ANNÉE 981

L’année charnière commençait pourtant bien avec la "dispute de Ravenne", mais viendront les relations difficiles avec Venise, le présumé « massacre de Rome », la confortation du siège de la papauté et la préparation de l’expédition au Sud de l’Italie.

 

JANVIER

 - Ravenne les avait accueilli en famille pour fêter Noël et le nouvel an. Sans doute dans les bâtiments de l'abbaye Saint Apollinaire-in-Classe, seule capable d’accueillir la cour dans de bonnes conditions. Ce fut une période de grande émotion, le couple n’était pas revenu en Italie depuis 972.              (MGH Ss, II, Annales lobienses, p. 232).

En attendant leur installation, un événement inhabituel vint marquer leur séjour. On a vu qu’il se trouvait dans leur entourage deux philosophes antagonistes, Gerbert d'Aurillac et Ohtric de Magdebourg. L’empereur qui suivait leurs divergences, et voulait être éclairé sur leurs dissensions, organisa un débat philosophique contradictoire impromptu, où il prit lui-même la parole, "voulant se montrer un empereur éclairé et savant, protecteur des lettres".

Il voulut mettre Gerbert, à l’improviste, face à son adversaire Ohtric de Magdebourg. Arriva ce qui devait arriver, Gerbert conclut le débat à son avantage. Pierre Riché nous donne un résumé de cette confrontation en nous renvoyant pour les détails à la narration précise qu’en a faite un contemporain, Richer de Reims. Elle nous est parvenu sous le nom de  la "dispute de Ravenne". (Richer, Liv III. 55-57 : RIi II, 2, n° 835a MGH. Ss. IV. 538 , Riché 1987, p. 56-62)

C'est sans doute à la suite de ce débat, que Gerbert d'Aurillac fut nommé abbé de l’abbaye de Bobbio (Emilie-Romagne), qui possédait une des plus importante bibliothèque du moment. C’est à partir de là que le nouvel abbé conserva des copies de ses lettres, qui seront bien utiles pour les historiens à venir.

Pour l’heure, il fait partie de la cour et suivra le couple impérial jusqu’à Rome.

Le séjour se prolongea avec les visites, les invitations et toujours des diplômes d’affectations, dispenses, etc.. dans lesquels d’ailleurs intervint souvent Théophano.

Par ailleurs, c’est presqu’un dossier de doléances que lui avait préparé l’archevêque Honeste.(Bruntec’h 2002, p. 57-85) (RIi II,2,  n°. 836, 837 et 838)

 

18 JANVIER

Le temps passait ainsi, mais il fallait bien s’attaquer aux problèmes qui avaient motivé ce voyage, c’est-à-dire la papauté à Rome aux mains des puissantes familles romaines. Même si l’itinéraire est choisi en passant par Arezzo, qui nécessitait une visite, cela représente quand même plus de 400km.

Pour ce faire, les intendants avaient délaissé le parcours utilisé en 972 lors du voyage vers la Germanie. C’est en fait la route plus directe pour Rome, mais en même temps, il fallait traverser les Apennins Toscans, heureusement par un passage entre la chaine septentrionale et la chaine centrale. Tout proche des sources du Tibre, que le convoi suivra en partie le long de ses 405km,  jusqu’à le rejoindre après Orvieto, à Viterbo avant Rome. Les étapes supposées sont Bagno di Romagna, Pieve de San Stefano, San Giustinio et Arezzo.

 

3 FÉVRIER

- (Puglia di) Arezzo (Arretium), ville d’origine étrusque, est située sur la route de Rome, la via Cassia, branche de  la Flaminia, que le convoi suivra ensuite jusqu’à Rome. C’est le siège du diocèse, et pour l’heure, c’est l’évêque Everardo qui les accueille et les guide en dehors de la ville, au col du Pionta. Là se trouve le Duomo, qui deviendra Vecchio quand les travaux pour un nouveau duomo, cette fois à l’intérieur de la ville, seront décidés. Elle a un passé important du fait de sa position géographique et Théophano y retrouve encore les traces des Francs de Charlemagne. (Repetti 1833, t. I, p. 96-107)

L’église S. Donate di Gremona, dédié à un saint des premiers siècles, est le plus ancien duomo d’Arezzo qu’ils virent.

