ANNÉE 972 

 

Le premier voyage fut celui auquel elle avait participé pour venir à Rome et s'y marier, pendant l’hiver 971-972.

Il fut suivi, après les cérémonies de mariage et de couronnement, de celui avec Otton II et la Cour, à destination

de l’Italie du Nord et de la Germanie, pour sa présentation aux princes, ducs et leurs familles qui n’avaient

pas pu (ou voulu) se déplacer, et aux populations.

C’était, pour la jeune mariée de 12-13 ans, son premier voyage officiel et, commençant à connaître certains personnages et leur comportement elle était moins stressée. Elle percevait une certaine déférence envers

elle, ce qui la flattait malgré son jeune âge, mais également une certaine réserve auprès d’autres,

allant jusqu'à l'indifférence.

MAI

Une fois disparus les titres d’impératrice et d’empereur, ses relations avec Otton II furent celles de deux jeunes gens de 13 et 17 ans, au demeurant mariés. Otton, peut-être un peu fruste, mais ayant une certaine culture, fut vite aux petits soins envers cette adolescente qu’on lui avait "confiée". Une complicité à minima se créa rapidement, basée sur une gestuelle complice et un petit vocabulaire basique commun, qui ira en se développant.

Pourra-t-elle amadouer également son beau-père, Otton Ier, personnage important, un peu bourru et pour l’heure gêné par les relations tendues qui s'étaient révélées entre sa femme Adélaïde et sa toute jeune belle-fille?

Ainsi, les fêtes finies, tout ce beau monde prépara son départ. Les officiers d’intendance ont organisé le voyage avec les étapes, les palefreniers et les serviteurs s’affairent autour des chevaux et des véhicules plus ou moins légers, les dames et demoiselles de compagnie remplissent les malles, etc. Il ne faut pas oublier les nouveaux cadeaux reçus, de nouveaux vêtements qu’elle a choisis dans ce qu’on lui a proposé. On imagine le remue-ménage et l’excitation à leur comble ! Elle se vit affecter, comme demoiselle de compagnie, une jeune lombarde, Gabriella, de la région de Cervia qu’elle traversera en arrivant à Ravenne. Dès le départ leur curiosité mutuelle et le désir de mieux se connaître se fit jour.

 

DÉPART DE ROME

Ils quittèrent Rome début mai, sans doute précédés par Otton Ier et la cour, à destination de Ravenne, à environ 370 km, pour y arriver vers le 25 mai, à travers l’Ombrie, dont les Byzantins viennent de consentir l’allégeance à Otton Ier. Soit environ trois semaines, en prévoyant des étapes où ils resteront un ou deux jours, ne serait-ce que pour le repos des bêtes, les réparations du matériel roulant, le repos des voyageurs, soit retenus par une réception prolongée d'un banquet proposé par le notable, soit pour profiter également de l’occasion et avoir des contacts avec la population locale.

Le convoi sortit de Rome en traversant le mur d’Aurélien par la Porte San Sebastien Flaminia ou del Popolo, la plus belle des portes, à côté de l’emplacement de la future l’église Santa Maria del Popolo, pour s’engager sur la via Flaminia. Celle-ci traverse donc l’Ombrie, voie naturelle entre le Sud et le Nord de l’Italie, avec deux cols à travers les Apennins. Elle devait être en bon état car elle l’est encore aujourd’hui dans certaines portions.

- Morlupo est une première étape de rassemblement prévue à 20km. Une certaine insouciance et de la gaieté prévalaient pour ce premier voyage, que nous détaillerons plus que les suivants. La photo ci-contre montre ce village semi-fortifié sur son promontoire, comme beaucoup de villages. Le gros de la troupe doit rester dans la vallée et préparer son campement, tandis que des habitations sont réservées aux personnages d’un certain rang.

- Civita Castellana, l'ancienne Massa Castellanaia, l’étape suivante, c'est également une butte habitée à l’époque, à qui le pape Grégoire V n’accordera le titre de Civita Castellana qu’en 999. Étape sans grand confort !

Le lendemain, à Borghetto, on passe le Tibre (Tevere) sur un "beau pont romain", le pont Auguste dont il ne reste qu’un des piliers. Le nouveau pont Felice, ne sera, lui, construit qu’au XVIe siècle par le pape Sixte V. (Reichard 1793, p. 387)

- Otrocoli,également sur une colline, qui devait être un centre important à son apogée sous les Romains, étant donné les ruines d’un amphithéâtre et les magnifiques thermes qui voyaient accourir les Romains en été. Théophano a-t-elle eu le temps de prendre un de ses fameux bains auxquels elle tient tant, en y entraînant Otton? Non, les bains ne sont plus chose courante ici et le convoi remonte sans s’arrêter.

