ANNÉE 991  et  CONCLUSION              

 

Cela aurait pu être une bonne année de repos, en fait ce sera la fin de l’"épopée", la fin d'une belle

et extraordinaire histoire, celle d'une jeune fille qui fut amenée à diriger, un temps un des plus grands empires

du Moyen Âge......Comme pour une pépite que l'on découvre, il faudra attendre mille ans pour qu'enfin, malgré

ses détracteurs contemporains et ceux jusqu'au XIIIe siècle,  les bénéfices de son action soient reconnus

et son influence confirmée dans cette "Europe" du Xe siècle.

Comme pour créer l’ambiance, l’hiver 990/991 fut rude et long, les vignes souffrirent beaucoup de la rigueur du froid,

les troupeaux périrent dans les étables faute de nourriture, le blé fut gelé avant d’arriver à maturité. Il y eut la famine,

la disette et la peste s'ensuivirent. Une ville comme Lille fut entièrement prise par la glace.

 

JANVIER

L'impératrice, victime des obligations d'une cour itinérante, n'a cessé de se déplacer et, après leurs différents séjours dans la région du Rhin, arriva à Allstedt début janvier, sans doute sous la neige.

- Allstedt. Inutile de dire qu’ils y étaient bien reçus, eu égard aux précédentes nombreuses visites.  La Cour y resta jusqu’à la fin de l’hiver. Dès leur installation ils eurent des jugements à rendre, des confirmations de privilèges ou des règlements de litiges territoriaux à préciser, comme celui entre Ostfalen et Engern,  c’est-à-dire la région entre  la Weser et l’Elbe, indiquée sur la carte ci-contre, etc...

Une réunion de famille était prévue à Quedlinbourg pour la célébration de Pâques et il fallut bientôt reprendre la route. Profitant de ce que le trajet était court, à peine une centaine de km, on fit différentes étapes pour resserrer au passage les liens du pouvoir avec les populations et répartir les coûts de séjour sur plusieurs lieux.

Ainsi la première eut lieu à Sangerhausen, ancienne ville franque et carolingienne, dont le nom est présent dans le livre de dîme du monastère d’Hersfeld à la fin du IXe siècle, se trouvait être une propriété du monastère de Memleben.

Puis Leimbach, qui, en 973, avait fait l’objet d’un échange par l’empereur Otton Ier entre Adalbert de Magdebourg et l’abbé Werinher de Fulda.

De même que l’étape suivante, Klostermansfeld, l’ancien  Mannesfeld, le "champ de l’Homme", qui est mentionné pour la première fois dans un diplôme du 22 octobre 973 de l’empereur Otton II, concernant également un échange entre les mêmes. Sur l’illustration récente ci-contre, on peut voir les ruines de l’ancien château, sur son promontoire, dans lequel fut hébergée la Cour. (RIi II, 2 n° 643)

- Gernrode, qui est toute proche de l’arrivée, reçut également l’impératrice. Elle en avait déjà visité la cathédrale Saint-Cyriaque, fondée en 959 par le margrave Gérod, alors en construction. Elle était presque terminée lors de ce séjour et elle put en admirer le chœur avec ses mosaïques, dont certaines couleurs lui rappelèrent celles des églises de Constantinople.

 

5 AVRIL

- Quedlinburg avait été choisie par Théophano pour y passer les fêtes de Pâques, auprès de sa fille ainée, Adélaïde, qui en était l’abbesse.

Même pendant le voyage Théophano voulait être tenue au courant de la situation en Francie, du nouveau siège qu’avait essayé d’imposer Hugues Capet à Laon, suivi de ses échecs. Situation qui aurait put se terminer dangereusement sans la "trahison d’Arnoul de Reims" durant la nuit du dimanche des Rameaux, du 29 au 30 mars. En effet, Charles de Lorraine, qui était l’hôte d’Arnoul, avait invité après le repas au palais, l’évêque à boire dans la coupe d’or, où il avait fait tremper des morceaux de pain en signe de fidélité. Ce qu’avait fait Arnoul en jurant fidélité, mais cela ne l’avait  pas empêché, de faire ouvrir les portes de la ville pendant le sommeil de Charles, et de laisser entrer les soldats du roi Hughes Capet. La ville fut occupée en un tournemain par les partisans du roi Charles et son épouse, qui avaient été capturés avec leur fils et leur neveu, avaient été emmenés en captivité à Orléans. (Richer, Liv. IV. cap. XLI-XLII ; Lot 1891, p. 276 et suiv. ; Sassier 1987, p. 234 et suiv. ; Riché 1987, p.124 et suiv.)