En quittant Arezzo, le couple impérial fait une halte à Montepulciano, déclarée ville impériale par leur ancêtre Otton Ier. Bien protégée, en haut de sa colline, elle était très convoitée par ses voisines, Florence, Sienne ou Arezzo.                                                      (Spinello, 1646, liv. I, p. 14 ; Repetti 1839, t. 4,, p. 465 et suiv.)

Ils purent sans doute se recueillir à l’ancienne Madre Chiesa de Politiano, vieille  de dizaines d’année, il en est même fait mention au VIIe siècle. (Peretti 1839, t. 4. p. 484)

Auparavant, sur leur gauche, le grand lac de Trasimène, qui fut il y a très longtemps (en 217 av. J.-C.), le théâtre d’une grande bataille gagnée par les Romains contre un général, Hannibal, venu depuis de la Mauritanie, (l’Afrique du Nord à l’époque) par l’Espagne, créant avec, ses éléphants, un exploit incroyable et effrayant.

Puis Orvieto, elle aussi perchée, pour des raisons de sécurité, sur un piton rocheux, depuis les temps des Etrusques. Depuis qu’elle est dans la région, Théophano entend d’ailleurs parler de ce peuple encore plus ancien que les Romains, et inconnu pour elle. On lui montre des fresques, des émaux, des poteries, etc.. trouvés de-ci de-là au hasard des découvertes.

Le couple rejoint ensuite la via Cassia qui doit les mener directement à Rome, par Viterbo.

- Viterbo est la dernière étape importante et ils ne sont plus qu'à environ trois jours de Rome. C’est dire que la ville était une bonne base de départ pour qui voulait la conquérir par le nord, ce qui, depuis le VIIe siècle, n’avait pas échappé aux rois Lombards successifs. Pour la protéger, la papauté avait fait fortement pression, auprès des Francs, pour que la ville soit rattachée aux États Pontificaux. Ce fut chose faite au VIIIe siècle par Pépin le Bref, puis confirmé par Charlemagne en 774.

 

9  FÉVRIER

- Rome attendait bien entendu le couple impérial avec beaucoup d’allégresse, mais surtout avec pas mal d’appréhension. Pour Théophano, c’était la première fois qu’elle revenait sur ces lieux, qui la virent adolescente, juste sortie de son palais policée de Constantinople.

Mais ce n’était pas le moment de se laisser aller à la mélancolie. Les Ottoniens depuis Otton Ier aimaient séjourner sur le mont Aventin, à deux miles romains, soit environ trois km de Saint-Pierre de Rome. Un tableau du XIXe siècle donne une idée de la situation de l’ensemble du monastère de Sainte Marie et de l’église Saint Boniface-Saint Alexis, sur les bords du Tibre. Plus tard, Otton III y installera sa cour.

Aussitôt arrivé, Otton II, après avoir reçu les représentants des familles romaines, échappa aux intrigues et rétablit le pape Benoit VII sut le trône papal.

Ensuite, Otton II aidé par Théophano, commença à superviser les cérémonies de Pâques, qui cette année tombait le 27 mars. Ils devaient être rejoints par sa sœur, l’abbesse de Quedlinbourg, le roi Conrad de Bourgogne avec sa femme Mathilde de France, le duc Otton de souabe et Bavière, et quelques autres personnages de haut rang. (RIi II, 2 n° 804a)

 

27 Mars

 - Rome, fut entretemps le théâtre de la rencontre discrète avec son cousin Hugues Capet. L'entrevue eut-elle lieu sur  le mont Aventin le jour de Pâques, Hugues Capet ayant déjoué les tentatives de ses adversaires cherchant à l’arrêter durant son voyage ? Elle fut donc secrète. (Richer III 84-88) mais elle inquiéta suffisamment Lothaire pour qu’il ait donné lui-même des instructions pour l’interception d’Hugues sur le chemin de son retour, signale le même chroniqueur? Sans succès ! (Sassier 1987, p. 169 et suiv.)

