). En fait le convoi est sur le même chemin qu’à l’arrivée de Théophano en Germanie en 972. On évite cette fois la via Mala de triste réputation, en prenant la route pour les Grisons pour atteindre Chiavenna  par le col Septima et le val Bregaglia. Cette ancienne voie romaine (Constance- Milan), nord-sud est la voie la plus fréquentée en ce moment. Otton Ier, en 960, en avait fait don à l'évêque de Coire, qui put ainsi contrôler les routes des cols de Septima et du Julier.

Le convoi, qui doit comprendre quelques centaines de personnes, avance lentement au pas des charriots sur cette petite route. Heureusement il existe une xenodochia (Saint-Pierre) que Charles Martel avait fait construire en 831 et devenu depuis un  hospice.

A l’arrivée à Casaccia, le plus dur est sans doute est passé, après  la neige qu'il a fallut affronter en cours de route.

- Chiavenna, les attendait avec une première délégation italienne. L’évêque de Coire, Hartbert, bien doté par les Ottoniens, à qui appartenait la ville, faisait partie de la délégation. Il recevra d’ailleurs encore de la part d'Otton II le produit des péages du pont sur le Mera.

C'est la porte d’entrée sur la Lombardie, l’ancienne Clavenna des romains, qui était en effet un lieu de transit important entre nord et sud des Alpes. La ville figure d’ailleurs dans les deux itinéraires, l’Itinéraire d’Antonin et la Table de Peutinger. Elle est reliée deux routes à Coire  dont elle dépend.

Y transitent les laines allemandes, les étoffes italiennes, les épices… autant de richesses convoitées par les brigands !

L'évêque Hartbert, pour faire valoir son diocèse, était aux petits soins auprès du couple et du bébé impérial. Il ne manqua pas de parler à Théophano du prêtre irlandais, Colomban, dont elle avait entendu parlé, et qui avait également emprunté ce chemin en direction de  Bobbio en 612.

 

NOVEMBRE

L’atmosphère est plus légère, même si elle est plus fraîche, quand on arrive enfin aux lacs de Come et de Lecco par Bellagio, puis le village-port de Lecco.

- Monza, sur la route de Milan, est une étape qui s’impose. Elle appartient d’ailleurs à cet archevêché et son archevêque Landolfo II Carcano, nommé, depuis peu en décembre 979, dans des conditions un peu obscures, avait préféré venir accueillir ses hôtes à Monza.

Les relations seront peut-être facilitées par la présence d’un glossaire italo-grec, le "Glossaire de Monza", comme il commence a y en avoir de disponibles pour les contacts qui se développent entre les deux mondes.

(RIi 11, 2, n° 831a)

L’hébergement est agréable, à l’abri des murailles de la ville, dont Bérenger Ier d’Italie (850–924) avait fait sa capitale. L’occasion de se rappeler les démêlés d’Otton I avec ce dernier et l’origine de son mariage avec Adélaïde de Bourgogne, la mère d’Otton II, que le couple va retrouver à Pavie.

Au trésor de la cathédrale est conservé entre autre la croix (lombarde) de Monza, ci-contre.

- Milan les attend justement sur la route de Pavie, qui doit être une étape émouvante, avec la rencontre préparée de longue date, pour une réconciliation mère et fils.

Est-ce à cette occasion qu’Otton II reçu  la situle* (petit seau) en ivoire, commandée par l’archevêque Godefroy, un de ses protégés, pour sa venue à la basilique San Ambrogio (Saint-Ambroise) de la ville. Elle fut sans doute utilisée ensuite pour les cérémonies, au cours  desquelles, le souverain reçu l'eau lustrale*, l'eau purificatrice

Ils purent visiter également le trésor de l’église de Milan (après ceux de Rome et Ravenne) dont Charlemagne avait fait, par testament, un des lieux dépositaires des objets liturgiques.