- Narni bénéficie d'un pont (d’Auguste) sur la Nera, très important à son époque, dont il ne reste qu’une arche qui donne une idée de sa dimension. Ses trente mètres de haut surprirent Théophano qui n’avait pas encore vu de si grand pont. De quoi lui donner le vertige !! Bergier nous dit qu'au XVIIe siècle les piles et arcades dudit pont restaient les plus hautes que l’on puisse voir dans le reste de la terre ! ( Bergier 1622, p. 690) Une peinture du XVIIIe siècle nous donne un image bucolique, mais montre également  de puissants restes !

Avec sa très vieille forteresse romaine, explique-t-on à l’impératrice il devait offrir un hébergement d’étape relatif et on peut se poser la question de savoir s’ils s'y sont arrêtés. Les souverains préféraient, quand les structures d’accueil le permettaient, stationner hors les murs, pour des questions de sécurité. L’abbaye Saint-Cassien venait juste d’être terminée, elle devait être plus accueillante avec ses nouvelles installations.

Théophano apprit que c’était la ville natale du pape Jean XIII qui venait de la marier.

Un peu plus loin, encore un autre pont ! Théophano, pour qui ces monuments n’étaient pas familiers, est à chaque fois surprise. Ils marqueront bien souvent sa vie itinérante.

 

COMMENT PASSER LE TEMPS

Mais la jeunesse reprend ses droits, la moyenne d’âge devait être basse dans le convoi, on essaie de se comprendre, on s’émerveille, on sort des jeux pour passer un peu de temps. Justement avant qu’ils ne partent de Constantinople, Théophano et ses compagnons de voyage ont appris un nouveau jeu, qu’ils ont du mal à comprendre, composé d’un plateau aux carreaux de couleurs contrastées, sur lesquels évoluent des pièces figuratives, aux règles un peu compliquées, car non encore bien fixées.

Il s’agit du "šatranj", l’ancêtre de nos jeux d’échecs.(Bourgeois 2012, p.14-19). Véhiculé des Indes à travers l’Asie Mineure par les Arméniens, les Grecs et les Arabes qui en seraient très amateurs, il serait arrivé à Constantinople depuis peu par la Route de la soie, et sans que nous puissions en avoir confirmation, en Europe par des marchands ainsi que par Gerbert d’Aurillac qui en aurait pris connaissance lors de son séjour en Catalogne à la fin des années 960. (Lamb 1765, p. 5 et suiv.)

Demain nous passons en Ombrie, il faut se préparer à une route difficile et un petit col, avec une étape longue jusqu’à Spolète, toujours par la via Flaminia.

- Terni, (l’Inreramna Nahartium des Romains) fut par sa position stratégique l’objet des convoitises de nombreux envahisseurs. À l’occasion de la célébration de son mariage avec Adélaïde par Jean XII, en 962, Otton Ier reconnaîtra la ville, avec celles de Narni, Rieti…, comme propriété des États Pontificaux. (Morini 1855, t. 74, p. 115 et suiv.).

Elle avait été entourée par les Romains d’une muraille de plusieurs kilomètres avec une trentaine de tours et quatre portes pour la desservir. Un amphithéâtre de la même époque pouvait contenir jusqu’à 10 000 personnes. Voilà qui ne dut pas dépayser Théophano, si elle le compare à celui de Constantinople. L’étape devrait plutôt se faire ici, en attendant d’attaquer le passage difficile jusqu’à Spolète.

Et pourquoi ne pas imaginer une pause de 24h, le temps à Otton II d’emmener sa jeune impératrice aux plus grandes chutes des Apennins, à la cascade de Marmore, dans les environs de Terni ? On en profite également pour sortir les jeux de "tric-trac" plus connus, l’ancêtre de notre backgammon. Beaucoup plus répandu jusqu’en Occident : il y aura de nombreux joueurs dans la caravane. (Bourgeois 2012, p. 20-22).

 

LES APENNINS

On choisira ensuite pour passer les Apennins, le nouveau tronçon de voie moins accidenté, mais sur lequel commencent quand même les premières difficultés de moyenne montagne, avec des sommets entre 1000m et 1300m, et entre eux un col à 650m, que les bêtes ont du mal à passer. Les chariots trainés par les bœufs semblent faire du surplace. La jeune Théophano qui ne connaissait pas les montagnes, légèrement oppressée,  en a plein les yeux, et les commentaires fusent dans le groupe byzantin !

Entre-temps, l’instinct de la chasse se manifeste chez certains des hommes d’armes ou des nobles personnages de l'escorte, il faut bien passer le temps, et on pourra demain manger du sanglier, des biches ou autres petits gibiers des forêts traversées, mais gare aux loups présents dans la région. Pendant le Moyen Âge, il faut se rappeler que ce sont surtout les bellatores qui mangeaient de la viande rôtie. Les viandes bouillies, les fruits, les céréales et les légumes étaient réservés aux laboratores. Régime qui de toute manière n’était pas forcement du goût de la jeune Théophano, habituée aux poissons du Bosphore!

Sur sa droite elle admira cette magnifique forêt de Monteluco, déjà protégée depuis quelques centaines d’années, des excès de la chasse et du déboisement. Après ce parcours difficile, on redescend assez vite dans la plaine parmi les oliviers et les vignes déjà présents au temps des Étrusques, c’est-à-dire depuis plus de mille ans. Spolète est en vue.