Pour Pâques (MGH Ss, II, Annales lobienses, p. 232)

A cette date, Otton II réunit également un synode réformateur, sans doute à la basilique Saint-Jean-de-Latran de Rome (illustration pour les dimensions de la coupole). Il décida que la collation ou la réception des ordres devenait gratuite : si un métropolitain refusait de conférer gratuitement un épiscopat à un clerc ce dernier n’aurait qu’à venir à Rome pour le recevoir. Cette mesure qui évite le commerce des charges ecclésiastiques ou abbatiales est communiquée par lettre à tous les rois, princes, comtes, archevêques, évêques et abbés d’Occident. (Riché 1987, p. 64 et suiv.)

Pour libérer des monastères italiens de la mainmise de l’aristocratie romaine, l’empereur en profita pour nommer de ses proches à leur tête.

 

LA LOMBARDIE MINEURE

Un événement va venir bouleverser le fragile équilibre politique de la région, en effet Pandolfe Ier Tête de Fer, le fidèle des Ottoniens, disparut en mars. Il laissait un vaste territoire, ce que l’on a appelé la « Lombardie mineure » comprenant les principautés de Capoue et de Bénévent qui seront attribués par testament à son fils ainé Landolf, son autre fils Pandilf II devenant prince de Salerne.

Otton II, en avait profité pour s’arroger le droit d’attribuer le duché de Spolète à Trasimond IV, duc de Camerino. De nouveaux partages interviendront, provoqués par les conflits entre les fils qui suivront. De plus cela dégarnissait un peu plus le flanc sud de l’Italie face au péril sarrasin.

 

AVRIL – MAI

Pendant ce temps, Théophano profitant de leur présence prolongée à Rome fut invitée, précédée maintenant par sa notoriété d’appartenance à une famille arménienne, à visiter encore une nouvelle église dédiée à Saint Barthélemy, San Bartolomeo all’isola, en construction sur l’île de Tiberine, à l’emplacement d’un ancien temple dédié à Aesculape.

 

C’est en ce début d’avril que certains placent un dramatique et incompréhensible événement.

Nous avons vu que Benoit VII, menacé, avait appelé l’empereur à son aide, ce que ce dernier fit avec empressement, ayant toujours gardé un œil sur la papauté et le Sud de l’Italie. Tout le monde n’était pas d’accord sur cette intervention et l’on sentait bien une certaine hostilité envers les Ottoniens. Otton pour régler le problème une fois pour toute, aurait convié à un festin tous les grands de Rome et les députés des villes. Au milieu du repas des soldats l'épée nue à la main serait entrés et, sur ordre d’Otton II,  un officier aurait lut les noms de certains contestataires, qui étaient aussitôt saisis par les soldats, traînés dans une chambre voisine et massacrés! C’est à cet événement tragique qu’il faudrait attribuer l’origine de cette désignation de "Sanguinaire", qu’on lui attribut quelques fois.

(Cet incident est signalé par plusieurs auteurs des XVIe et XVIIIe siècles, le premier, près de deux cents ans après l'événement présumé, au XIIe siècle, c’est Godefroid de Viterbe [Le Panthéon, in MGH Ss XXII, p. 237 et suiv.] qui le relate et emploie le terme de "sanguinaire" ; ensuite on peut citer, Sigonis 1580, p. 328, seulement pour l’adjectif de "sanguinaire", puis  Le Bas 1838, p. 245 et suiv. ; etc.)