Théophano, émue par ces évènements impliquant ses cousins, s’en inquiéta auprès du roi, sans résultat semble-t-il.  

Dans ce climat dramatique, les fêtes de Pâques revêtirent donc un caractère particulier, en présence de la princesse Adélaïde, l’abbesse, et de sa tante  Mathilde venue les voir. C'est dans cette atmosphère, déjà maussade, que l'impératrice Théophano apprit, par courrier spécial, la disparition de son père, sans doute vers le 11 mars. Les relations étaient  restées très distantes depuis son départ de Constantinople, elle n'en avait pas moins gardé un minimum de suivi avec sa famille, et la nouvelle l'attrista.

Mais l'actualité reprenait ses droits en effet, étaient également présents Mieszko de Pologne, le margrave Hugo de Toscane, l’archevêque Jean Philagathos de Plaisance, l’évêque de Trévise, etc.., venus spécialement pour rendre hommage au roi et à sa mère.

C’est la première fois qu’est prononcé le nom d’Europe correspondant aux territoires dans ses limites actuelles : Theophanu imperatrix cum filio suo imperatore tertio Ottone paschale festum imperiali gloria apud Quedelingensem peregit civitatem; ubi etiam marchio Tuscanorum Hugo et dux Sclavonicus Misico cum ceteris "Europae" primis ibidem confluentibus affuere ad obsequium imperatorii honoris, quae quilibet pretiosissima possederat, pro xeniis deferendo; e quibus Misico aliique quam plurimi honorifice donati in patriam redierunt. (Annales Quedlinburgenses, MGH Ss. III, 68 )

Gerbert de son côté s'était aperçu qu’il avait choisi le mauvais camp et fit part de son  revirement à l’entourage de l’impératrice. (RIi II, 3 n° 1028d)

Elle reçut quand même de bonnes nouvelles de Constantinople : en effet, après des mois d’escarmouches meurtrières, Basile II a convaincu Bardas Skleros de se soumettre. Ce dernier s’était retiré à Didymoyika (Macédoine Est). Elle apprendra par la suite qu’il y était décédé ! (Schlumberger 1900, p. 17-47 ; Bréhier 1992, p. 180)

Une autre nouvelle la surprit : elle apprit que Mieszko avait définitivement confié la destinée de la Pologne entre les mains du pape Jean XV. La mettant sous la protection des États Pontificaux, il la soustrayait de ce fait aux pressions du Saint Empire et des "Rus" de Kiev. Pour ce faire, il avait fait établir la liste de ces territoires dans un document, le Dagome Iudex,

 

18 AVRIL

C’est sans doute durant ce séjour qu’Otton III établit un diplôme à la demande de sa mère Théophano, au bénéfice de l'évêque Rozo Calcia de Trévise, lui affectant les revenus de son église, à savoir deux parties du devoir et les obligations du marché, le port de Trévise, etc.. ainsi que la possession du fort à Asolo Bassano, à qui il donne l'immunité, le tout  pour le salut de l'âme de son père.  (RIi II, 3, n° 1029, 1030, 1031)

Toujours guidé par sa mère ou ses conseillers, on voit ainsi de plus en plus souvent le jeune roi apparaître dans les décisions qui font l’objet de diplômes portant sa signature.

 

FIN AVRIL - MAI

Pendant que la Cour prépare son déplacement vers Nimègue, des nouvelles parviennent encore de la Francie : Hugues Capet ayant compris la trahison d’Arnoul de Reims, cherche par tous les moyens à le faire destituer de son siège de Reims. Les partisans de l’archevêque s’organisant de leur côté pour prendre sa défense : en effet le roi, avec un certain nombres de ses évêques fidèles avait pris, la décision de réunir un synode, sans en référer au pape dont il craignait l’hésitation à prendre une telle décision. Il fut prévu qu'il devait se tenir à Saint Basle près de Reims, qui disposait des bâtiments suffisamment importants de l’abbaye de Verzy, pour recevoir les participants.