- Spolète est la capitale du duché du même nom, perchée sur une colline comme de nombreuses villes ombriennes. Elle changea souvent de main, mais les Byzantins en furent chassés définitivement au VIIIe siècle. La jeune fille put toutefois y voir avec émotion de "vieilles pierres byzantines". Par ailleurs la population, prévenue, était quelque peu présente sur le bord de la route, au moins par curiosité, pour voir cette très jeune impératrice "grecque" inconnue, mais surtout descendante des ancêtres byzantins de leur famille.

Le château sur l’illustration ci-contre date du XIVe siècle. On voit la situation de la ville, sur une colline. La magnifique cathédrale ne sera construite qu’au XIe siècle, après le passage de Théophano, mais sur le site d'une église plus petite !

- Trévi : est-ce qu’à son passage un de ses accompagnateurs pensera à lui dire que l’évêque saint Emiliano, martyrisé au IIIe siècle et vénéré ici était d’origine arménienne ? Cela s’était passé au bord de la rivière Clitunno proche, dont les eaux d’une grande pureté étaient réservées à l’élevage des bœufs sacrifiés lors des défilés de triomphe à Rome ! Au pied du temple dédié à Jupiter, un olivier bientôt presque millénaire témoigne de son martyre, il est toujours là ! Et depuis des temps immémoriaux, la région est la capitale de l’huile d’olive, ce que Théophano appréciera certainement. (Tchouhadjian 2011, p.152-161)

Suivit une pause pendant laquelle Otton II et Théophano, après Otton Ier, furent reçus par le duc, qui n’était autre que Pandolf Ier Tête de Fer (Pandolfo Testaferrata ou Capodiferro), duc de Spolète depuis 967, dans une atmosphère de fête. Le soir, les danses, les jeux, les jongleurs se suivent tard dans la nuit, devant des tables bien garnies de plats nouveaux pour elle et qu'elle put déguster.

- Foligno sépare l'ancienne et la nouvelle via  (Forum Flamini). Important carrefour routier, elle scucita convoitise des Romains, des Lombards, des Francs, et les Hongrois y avaient fait une incursion en 924, soit à peine une quarantaine d’années auparavant.

Par Nocera Umbria (Nuceria Camellaria), on profite du beau temps pour faire étape en installant un campement léger à Fossato di Vito la route de plaine permet d’accélérer et, en continuant on laisse Gubbio et son monastère à sa gauche. La route est moins fatigante, l’atmosphère se détend, les allées et venues se multiplient dans la colonne. Otton II veille au grain …..et sur son épouse !

- Scheggia est une étape après une petite journée. Justement, en passant près de Gubbio, qu’elle aura l’occasion de voir plus tard, elle put déguster la Vera Crescia de Gubbio, réalisée simplement avec de l'eau, de la farine et de la levure, cuite au feu de bois sur des plaques circulaires forgées, qui en lui donnant son aspect. Sorte de galette plus ou moins garnie de légumes ou de viande séchée locale. C’est le plat  "régional". La caravane avait été annoncée, et de bons Crescia de Gubbio attendaient les voyageurs sur le bord de la route.

Nous sommes dans le "couloir byzantin" qui allait de Rome à Ravenne, et l’on trouve, après celles des Romains et les Lombards, de grandes habitations permettant d’héberger la petite troupe. Ainsi, après une étape à Cagli (Cales) et à Fossombrone (Forum Sempronii), nous voilà enfin sur la côte Adriatique, à Fano (Fanum Fortunae). La mer tant attendue et l’air marin sont très appréciés par les voyageurs, après une étape plus longue que d'habitude.

 

L'ADRIATIQUE

- Fano fut jusqu’à la fin du VIIIe siècle une des villes du duché de la Pentapolis*, des cinq villes, avec Ancône, Serigallia, Pesaro et Rimini. L’ensemble sous l’autorité du duché de Spolète.

On profite de cette halte, qui est le début d’un voyage dans une région plus chaude, nous sommes bientôt en été, pour ouvrir des malles, sortir enfin des soieries plus légères, l’ambiance est aux chiffons ! Mais toujours pas question de bain !

La via Popilla a été renforcée après les inondations des VIe et VIIIe siècles, par la via Littorale, elle conduira toute cette troupe de Pesaro et Rimini à Ravenne.

- Rimini, après Pesaro, accueille  Théophano  par l’Arc d’Auguste toujours en bon état,. Elle se rappelle les retours  à Constantinople des généraux byzantins vainqueurs passant sous les arcs de triomphe. Un petit regard mélancolique, échangé au passage, avec Chouchane et Anastasia !

L’ancienne ville est fondée par les Romains, sur le passage des différentes invasions. Elle possède encore (en l’an mille) de nombreux bâtiments et monuments romains, dont l’amphithéâtre de près de 12 000 places.