Le luxe de détails, tardifs, et l’absence de témoignage contemporain pouvaient laisser planer un sérieux doute sur l’authenticité  de cet incident ? Rumeur, reprise au cours des siècle, que l’auteur de référence des "Annali di Italia", Ludovic, Antoine, Muratori (t. 3, col. 1231-1234), balaie en la traitant de "tutte sandonie", de "charlatanisme", etc.

Opinion généralement reconnue actuellement, à laquelle nous nous rangeons.

 

 VENISE   

Auparavant, voyons également, en quelques mots, la situation des relations avec Venise. Ce port, avec celui de Torcello voisin, aussi important qu’elle, était le terminus au bout de la mer Adriatique, mais en même temps la plate-forme d’échange de tout le commerce entre l’Europe et Byzance. Ils ont souvent été l’objet de convoitises, à l’origine de conflits, entre les empires d’Orient et d’Occident, les Istriotes, les Sarrasins et les principautés dalmates.

Au VIIIe siècle, l’ensemble des villes et des villages de la région s’étaient regroupés et émancipés de l’exarchat  byzantin*, qui s’était replié à Bari, le constate Théophano avec regret .

Mais en fait ce fut pour être conquis par les Lombards en 751. L’installation du premier doge n’eut lieu qu’une centaine d’année plus tard, contre la volonté des Byzantins qui acceptèrent la situation, qu’après les incursions des Arabes musulmans et leur défaite définitive en 876. Le tout sur fond de rivalité entre la papauté, les Francs, les invasions slaves ou hongroises (les dernières datant de 906-910).

En 891, la jeune république, qui avait réussi à se présenter comme protecteur des ports dalmates, obtint du roi d’Italie et empereur d’Occident, Guy de Spolète, un traité pour la liberté de commerce et quelques privilèges ; Byzance accordant immédiatement en contrepartie au doge le titre honorifique de protosthataire*.

Le premier contact (2 décembre 967) avec les Ottoniens avaient eut  lieu avec Otton Ier qui accorda des privilèges à la ville.

Pietro IV Candiano obtint de l'empereur le renouvellement de toute une série de privilèges commerciaux pour les Vénitiens en général et pour lui et sa famille en particulier. Ce qui bien entendu ne pouvait que déplaire aux Byzantins.                                                            (Hodgson 1901, p. 118 et suiv.)                             

En 973 Otton Ier, protecteur de Pietro IV Candiano, meurt. le nouvel empereur Otton II est occupé à s’opposer à une révolte en Allemagne et les Vénitiens, quelques temps après, en profitent pour déposer le doge le 12 août 976. Le favori des Ottoniens pour se protéger s’enferme dans le palais ducal, mais ses opposants, dirigés par Urséolo, y mettent le feu. L'incendie se répandra  aux maisons voisines, à la basilique de Saint-Marc et une grande partie de la ville brula. Le doge et son fils Pietro furnt tués et leurs corps jetés dans l'abattoir. Son épouse, Waldrada, survécut et Pietro Orseolo, lui laissa l'entière possession de l'héritage de son mari, pour ne pas déplaire à l'empereur ! Entretemps, on avait vu Vitale, patriarche de Grado et fils de Pietro IV Candiano, comploter auprès de l'empereur en 974.

Suit une longue liste de Doges, certains n’exerçant ou ne pouvant exercer le pouvoir qu’une année. En 978, Pietro Orsuelo avait abdiqué et été remplacé par son fils Vitale Candiano, qui avait abdiqué un an plus tard, peu de temps avant sa mort. Pour l’heure, c’est Tribuno Memmo, élu 25e doge en 979, qui fut leur interlocuteur.

En fait le couple impérial arrive en plein conflit entre les familles Moriosini (pro-byzantin) et Caloprini (pro-ottonien). C’est donc tout naturellement qu’Otton II fut amené à choisir et accorda son soutien au chef des Caloprini exilé à sa cour.