Dans le cadre du conseil, Théophano et Otton III eurent à intervenir pour des  nominations d'évêques. En effet, cette période fut décidément fertile en  disparitions. On signale celle de l'évêque Reginold d’Eichstätt, très versé dans les arts littéraires et musicaux. Il fut remplacé, à la tête de ce diocèse suffragant de Mayence, par Megingaud (Meingoz), de la famille des comtes de Lech Gemünd-Graisbach (proche de Passau)

Quelques jours plus tard, on apprit début mai celle de Friedrich, l’archevêque de Salzbourg, bientôt remplacé par Hartwig, de la famille des Spanheimer (ou Sponheimer), qui avaient leur château dans la Franconie, au bord du Rhin.

Vers la fin du mois, un autre courrier apporta également la nouvelle de la mort de l’évêque de Passau, Pilgrim, que le couple impérial  avait bien connu et apprécié pour ses efforts de christianisation de la région. Son successeur fut également rapidement nommé, en la personne de Christian (991-1002)(RIi II, 3 n° 1028c, 1031b, 1032a, 1033)

 

JUIN - DERNIÈRE ÉTAPE

A l’arrivée à Nimègue, Théophano était bien fatiguée du voyage. Le choix de Nimègue n’avait sans doute pas été innocent, elle avait séjourné huit fois dans son palais confortable, dont une fois après la naissance du futur Otton III. Dans son douaire, elle se sentait maintenant chez elle. Après un peu de repos, encore attentive à ce qui se passait autour d'elle, elle prit le temps de vérifier l’état d’avancement des travaux de l’église Saint-Nicolas, qui étaient en bonne voie.

 

CONCILE DE SAINT-BASLE

Bientôt, arrivèrent les nouvelles concernant la préparation du concile "royal" de Saint-Basle, dont l’inauguration était prévue par Hugues Capet en personne, dans l’abbaye de Verzy. De nombreux prélats seront là, mais moins qu’espérés : deux archevêques, Séguin de Sens et Dacbert de Bourges, et onze évêques, Gui de Soissons, Adalhéron de Laon, Hervé de Beauvais, Gotesman d'Amiens, Ratbode de Noyon, Odon de Senlis, Gauthier d'Autun, Brunon de Langres, Milon de Mâcon, Arnoul d'Orléans, Herbert d'Auxerre, et un grand nombre d'abbés. L’évêque de Cambrai, dont le diocèse est situé en territoire germanique et qui, sur instruction de Théophano, devait prendre la défense d’Arnoul, était absent. L’impératrice, au dernier moment, confiera la tâche à l’évêque de Noyon, à qui elle remettra un ancien codex romain contenant toutes les ordonnances papales sur ce sujet traité.

 

MI - JUIN

Mais ce n’est déjà plus, depuis quelques jours, la principale préoccupation de la Cour, Théophano est à nouveau malade, très malade et très faible, usée par les voyages. Son entourage, particulièrement inquiet, est impuissant à arrêter l’évolution d’un mal dont "on ne connait pas exactement la nature, sans doute une affection pulmonaire, ou une maladie épidémique due aux conditions de climat calamiteuses" (Ollivier 1969, p.139)

Elle est toujours là, mais on ne trouve plus dans son regard l’attention qu’elle portait à tout ce qui se passait autour d’elle, ni son énergie habituelle ; seuls apparaissent le combat intérieur contre le mal et l'immense détresse d’avoir à abandonner son fils et laisser inachevés les projets qu’elle avait pour lui.