Elle avait fait partie des territoires accordés par Pépin le Bref aux États Pontificaux, lors de la signature de la "Donation de Pépin"* en 754, mais la présence byzantine est encore visible.

La sortie se fait en passant sous l’arc de Tibère, puis en franchissant la Marecchia (Ariminius) qui donna son nom à la ville de Rimini, par le pont de Tibère, bâti sur le même principe que tous les ponts romains, puis la rivière Rubicon.

On se réfère au passage à l’épisode historique durant lequel Jules César, en 49 avant J.-C., viola l’interdiction qui lui était faite par le Sénat de franchir la rivière Rubicon avec ses armées, et de se diriger vers Rome. En effet il espérait y conquérir le pouvoir, prenant en cela un gros risque. Il aurait d’ailleurs à cette occasion prononcé la phrase : alea jacta est (le sort en est jeté), c’est-à-dire qu’il avait pris tous les risques pour aller prendre Rome.

- Cervia est l’ancienne Ficocle grecque, Théophano y découvre, avec Gabriella qui en est originaire, ces salines* datant de plus de 2000 ans. La ville accueille sans doute la troupe pour une dernière étape. La mer et bien là, tentante, mais cela n’a pas l’air d’intéresser beaucoup de monde. Elle a entendu parler du commerce du sel qu’entretient son pays avec Comacchio, la rivale de Venise, avec ses salines au-dessus de Ravenne (Van Werveke 1925, p. 136-141).

En fait, même si la route s’annonçait toute droite, sans relief, elle fut pénible car elle traversait une zone marécageuse, bordée de roseaux que l’on assouplit dans l’eau stagnante, ce qui était une nouveauté pour Théophano, mais pas les moustiques, déjà à l’œuvre. Une volée de flamands roses s’envole, elle n’avait jamais quelque chose d’aussi beau !!

La malaria est connue depuis plus de 1000 ans dans la région, et sa suivante, et Gabriella lui conseille de se couvrir pour éviter les piqures en traversant ces zones marécageuses. (Malaria 2004, p. 4 et suiv qui cite : Vitruvius, De architectura, I.4.11–12 ; Strabo, Geographia, V.1.7.213C).

Elle en avait en effet entendu parler en arrivant en Italie et à Rome, et si elle connaît la maladie on ne sait pas encore très bien l’identifier à Constantinople et surtout la soigner.

La colonne avance toujours de son rythme monotone sur cette route droite, mal odorante à cause des roseaux que l’on fait pourrir pour les assouplir. Sa suivante Gabriella, originaire de Rimini, lui explique que parmi eux on trouve la "canne à sucre de Ravenne" ou cannanelle. (Dictionnaire raisonné..1791, p, 115). Si elle arrive à manger du riz, elle n’en voit pas la culture dans ces zones où il s’implantera dans quelques années seulement.

En attendant, c’est le moment de sortir un autre jeu, plus connu celui-là : le Tric-Trac si la présentation des plateaux diffère, le principe est le même et les francs n’ont aucune difficulté à lancer des défis aux Byzantins ! Ce ne sont que rires et disputes, il faut en profiter, on arrive.  (Bourgeois 2012, p. 20-22).

 

22 MAI

- Ravenne* avait été l'ancien siège de l'Exarchat byzantin en Italie. Il y avait trois semaines que les voyageurs avaient quitté Rome ! Au passage, le premier monument qui surprend la jeune fille par la beauté de sa simplicité est la basilique Saint-Apollinaire in Classe, chef- d’œuvre du VIe siècle, dédiée au premier évêque de la ville. Civitas Classis était l’ancien port antique et romain de Ravenne. La jeune Théophano assiste aux travaux pour l’adjonction du campanile cylindrique que nous voyons actuellement. Eut-elle le temps d’y pénétrer pour admirer les magnifiques mosaïques d’influence byzantine? Oui, elle aura l’occasion de le faire pendant son séjour qui devrait durer près d’un mois ici.

De nombreux monuments construits sous les Romains puis par les Lombards étaient présents encore comme "neufs". Vous en trouverez la liste en Annexe-Textes. Certains y ont laissé des traces bien visibles comme le mausolée de Galla Placidia (dernière impératrice de l’Occident au Ve siècle), avec ses mosaïques de style byzantin ou celui du roi Goth Théodoric (VIe siècle). Ils sont parmi les huit sites de Ravenne inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1996.

Otton Ier a plusieurs fois siégé à Ravenne, considérant la ville comme Sedes regiae* ou le regia urb, quand il était en Italie. Son fils, Otton II, y fut présent plusieurs fois, d’après les diplômes que l’on possède, en 968, 970, 980, 981 et 983, et Théophano seule en avril 990.

Les souverains en profitaient donc pour répondre aux doléances ou demandes des responsables civils ou religieux que l’on trouve dans les diplômes permettent ainsi de suivre leurs déplacements.