Dés son arrivée, il avait imposé un blocus au commerce de Venise, qui cherchait déjà à prendre son indépendance, essayant de s’appuyer sur Byzance, ce que ne pouvait tolérer l’empereur. On le verra, les discussions furent longues et ce n’est qu’en 983, après un embargo plus sévère, qu’un accord fut trouvé, grâce à l’intervention de l’impératrice Adélaïde mieux au fait des relations avec l’Italie.

 

MAI - JUILLET

- Rome avait beaucoup d’attraits à cette saison, mais après Venise, les sujets d’inquiétude étaient grands, tant les mauvaises nouvelles du Sud de l’Italie étaient préoccupantes.

Cumulant le lot de mauvaises nouvelles, pendant leur séjour, un messager leur rapporta la disparition d'Adalbert, l’archevêque de Magdebourg  le 20 juin. C’était un allié important et il faudra lui trouver un remplaçant en conséquence. C’est la raison pour laquelle la candidature d’Ohtric ne fut pas retenue, ce fut Gisilher, confident d’Otton II, et déjà évêque de Mersebourg, dont le diocèse sera réuni à celui de Magdebourg, qui sera imposée.

Ils décidèrent de faire un périple à l’intérieur des terres, ne serait-ce que pour réchauffer  "atmosphère" à leur égard  dans les cités visitées. Frosinone, Ceprano, Sora, Cerchio et pour finir, une résidence royale à Rocca de Cedici, près de Rocca di Mezzo, sur la route allant à Aquiléa dont on leur a dit le plus grand bien. Mais également pour profiter du climat des régions de l’intérieur, des Apennins, plus frais en été.

Une entrevue rapide aurait même eut lieu, à Aquiléa avec des envoyés de Basile II qui essayèrent de dissuader Otton d'intervenir au sud, mais apparemment sans succès

En cours de route, une de ses dames de compagnies signala à Théophano l'existence d’un village que l’on appelle "Cappadocia"  sans que ses habitants en connaissent exactement l’origine, sinon que ce seraient des moines grecs exilés, au VIIIe siècle, qui auraient reconstitué leur cadre de vie d'Asie Mineure. Plus tard, au Xe siècle, le pape Clément VIII citera son église Sancti Blasii (Saint-Blaise) dans une bulle. De même, Subiaco où l’on trouve les premières indication sur la présence du culte de saint Blaise en Italie, il y a longtemps (en fait au VIe siècle). (Tchouhadjian 2004, p. 95 et 312)

 

7 JUILLET  

- Frosinone, est atteint après un court séjour à Anagni, sans passer par Fuiggi, qui elle aussi possède une petite église San Biagio, construite il y a peu (Xe siècle ?) par les Bénédictins de Subiaco. (Tchouhadjian 2004, p. 99)

A-t-elle porté des « ciocie », ces chaussures à pointe, maintenue par des lanières de cuir, enroulées treize fois autour de la jambe ? (Guide Bleu, Italie du Sud, p. 467)

- Ceprano, à une trentaine de km, faisait partie, à l’arrière du mont Cassin, de la ligne défense des États Pontificaux. En cette période trouble, une visite s’imposa.

De même qu’à Sora, à une trentaine de km, plutôt orientée au départ contre les Lombards avec son palais ducal fortifié du VIIIe siècle, dont on peut apprécier l’importance sur cette gravure, mais qui date de 1604.

 

18 JUILLET  

- Cerchio, située sur la voie romaine, de Rome à l’Adriatique, la via Tiburtina Valeria, (Tibur = ancien nom de Tivoli) l’œuvre d’un certain fonctionnaire romain qui lui a donné son nom, Claudi Valeria, avait sans doute pour notre couple, l’attrait "touristique" d’un beau passage accidenté des Apennins.

Début août pressentant les difficultés qu’ils auront à affronter à leur retour, ils poursuivirent leur chemin avec le même souci de détente, qui devait les amener par Rocca di Mezzo, sur le chemin d’Aquilae, à Rocca de Credici, et sa maison royale, ou palais d’été, qui leur avait été recommandée, où les intendants leur avaient préparé un dernier séjour de repos avant de prendre le chemin du retour.