Rien n’arrive à égayer cette ambiance lourde, on apprend encore une disparition, celle du comte de Manegold de Saxe, un proche parent de l’impératrice Adélaïde, qui s’occupa d'ailleurs elle-même de le faire inhumer  à Quedlinburg. (RIi II, 3 n° 1035a)

 

LA DISPARITION

« Alors qu'elle avait rattaché les unes aux autres, comme par des entraves, toutes les parties de l'Empire soumis à son autorité, l'impératrice Théophano, parvenue au terme de sa bonne vie, chose affligeante à dire en raison de la douleur qu'on éprouve...... » : la dramatique nouvelle de sa mort tomba le 15 juin. Les officiers de cour et les courriers de la chancellerie ottonienne la diffusèrent immédiatement à travers l’Europe et jusqu’à Byzance  : l’impératrice Théophano s’en était allée, comme elle était venue, discrètement, dans les bras de son fils de onze ans. Elle avait à peine, elle-même, dépassé la trentaine. (Annales Quedlinburgenses MGH Ss. III, 68)

 

Déjà, l’actualité reprenait et suivait son cours, les conseillers et chanceliers, Willigis et Hildibald, qui vont devoir aider et conseiller le jeune empereur, font bloc pour le sortir de sa torpeur. En effet voici qu’arrive Adélaïde, dont la tristesse ne parvient pas à masquer une certaine satisfaction d’avoir perdu une rivale. Elle se verrait bien remplacer Théophano auprès de son petit-fils, mais, bienvenue au départ, cela ne fit qu’un temps, en effet, Otton III voulut rapidement prendre son indépendance. Entre temps, quoi qu’il en soit, en reprenant et en appliquant la politique de sa belle-fille, elle lui rendait involontairement un hommage posthume.   (Thietmar, liv. IV, chap. 15)

Théophano n’avait donc pu suivre le concile "royal" de Saint-Basle de Verzy qui s’était mis en place, les 17 et 18 juin. Il fut marqué par l'opposition entre le parti des évêques et celui des moines. Il mit surtout en lumière le problème de la légitimité du roi Hugues Capet.

Les actes authentiques ayant disparu, seul texte rendant compte de cet événement est celui établi par Gerbert, dont on constate l’orientation à son avantage. En effet, sans rentrer dans les détails, pour résumer les décisions, le 17 juin le concile destitue et fait emprisonner l'archevêque Arnoul de Reims, et lui substitue Gerbert d'Aurillac, à la grande colère du pape Grégoire V. (Geberti acta concilii remensis ad sanctum basolum, in MGH Ss III, p. 658-686 ; PL t. 139, Col 189 – 191 : Ollivier 1969, p. 138 et suiv. : Riché 1987, p. 126-140 ; Huth 1994, p. 123)

 

FIN JUIN

Après avoir été veillé par ses proches et reçu les hommages des délégations des différentes régions, conformément à ses dernières volontés, le corps de l'impératrice est amené de Nimègue à Cologne, où elle sera inhumée en l'église de Saint-Pantaléon, son église préférée, qui avait été la bénéficiaire de nombreuses donations de sa part.

La cérémonie en grande pompe, fut conduite par l’archevêque Everger de Cologne, en présence de la Cour, d’un vaste concours d'évêques et de représentants du Saint Empire, d'abbés et d'abbesses, de moines et de religieuses, de tout le clergé, auxquels, s'étaient joint les mebres de la Cour et le peuple en pleurs.

(Annales Quedlinburgenses, MGH Ss, III, 68 ; Thiemar, liv. 4, cap. 15 ; RIi II.3, n° 1035b)

Duché de Saxe, an mille. Allgemeiner Historischer Hand atlas, Prof. Gustav Droysen. W. Cliché  Lencer.

Château de Mansfeld (ruines). Vers 1860.  Wikiwand, Collection et photo Alexander Duncker

 

 

Gernrode, Saint-Cyriac © ML Preiss, Fondation allemande pour la protection des monuments, Bonn

 

Quedlinbourg, crypte ancienne église Saint-Servais.

 

 

Dagome ex. de la Bib. Municipale de Cambrai, Ms lat. 554, f. 121v. Copie XIIe siècle. Latin, caroline et gothique minuscule.. Copié et scanné par Guncelin. W.

 

Gravure 17è siècle représentant l'abbaye Saint-Basle de Verzy, in Monasticon Gallicanum, Dom Germain. BnF. W Commons. Cliché Philippes.

 

Concile de Saint-Basle, à gauche Gerbert d'Aurillac et Hugues Capet, en face Arnoul de France.