Pour Ravenne, les droits des papes sur le territoire de l’ancien exarchat qui devaient justement être confirmés, lors de leur passage, par Otton Ier et Otton II. Ce fut fait le 25 mai, par un Praeceptum* remis à Jean XIII, y compris pour le monastère de Saint-Apollinaire in Classe. (MGH DDO I, 1884, Vol. I, pars I, p. 558-559, n° 410 ; Imperiituro 2014, p. 170,171)

C’est dire l’importance de cette visite qui mit la nouvelle impératrice de suite au fait de la puissance et de l’influence des Ottoniens, sa nouvelle famille face à ses difficultés. Mais tout cela ne doit pas nous faire oublier les possibilités d’hébergement qu’ont retenues les officiers d’intendance. Comme le palais de Théodoric, encore en bon état bien que du VIe siècle. D’autres sont logés à l’abbaye Saint-Apollinaire in Classe dans les bâtiments vus au passage.

Théophano et ses suivantes, guidées par un des spécialistes byzantins en mosaïque de sa suite, firent une visite prolongée de Saint-Vitale avec ses mosaïques datant d'à peine quelques siècles, du VIe siècle, durant la période faste de l'exarchat.

 

Le temps passe en visites protocolaires, en présentation, un moyen pour les empereurs d’affirmer leur pouvoir. Puis viennent les jeux, les visites des monuments byzantins, les réceptions, etc.. Otton Ier profite de quelques temps libres pour faire part aux jeunes mariés de ses projets à long terme.

Ce premier voyage du jeune empereur et son "impératrice" est presque leur voyage de noces ! Vous y avez trouvé une certaine atmosphère détendue. Les prochains, plus consacrés à leur devoirs et leur obligations, ne seront pas toujours ainsi, certains se terminant même dramatiquement. Nous les présenterons plus résumés.

 

JUILLET

Mais déjà il faut penser aux visites à venir ; la prochaine destination est Milan, environ 300km, à travers la Lombardie. Sans avoir de références précises, il nous a été difficile d’établir un trajet hypothétique, seul l’intérêt particulier pour passer dans telle ou telle ville va nous guider. Intérêt politique, économique ou tout simplement logistique.

L’itinéraire le plus probable nous paraît avoir été, au départ de Ravenne, Ferrare, Vérone, Brescia, Bergame et enfin Milan compte tenu de nos deux repères cités. Un déplacement fluvial partiel est possible dans cette région mais le transbordement serait un peu complexe pour cette caravane. Théophano quitte une région où elle se sentait un peu chez elle, elle entre maintenant en Lombardie, aux villes encore très marquées par l’origine lombarde de ses habitants. La vallée du Pô a un climat humide et chaud. L’accueil y est différent, les Ottons sont là en tant que conquérants, même si lur prédécesseur, Bérenger II, n’a pas laissé que de bons souvenirs.

- Argenta la première étape supposée :  même si, la ville se trouvant à une quarantaine de km de Ravenne, il faut accélérer l’allure. La route est plus régulière, les cavaliers y seront les premiers, les véhicules arriveront plus tard.

- Ferrare, qui permettra  à tout le monde de se regrouper, est intéressante car nous sommes en famille: en effet, elle faisait partie de l’exarchat (byzantin) de Ravenne jusqu’en 751, mais fut confiée récemment à un neveu d’Otton Ier, Tedaldo, comte de Modène et de Canossa.

- Villefranca de Vérone, située au sud  de la ville de Vérone même, dont ils ne verront pas cette fois les magnifiques arènes romaines, non plus que l’histoire des "Amants de Vérone", dont le drame n’est pas encore popularisé. Mais ils reviendront.

Si nous avons rencontré Théodoric à Ravenne, il déjà avait fait de Vérone sa capitale. Curieusement, pendant la Diète d’Empire en 983, Otton II l'allouera par une donation à Willigis, l'archevêque de Mayence : c’est la "Donation de Vérone".

Nous sommes sur le grand axe routier, accessible quelle que soit la période, Est-Ouest, c’est-à-dire Aquiléa (Frioul-Vénétie) - Gênes (Ligurie).

- Brescia est la première grande ville, où l’on est attendu pour le 11 juillet. Le passage ici est obligatoire, car cette ville est la plus importante de Lombardie après Milan. À partir de là d’ailleurs le groupe se trouve dans une région où les Lombards ont laissé de nombreuses constructions. Plus tard, on distinguera cette architecture lombarde particulière.

La ville était dirigée jusque-là par un prince évêque plus ou moins turbulent, Adalbert d’Ivrée, qui venait de décéder il y a tout juste un an, et le vieil empereur voulait marquer son pouvoir par sa présence. Un diplôme de 970 avait confirmé des donations à Gilbert comte de Bergame, il s’agissait également de le confirmer par un autre, lors du séjour de la Cour, avec des droits de vote. (MGH, DO I, 1884, Vol. I, pars I, p. 272, n° 601 ; MGH. D. O. II, S. 32 f, no. 23. ; Poupardin 1907, t. 68 p. 315-319)

Par ailleurs la ville possède également encore de nombreux vestiges de la gloire passée des Romains, avant l’arrivée des Lombards; ils aiguiseront la curiosité de Théophano et de son entourage, en dehors des visites protocolaires indispensables, auxquelles elle est maintenant habituée.