Et toujours un diplôme pour l’immunité ou la dispense de corvée, etc.. (RIi II, 2, n° 850 et 850a)

 

AOUT 

Le chemin le plus naturel dut être la via Tiburtina Valeria en sens inverse par Avezzano, en passant les Apennins à Carsoli puis direct vers Tivoli (site très complet ) et Rome.

 

9 SEPTEMBRE

- Rome les vit revenir au début du mois, car un nouveau synode devait avoir lieu le 9 du mois, au Latran. Puis un autre à Saint-Pierre le 10. De plus les Sarrasins se faisant menaçant, il était grand temps d’étudier la question de l’Italie du Sud.  

 

ITALIE DU SUD

Que n’a-t-on dit sur les motivations de cette expédition en Italie du Sud qui se préparait. Sans avoir la prétention d’y apporter la réponse, l’auteur va essayer de donner quelques précisions sur le sujet, l’ambiance du moment, les forces en présence.

Bien entendu, Otton II, songeait plus que jamais à reprendre les projets de son père sur le sud de la péninsule, en regroupant les différentes entités au sein du Saint Empire. Son mariage avec Théophano lui avait, pensait-il, donné suffisamment de droits et il réclama aux empereurs d'Orient, le douaire promis à sa femme, les provinces de la Lucanie, de la Calabre, et la suzeraineté sur les républiques de Venise, de Naples, de Gaëte et d'Amalfi, lesquels qui, pour ne pas lui obéir, faisaient valoir leur fidélité prétendue à l'empire d'Orient, et en principe à sa protection. Que ce soit Jean Tzimicès, ou Basile II en ce moment, le contrat n’avait pas été respecté; pire pour Basile II, Théophano semblait ne plus rien représenter pour lui.

D’autres mobiles plus sécuritaires interviendront. Les invasions destructrices des Arabes de Tunisie ne sont pas loin (Bari en 830, Ostie en 840 et saccage de Rome vers 843).

Il faut également se souvenir, qu’il y a encore quelques années seulement, en été 915, le pape Jean X (914-928) avait tout juste,  après être parvenu à unir les forces italiennes, c’est-à-dire de Rome, du Bénévent, de Capoue et de Gaéta, réussi à encercler les Sarrasins installés près du Garigliano (à 140km de Rome) et les décimer, en prenant lui-même les armes. Certains parlent d’un ‘Poitiers’ de l’Italie. (Ollivier 1969, p. 64)

Nous avons vu également le déséquilibre qu’avait provoqué la mort de Pandolf Ier en mars de cette année. Le partage de son domaine et les conflits qui s’en suivirent, affaiblissant tout le sud de l’Italie jusqu’à Rome, qui devenait ainsi une nouvelle fois sans protection. En effet, au départ, c’est le danger des Sarrasins du calife Fatimide Abu Mansur Nizar al-Aziz Billah (975-996) du Caire qui, après avoir conquis la Sicile, a repris pied en Calabre, malgré la ‘protection’ des Byzantins et constitue un  avertissement pour Rome.

Le tout, dans certains cas, sur fond de rébellion des populations locales contre les Arabes musulmans ou les Byzantins. Tous les ingrédients sont prêts pour justifier la nécessité d’une intervention armée pour « libérer» ces territoires. Avec juste raison car cette présence musulmane ne semble pas inquiéter les Byzantins, dont les forces présentes ne sont pas en mesure de s’opposer à l’envahisseur, pas plus que la petite flotte qu’envoie Basile II.

Pressentant le danger Otton II, qui est venu de Germanie avec une simple petite troupe, fit venir un contingent supplémentaire de chevalier germains et rassembla les forces italiennes disponibles. C’est, en 981, que la publication de l’Indiculus loricatorum* précise la contribution armée demandées aux différentes institutions.