BL Royal 16 G VI Chroniques de France ou de St Denis, f. 258. XIVe siècle. W. Commons

Evangéliaire d’Everger. Bibliothèque de la cathédrale de Cologne :Hs. 143, fol. 3r/4v. Saints Pierre et Paul.

W. Cliché Azog

Sarcophage moderne de Théophano, Saint-Pantaléon.

Bildarchiv Monheim GmbH / Florian Monheim 


 

CONCLUSION    

Ici s’arrête le récit de la véritable épopée d’une princesse arméno-byzantine, dont la destinée était de venir en Occident

diriger le Saint Empire romain germanique. Après son beau-père et son mari, elle sut préserver l’héritage ottonien et

mettre en place les bases de ce qui sera un des principaux États dans l’Europe du Moyen Âge.

Elle avait apporté, de la Cour de Constantinople, un vent de jeunesse, de culture, de raffinement et de finesse dans

l’Empire ottonien qui en avait bien besoin. Il faudra près de 1000 ans pour que l’on apprécie les résultats des bienfaits

de sa diplomatie, à l'occasionde la célébration du millénaire de sa disparition.

(Anton von Euw et Peter Schreiner,  , t. I = 422 pages. t. II = 436 pages)

Ultime présent, elle laisse un jeune fils de onze ans, de culture "germano-byzantine", considéré comme"la merveille du monde", 

mais que la mort emportera, également prématurément, quelques années plus tard (2002),à la veille de son mariage 

avec une princesse byzantine, mettant ainsi fin à un grand projet d’union Orient-Occident.   

 

LUI RENDRE JUSTICE

Peut-on trouver mieux que ce texte écrit sur la jeune impératrice par Gustave Schlumberger :

"Je rappellerai seulement que cette femme éclairée gouverna virilement l'Empire au nom de son fils, et sut lui maintenir

le vaste héritage paternel, surtout cette union intime de la couronne d'Italie avec l'empire germanique, gloire particulière

de la maison de Saxe." ......... (Schlumberger 1896, p. 252, 254)

Donc, en cette circonstance extraordinaire avait existé une toute jeune impératrice, de race grecque (d'origine arménienne),

présidant aux destinées de cet empire d'Occident, objet de la part de celui d'Orient d'une haine et d'une envie si tenaces.

Elle le fit avec une parfaite sagesse dans les circonstances infiniment critiques de cette longue régence.

Jamais peut-être l'heure n'avait été plus solennelle pour la monarchie germanique attaquée de tous côtés à la fois.

Théophano, cette jeune femme élevée dans le bien-être, les fêtes et le luxe du Palais Sacré (à Constantinople),

se montra à la hauteur des circonstances. Elle sut se concilier la bienveillance de presque tous, grands et petits,

en Germanie comme en Italie.

Elle sut triompher des antipathies si vives, que nourrissaient les esprits occidentaux, si prompts aux préjugés

à l'endroit des Grecs, de sa religion, de toutes les calomnies adroitement répandues sur la prétendue légèreté

de ses mœurs,de ses coutumes, mal comprises des grossiers esprits teutons, sur la frivolité dont on l'accusait à tort.

Elle ne négligea aucun effort, aucun sacrifice pour poursuivre l'œuvre de son époux, pour assurer, sur des bases

inébranlables,la couronne paternelle à son fils unique.        (Ciggaar 2002, p. 49-63)

 

LA POLITIQUE EUROPÉENNE DE THÉOPHANO

Dès 983 les Danois, en guise de prélude au grand soulèvement des Slaves, s'étaient emparé des fortifications de la marche germanique et avaient obtenu leur indépendance. Théophano vint à bout de cette situation compliquée, non par des moyens militaires mais en tentant une politique plus diplomate envers la Scandinavie : elle soutint l'alliance entre le roi de Suède

Erich VI le Victorieux (ca 945-† 994/95) et son beau-père, le roi de Pologne Mieszko Ier (ca 935-† 992), qui firent soumission

à Otto III à la diète de Quedlinburg en 986.