D’autant que la ville est suffragante de Milan, où l’on devait se rendre ensuite.

En effet, départ vers les 20-22 juillet à destination de Milan, parcours en deux étapes, où l’empereur est attendu pour le 25 juillet. La route continue par Bergame, qui représente un petit détour, mais il y a deux ans Otton Ier avait concédé des territoires au duc de Bergame qui doit lui en être redevable et la réception dut être chaleureuse en conséquence.         (Poupardin 1907, t. 68. p. 315-319).

Milan est relativement proche, à une centaine de km, et le départ aura lieu vers le 20 juillet, par la via Emilia.

- Milan, dont le nom de cette ville lombarde un temps, doit évoquer quelque chose à la jeune impératrice : l’Édit de Milan ou de Tolérance de 314 de Constantin le Grand, l’illustre fondateur de Constantinople, qui reconnaissait le libre exercice de la religion chrétienne. En fait un rescrit qu’il aura du mal à faire appliquer de suite compte tenu de l’opposition de son homologue, mais rival, pour l’Asie Mineure, Lucinius.

Mais surtout Milan est une ville d’histoire religieuse et d'Art, ses ivoires sont aussi réputés que ceux de Constantinople et Théphano a hâte de les voir avec les artistes de sa suite.

Parmi tous ces monuments, la basilique de San Ambrogio (saint Ambroise) impressionne Théophano, elle est en mauvais état et doit être restaurée, mais quand ? En fait elle ne le sera qu’au XIIe siècle ! Elle visite un atelier de sculpture d’ivoire et y remarque des réalisations qu’elle aurait pu trouver à Constantinople ! Et pour cause, certains artistes en viennent !

Milan est pour l’heure une ville centrale de la région. elle a pris son indépendance par rapport à Pavie et réussi à se remettre des destructions des différents envahisseurs.

C’est dire si Otton Ier ramène Otton II et sa jeune mariée aux réalités du pouvoir :ainsi un litige avec la ville de Bergame, qu’il fallait régler le 30 juillet. (MGH DDO I , p. 568, n° 416),

Le croquis ci-contre de la basilique San Giovanni de Conca donne une vue de ce que pouvait être un tel monument avec ses adaptations d’hébergement.

 

AOUT

- Pavie que le couple atteint après un petit aller–retour le Ier août, à 45km par la via Emilia. On ne saurait négliger, passant si près, cette ville à l’origine de l’histoire ottonienne en Italie. En effet, Pavie, l’ancienne Ticinum, est déjà une ville-capitale et les Ottoniens aimaient bien y passer quelques jours, elle fut la seconde Rome et la plus importante ville lombarde. On raconte à Théophano la triste histoire de Louis III, dit l'Aveugle, qui y fut couronné empereur, mais combattu, emprisonné et supplicié par Bérenger Ier en 908.

Nos voyageurs y bénéficient de bâtiments relativement confortable, pour leur court séjour, comme la basilique San Michele Maggiore ou la basilique San Pietro in Ciel d'Oro (Saint-Pierre-au-Ciel-d'or), fondées au début du VIe siècle. De plus cette dernière abrite le tombeau de saint Augustin (+430), un des pères de l’Église, ainsi que les restes du roi lombard Liutprand (†744).

Mais ce n’est qu’une petite étape et l’on n’a pas le temps de se reposer, il faut continuer le voyage de présentation vers la Germanie.

 

À TRAVERS LES TERRITOIRES HELVÈTES

- Les cols

Le retour en Germanie supposait le passage de cols des Alpes et de la Suisse. En accordant de larges privilèges à l'évêque de Coire (Chur, Suisse) et au couvent d'Einsiedeln (Suisse), qu'il avait fondé en 934, Otton Ier s'était assuré le contrôle de ces cols des Grisons, importants pour faciliter les accès à sa politique italienne. L'abbaye de Saint-Gall, qu'il va visiter avec sa famille, bénéficia également de son soutien. Deux chemins se présentaient en revenant et en contournant Milan, vers le lac de Lugano et Bellinzolla (Berinzona) : soit par le col de San Bernardino (Alpes de l'Adula), à 2188m, soit plus à gauche par le col de Lukmanier (Lucomagno) à 1900m, mais avec quelques dizaines de km de plus par rapport aux 225km du col de San Bernardino.

Nous sommes au mois d’août, il semble que c’est la route la plus courte qui a été choisie, les voyageurs étant moins difficiles que nous sur leur état, et  même si le col à franchir est plus haut, c’est  le col San Bernardino qui est retenu, réputé franchissable jusqu’à fin septembre!

La route du Mons Avium, le "Mont des Oiseaux" (San Bernardino au XVe siècle), venant des Alpes du Tessin, mène à Coire (Chur) à l’arrière de la vallée du Rhin, jusqu’aux lacs de montagnes et aux forêts de pins qui caractérisent le paysage sur le col à plus de 2000 mètres. Les chevaux et les chariots peinent.