Les moyens d’Otton se mettent donc petit à petit en place, en attendant une dernière visite à ses alliés est indispensable et donne l’image d’une véritable tournée des popotes.

 

23 SEPTEMBRE    

- Lucera, fut la première étape, située au nord des Pouilles, avant d’arriver à Foggia. La plus longue avec ses près de 400km, à travers une campagne rendue aride par le soleil d’été.

(RIi II, 2, n° 857, 858)

Et début octobre ce fut le départ de Lucera pour Bénévent.

 

7 – 18 OCTOBRE

- Bénévent, l'importante et ancienne ville lombarde, sur la route de Caserta, qu’ils connaissent déjà, vers Naples, fut la seconde étape importante. C’est le nouveau duc Landolf, successeur de son père Pandolf Ier, qui les accueille. Ils ne pouvaient y être que les bienvenus. Pendant que les relations sont consolidées par Otton II, Théophano tout en suivant de loin les négociations, profite de son peu de temps libre pour s’occuper de son fils et visiter un peu plus cette ville ancienne. Une présence arménienne, au VIe siècle, parmi les Byzantins lui fut signalée. (The western Greeks 1996, p.      )

Bientôt, le couple reprend la route pour Naples, allié potentiel important du moment.  

 

4 NOVEMBRE     

- Naples, était la dernière étape importante de leur périple où ils rencontrèrent le duc Marinus II, allié en effet des Byzantins, mais qui venait récemment, prudemment, de changer l’orientation de sa politique !   

L’arrivée sur la ville, avec sa baie et le volcan Vésuve les ravissent. On leur expliquera plus tard que le volcan est toujours actif et qu’il y a très longtemps son éruption a recouvert une ville de la baie. (RIi II,2, n° 864)

On parle de saint Blaise à Théophano, d’un couvent de nonne arméniennes de San Gregorio Apostolo, construit en 930, mais les informations sont confuses, et ce n’est pas le sujet du moment ! (Tchouhadjian 2004, p. 305 et suiv.) Il y a trop d’églises et pas question de pouvoir aller prier dans toutes, d’autant que le nombre  celles de rite basilien tendent à diminuer.

Elle entend également souvent parler de saint Blaise, ici San Biagio et des reliques de Saint Grégoire l’Illuminateur, qui avait évangélisé l’Arménie.  Il faut dire que tous les deux sont présents sur un grand "calendrier lapidaire", gravé dans du marbre, datant d’une centaine d’année (847-850), respectivement au 3 février et au 30 septembre. Elle ne manquera pas d‘aller voir ce calendrier. (Tchouhadjian 2004, p. 303 qui cite AB 1942,  t. LX, p. 91-130). (ou l’édition au moment de sa découverte, Sabatini d’Anfora,Vetusto Calendario Napoletana, Naples, 1744)  

Mais on lui avait  en plus tellement parlé de la beauté de Salerne, de sa côte,  qu’elle était maintenant pressée de s’y rendre.

 

NOVEMBRE

- Salerne, par contre fut l’objet de tractations avec le duc Manson d’Amalfi. En effet,  la situation était conflictuelle depuis la mort de Pandolf Ier. Son fils Pandolfe II de Salerne n’avait qu’une vingtaine d’année quand il avait hérité de Salerne, ce qui avait incité le duc Manson d’Amalfi à s'emparer de sa couronne à l'automne 981, pendant la présence du couple impérial dans la région. Il en profita d’ailleurs pour faire reconnaître sa souveraineté sur Salerne par l'empereur, tout en ne se considérant pas son  vassal.

 

Quoiqu’il en soit, la ville ne déçu pas le couple par la beauté de sa corniche. Ces quelques jours  devaient permettre de faire le point des préparatifs, les accélérer au besoin, les nouvelles devenant alarmantes.