(Maggioni 2010, p. 5/223)

 

5 DÉCEMBRE

- Pavia, fut, à l’initiative de l’abbé Mayeul de Cluny,  le théâtre de la réconciliation d’Otton II et Théophano avec l'ex impératrice Adélaïde. Après des retrouvailles délicates, le jeune couple renoua des relations familiales normales avec celle-ci. Ils purent ensuite partir et célébrer ensemble la fête de Noël à Ravenne.(RIi II, 2, n° 833)

La tradition veut qu’Otton II y fut couronné roi avec la "couronne de fer des Lombards" ci-contre. (RIi II,2, n° 833 ; Sismondi 1832/1906, p. 28, 29)

Ils y rencontrèrent également, descendant à Rome, l’archevêque de Reims Adalbéron et

son écôlatre, Gerbert d’Aurillac. Une fois n’est pas coutume, la navigation s’y prêtant, la famille impériale choisit le Pô pour descendre en bateau à Ravenne, invitant par la-même occasion ces nouveaux venus, y compris un ancien écôlatre de Magdebourg, Octric, par ailleurs adversaire en philosophie de Gerbert !

 

25 DÉCEMBRE

- Ravenne avait été choisie pour passer le premier Noël en Italie, mais ne manqua pas de décevoir Théophano.  En effet, lors de son passage en 972, toute à son bonheur de jeune mariée et objet de nombreux honneurs, elle n’avait pas remarqué l’état d’abandon de la ville. On peut dire en effet qu’au Xe siècle, d’après Brunterc’h, Ravenne est une ville en ruine intra-muros. (Brunterc’h 2000/1, p. 59)

Tant et si bien d’ailleurs qu’Otton Ier, pour y tenir un plaid en 967, s’était  fait construire un nouveau palais hors les murs, à côte de la porte San-Lorenzo. Ce qui ne lui avait pas empêché d’enlever les colonnes, dont certaines en porphyre, du Palais de Théodoric, pour sa cethédrale de Magdebourg!

Mais ce n’était pas la préoccupation du moment, car les problèmes de l’Italie se profilaient à l’horizon.

 

C’est sans doute ici qu’apparaît Johannes Philagathos (Piligato ou Filagatto), le futur antipape Jean XVI de 997-998. Pour l’heure, ce moine d’origine grecque d’Italie du sud, devient le chapelain de l’impératrice. Il sut si bien se rendre utile qu’Otton II va le prendre bientôt à ses côtés, comme chancelier pour l’Italie, poste qu’il occupera jusqu’en 982. A cette occasion il fut également nommé par l’empereur abbé de Nonantola, célèbre abbaye bénédictine de l’époque, près de Modène.

 

 

Carte massif du Harz. Site

 

Rohr.  Eglise Sant-Michel. W. Cliché Chris06

 

 

Mariage d'Henri Ier et Mathilde de Ringenheim

 

 

 

Memleben abbaye en Gravure Hüllmann Leipzig 1820.  W. Cliché Magnus Manke

 

Ingelheim dans la  Cosmographia de Sebastian Münster, 1567, p. 709.  Bibliothèque digitale. Université de de Freiburg :

 

 

 

Croix de Lothaire. Vers 984. W. Cliché Carolus Ludovicus.

 

Clèves, château du Schwanenbourg, en partie du Xe siècle. W Cliché Sir Gawain

 

Osnabrück,  nlle cathédrale Saint-Pierre. W. Cliché Brisbane

 

Minden. Cathédrale. W. Cliché Aeggy

 

Hidelsheim. Cathédrale à partir Xe siècle

 

Helmstedt Cathédrale Sain-Ludger. VIIIe-XIe siècle.

 

Reichenau Église Saint Georges. W. Cliché Edelan.      

 

Le Val Bregaglia, en été. Site 

 

 

L’arrivée sur Casaccia. Entrée du Val Bregaglia. Site

 

 

 

Duomo de Monza. Saint Jean-Baptiste. W. Cliché Francescogb

 

Croix de Monza  Site    

 

Ciboire à Sant Ambrogio avec l’empereur et l’impératrice implorant.  W. Cliché Govanni dall’Orto

 

Couronne de fer des Lombards.

cathédrale de Monza. W. Cliché James Steakley.

 

 

Pape Jean XVI. (Johannes Philagathos)

 

Abbaye de Nonantola. W. Cliché Saliko.


L'année se termine donc dans une atmosphère indécise. Quelles sont les décisions que va prendre Otton II, 

face à la situationde la papauté, des familles des nobles italiens, romaines en particulier, des relations avec Venise,

à l'instabilité en Italie du Sud?

 

A suivre Année 981