Les conditions du voyage ont complétement changé : même encore imperceptiblement, les jours diminuent, les routes deviennent plus accidentées, il commence à faire plus froid après les orages qui se déclenchent en montagne à cette saison.

Une autre difficulté attend nos voyageurs, une route particulièrement difficile avec passage des gorges d’un bras du Rhin d’une profondeur de 300 m, la Via Mala, qui porte bien son nom, "la voie funeste". C’est la ligne de partage nord/sud des eaux européennes et la frontière entre les langues allemande et italienne.

Les Otton arrivent bientôt au duché de Souabe, ils seront chez eux.

 

- Coire (Chur), au bout de cette route, est la capitale du Canton des Grisons, la ville la plus ancienne de Suisse actuelle ; on parle du diocèse au VIe siècle. Occupant un point stratégique, elle fut envahie de nombreuses fois et la dernière par les Sarrasins en 954 ! Otton Ier et ses successeurs la surveilleront de près. L’évêque actuel, Hartpert a été nommé par l’empereur en 958, avec de nombreux privilèges pour la ville. C’est dire que l’accueil fut chaleureux envers la jeune impératrice, en qui l’évêque reconnaissait déjà semble-t-il un certain caractère.

La datation des diplômes (14 août) qui vont suivre suppose que la Cour est arrivée à Saint-Gall, où elle logera les 12 ou 13 août. C’est dire que la route en grande partie à cheval, ne fut pas une partie de plaisir. Elle devait être bonne cavalière, notre jeune impératrice, pour suivre la troupe qui chevauchera deux semaines, sur près de 350km, soit 25km par jour en moyenne !! Les chariots suivent avec les bagages, impossible d’avancer de concert sur ces routes. Dépaysement total pour la jeune Théophano et surtout après l’émerveillement des lacs italiens, les magnifiques montagnes suisses aux sommets bien enneigés, un peu oppressants pour qui n’a pas l’habitude.

- Saint Gall où la présence de la Cour est attestée le 14 août par un diplôme, confirmant les titres de propriété à l’abbaye de Einsiedeln ainsi que son immunité (MGH, DO II, p. 33, n° 24) et exonérant les moines de l’abbaye des droits de douanes exigés par Zurich, par un diplôme du 17 août (MGH DO II, p. 34,  n°25) et le 18 furent confirmeés l’immunité et le droit de vote de l’abbaye de Saint-Gall. (MGH DO II, p. 35-36, n° 26).

L'abbaye se relève petit à petit des dernières invasions hongroises de 927 et de l'incendie de 937. Otton Ier fut très présent pour la reconstitution de leur scriptorium et de leur bibliothèque par l'abbé Notker (971-975), aidé par des savants, mais on n’est pas sûr que l’abbaye ait pu avoir été achevée dans sa totalité.

 

AOUT

- Reichenau, où l'arrivée est prévue le 17 août  par Lindau au bord du lac de Constance, ne sera qu'une courte étape. D’autant que le vieil empereur, fatigué de sa vaine et longue aventure de cinq ans en Italie, est content de retourner en sa Germanie, même s’il y a deux importantes réunions en perspective. Ils y furent reçus par l'abbé Alawich qui essayait de remettre de l'ordre dans l'abbaye.

L’abbaye de Reichenau fut bâtie au VIIIe siècle sur une petite île d’une "vaste nappe d’eau" que forme le Rhin en sortant du lac de Constance. C’est un îlot fertile, "reiche-aue", d’où sans doute son nom, qui avait déjà une longue réputation de scriptorium et une bibliothèque prestigieuse pour l’époque. On parle de quatre cents ouvrages. En dehors d’un morceau de la Sainte Croix, elle possédait des reliques de différents saints, dont celles de saint Blaise de Sébaste (Arménie Mineure), du IVe siècle. Théophano se souvint sans doute que ce saint avait déjà une église qui lui était dédiée à Constantinople. (Tchouhadjian 2004, p. 101-102).

L’église romane Saint-Georges lui était adossée.(Leclercq in DACL , t. XIV, col. 2197-2214).

Mais encore une fois, on ne peut s’attarder si l’empereur veut arriver vers le 10 ou 12 septembre à Ingelheim, pour suivre les préparatifs du synode qui va s’y tenir. Il fallait contacter les participants, calmer les opposants, revigorer les partisans (un peu tièdes) des Ottoniens, pour avoir un bon synode, c’est-à-dire qui lui soit favorable.

 

SEPTEMBRE

Vers la Germanie

Théophano ne le sait pas encore, mais Ingelheim sera une de ses destinations préférées. Depuis Charlemagne, la ville était une des plus importantes de l’Empire et de grandes assemblées s’y tenaient. La route sera longue entre Reichenau et Ingelheim, environ 380km, mais relativement toujours fréquentée et en bon état.