Sa politique scandinave fut ainsi caractérisée par l’orientation privilégiant  ses activités missionnaires, commerciales et par

son alliance assurant la protection de ses alliés. Dans les trois chartes dites de Wildeshausen, qu’elle établit en mars 988

dans cette ville, en route vers Ingelheim, elle confirma la qualité d'archidiocèse missionnaire pour la Scandinavie pour celui 

de Brême-Hambourg et tenta de renforcer les liens avec les évêchés de Schleswig, Ripen, Aarhus et Odensee, ainsi que

la construction de l'abbaye de Reepsholt en Frise. (RIi II, 3 n° 999,1000,1101)

Envers l'Angleterre on ne possède guère de trace d'une politique de Théophano, ni de relations de l'Empire avec

le faible roi Aethelred II (976-1016)

Au nord-est Théophano avait réussi à rallier de nouveau le roi de Pologne Mieszko Ier à l'Empire, là encore sans intervention

militaire. Même chose pour la Bohême et son duc Boleslav II (967-999), bien qu'en 983 l'un et l'autre aient soutenu Henri II

le Querelleur. Le prince hongrois Geza (Geisha) (970-997), petit-fils du grand unificateur Arpad (ca 845 - † 904) et beau-frère

du roi de Pologne Mieszko, avait déjà   fait la paix en 973 avec Otton Ier le Grand à Quedlinburg, ouvrant ainsi son pays au christianisme, non sans accueillir également  la mission byzantine.

En outre Théophano sut déléguer des missions locales : pour la marche de Scandinavie à Liuthar von Walbeck, à Ekkehard Ier

pour la marche de Misnie et pour la Bavière au duc Henri II le Querelleur. La jeune impératrice avait bien compris qu'après 983,

une politique d'offensive guerrière  en Scandinavie ou au nord-est de l'Empire n'était, en raison du rapport des forces,

ni possible, ni souhaitable. On peut d'ailleurs se demander si elle n'avait pas déjà conçu, avant 989, une politique de plus vaste envergure pour l’Europe de  l'Est. 

Même en ce qui concerne l'Italie, où l'impératrice Adélaïde exerçait le pouvoir, au nom de son petit-fils, presque sans interruption depuis 985, c'est à partir d'août 988, lorsque Théophano décida la création d'une chancellerie propre à ce pays, en vue de la préparation d'une campagne militaire, que sa politique active devint visible. Lorsqu' en s'y rendant, à l'automne 989, sans armée,

pour assurer le pouvoir sans entraves de son fils dans la Rome aux mains des Crescentius, on perçoit une fois de plus son

habileté diplomatique et  celle de Notker l'évêque de Liège, agissant sur son ordre.

"C'est justement durant ce séjour de Théophano à Rome, de début décembre 989 à mars 990, mais surtout grâce à la fructueuse rencontre avec l'évêque Adalbert de Prague (955 - † 997), issu de la maison princière bohémienne des Slavnikides,

que la conception théophanienne d'un système d’État européen se mit en place."

(Extrait traduit de Gunther G. Wolf, Kaiserin Theophanu und Europa, in Colonia Romanica, VI, 1991 et rééd. Hannover, 2012,  p. 102 et suiv.)

 

SON HÉRITAGE RELIGIEUX

On l’a vu, si elle ne fut pas béatifiée comme les autres ottoniennes, on lui reconnait une grande piété et une attention particulière

à tout ce qui a pu amener à  développer le culte de la Vierge Marie en Germanie, en Italie, en particulier dans les abbayes

ou églises mariales deux lui furent particulièrement et exclusivement dédiées, celle de Memleben et celle des Bénédictins

construite, en 986, sur le Munzenberg, à Quedlinbourg.

On peut citer également le fait qu'elle ait confié l'éducation de deux de ses filles, Adélaïde et Sophie, à des abbayes dont elles deviendront par la suite abbesses. Elle donna également une impulsion particulière aux cultes des saints, comme pour les saints Pantaléon, Nicolas, Blaise, etc.   (Corbet 1996, p. 110-135).

Cela fut également matérialisé par les encouragements à une production importante d'ouvrages enluminés dans les monastères,

ou les fresques dans lesquels on reconnaît une influence byzantine naissante, qui arrivera également par l'Italie.                    (McKitterick 2002, p. 169-193)

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