 

5 - 25 DÉCEMBRE

- Salerno, avait donc été proposé par leurs intendants et les conseillers politiques, pour passer les fêtes de fin d’année. (MGH SS, II, Annales lobienses, p. 232) Gageons qu’ils furent quand même bien reçu pour passer ces fêtes au château d’Arechi (duc de Bénévent 734-787), magnifiquement situé et vieux à peine d’une centaine d’année.

Tandis qu’Otton, tout à son projet de descendre dans le sud, pour étendre et protéger les possessions du Saint Empire, recevait envoyés sur envoyés, conseillers sur conseillers, Théophano était souvent à ses côtés, préoccupée également par les relations, engendrées par cette situation, avec Byzance. Elle venait de le suivre avec son fils dans tous ces déplacements.

Parallèlement, elle était toujours sensible à ce qui pouvait lui rappeler Constantinople, et en profita pour visiter un petit atelier de sculpture sur ivoire d’après des modèles byzantins qui, dans quelques dizaines d’années, sera à l’origine d’une des plus belles réalisations sur ivoire des XIe et XIIe siècle.

Mais elle fut également très intéressée par l’École de Médecine de Salerne  qui se mettait en place depuis le début du siècle, avec la traduction de nombreuses ouvrages de médecine en particulier grecs, byzantins, extrême-orientaux ou arabes.

 

 

 

 

Saint Apollinaire-in-Classe

Basilique de Bobbio. A partir VIe siècle.

W. Cliché Torsolo

Sous la neige. W. Cliché Manske

 

Les Apennins W. Mario

Arezzo, église de San Damiano. Site

Lac de Trasimène

Fresques étrusques, musiciens, danseurs. W.  Plyx.

Vue d’Orvieto. W. Ciché Nicholas Gemini.

Rome, le Tibre, au pont et avec le château Sant’Angelo.  W. Cliché Lalupa

Le « Monte Aventino », Christian Skredsvig  (1883).   Coll. Royale. Photo: Jan Haug. Site

Basilique Saint-Jean-de Latran. 

Mosaïque du XIXe. W. Cliché Tango 7174.

La tour de Capodiferro, près de la rivière  Garigliano (Latium)  W. Cliché Scansione

 

Église San Bartolomeo all’Isola au Xe siècle. Site.

 

 

Otton dit le « Sanguinaire »Extrait gravures Bonnart 1750,  Pl. 16.Biblioteka Narodowa Varsovie.G.69042

Cliché Europeana.

 

Vue Torcello (aérienne actuelle)

 

Détail Torcello, église Santa Maria

 

 

Murano (Venise), Sant Amria Sant Donato. Site

 

 

Reconstitution du premier palais ducal à partir du IXe siècle. Site.

 

 

Frosinone-Veroli. Eglise S. Erasmo romane  restaurée.

 

Sora. Palais ducal fortifié (Francesco Fani, 1604). W. Cliché Wento.

 

Carsoli. Eglise Santa Maria in Cellis. (Xe siècle)

Panoramio. Cliché Mauro Di Giovanni

Italie vers 750. En rose le couloir Byzantin. Ravenne-Rome. Au sud la Lombardie mineure. W. Carte Salli.

Italie (byzantine) du Sud. W.

Amphithéâtre de Lucera.

 

Bénévent Église lombarde Sainte Sophie. Site

 

Baie de Naples et le Vésuve.  par Aldo Ferretto. Site

Saint Grégoire l'Illuminateur.Fresque XIV siècle. Eglise Hodegetria à Mistra.(Grèce)

 

La côte à Salerne

Salerne, le château fort Arechi. Site

Miniature : la Schola Medica Salernitana in : Canon d’Avicenne, (Qanun d’Avicenne). Bibliothèque Université de Bologne.  MS 2197. W. Cliché Giaros

 


L'année se termine sur une atmosphère tendue, si les villes visitées ont toutes donné leur accord pour une participation,

à ce qui ressemble  à une opération de police, certaines ne l'ont fait que du bout des lèvres. La détermination d'Otton II est

en marche et rien, ni personne ne peu plus l'arrêter.

 

A suivre : Année 982