À partir de maintenant, les conditions de voyage ayant été développées, nous allons nous arrêter seulement aux principales villes et événements qui leur sont attachés. Nous pouvons retenir seize à dix-huit étapes, ce qui nous permet de parcourir une distance d’une vingtaine de km par jour et d’arriver en temps utile.

Ainsi à Schaffhouse (Suisse actuelle), pour l’instant un petit bourg aux abords des chutes du Rhin, de même qu'à Donaueschingen en Souabe, à l'origine du Danube, dont les notables travaillent sur des projets de développement.

Au passage, un des participants parle à Théophano du monastère de Sankt Blasien, qui vient d’être fondé grâce en partie à des reliques de ce saint, saint Blaise de Sébaste, dont on lui a déjà parlé à Reichenau. (Tchouhadjian 2004, p. 99-101).

Suivent les étapes à Schwenningen, à la source de la rivière Neckar, Rottweill. Stuttgart étant encore un petit bourg, on s’arrête à Esselingen :  en 777, la ville est mentionnée pour la première fois quand l'abbé Fulrad de Saint-Denis lègue la Cella nomine Ezelinga à la cathédrale de Saint-Denis (93-France).  W.

Puis, on passe Leonberg, Pforzheim, Ettlingen à qui Otton Ier avait accordé, lors d’un passage en 965, le droit d’avoir sa foire avec ses bénéfices et Bruchsal, dont la première mention dans les documents officiels remonte à 976. En octobre 980, Otton II et sa Cour resteront au palais du roi pendant plusieurs jours.  Nous ne sommes pas loin de Selz et la tentation est grande pour Adélaïde d’aller voir ses sujets ! L’accueil fut modeste à Heidelberg, qui ne fut longtemps qu’un petit bourg.

- Worms par contre, ancien palatinat de Charlemagne, est une ville déjà chargée d’histoire. Théophano y reviendra dans des conditions plus dramatiques. Elle est déjà considérée comme une très ancienne ville.

- Ingelheim est bientôt en vue, mais il faut savoir qu’à peine l'empereur avait franchi les Alpes, des turbulences avaient fait jour au Vatican. En effet, le 6 septembre était décédé le pape Jean XIII de la famille Crescenzi, protégé de l’empereur. Le parti nationaliste mit en avant un certain Franco, mais le parti impérial poussa le vieux cardinal-diacre Benoît (le même que celui qui a présidé au dépôt de Jean XII) qui fut élu pape Benoît VI. Sa consécration devra attendre jusqu'au 19 Janvier 973 compte-tenu des délais du voyage du messager d’Otton Ier. Le choix déplut à la famille Crescenzi, proches de l'ancien pape, qui détenaient le pouvoir à Rome.

C'est durant le synode qui eut lieu le 17 septembre qu'Otton Ier, entre autres décisions, répartit les diocèses disponibles. Une occasion pour Théophano de prendre connaissance de la politique religieuse des Otton. À travers les âpres discussions elle assista par exemple, avec son mari aux négociations sur le transfert de la charge épiscopale d’Ulrich d’Augsbourg à son neveu Adelbert et aux incidents qui s’en suivirent (Héfélé  1911, liv. XXVIII, p. 832) ainsi qu'au règlement du conflit entre l’abbé de Corvey et l’abbesse de Herford, redevables de dîmes envers l’évêque d’Osnabrück! (Rii, II, 1,  p. 274 ou MGH IV, p. 407 et 408 et MGH DD OI p. 574, n° 421).

Cela prit quelques jours et l’empereur Otton Ier, fatigué, sonna bientôt le départ pour Francfort. La photo (récente) d’une route près d’Ingelheim est là pour nous rappeler que nous sommes quand même en hiver.

 

OCTOBRE

- Nierstein, Otton Ier, un peu soulagé, qui a prévu de finir l’année à Francfort, décide de prendre le temps et de visiter le territoire du douaire d’Adélaïde. Cela suppose que l’on se détourne de la voie directe qui nous emmenait à Francfort, comme d’ailleurs pour aller à Trebur (Trebur). Il se trouve que les deux villes sont de chaque côté du Rhin, sans pont pour le traverser qu’importe, on fera les détours.

L’internaute remarquera au passage, sur la carte ci-contre représentant la Germanie au XIe siècle, qu’il n’est pas fait de distinction pour l’instant entre ce que nous considérons aujourd’hui comme des grandes villes, Stuttgart, Francfort, et des villes impériales comme Ingelheim, Trebur, Worms, etc. Seule  Mayence qui devait occuper une place prépondérante dans le dispositif ottonien avec l’arrivée de Willigis, est indiquée comme importante.

 

À commencer par Neirstein, où la présence de la Cour est signalée au 18 octobre par un diplôme accordant des biens à l’évêque Pilgrim. (RIi II, 2, n° 650 ; MGH DD OI, p. 577, n° 423).       Il semble qu’elle s’y attarda, Otton Ier voulait-il suivre, encourager et contrôler les derniers travaux engagés par son épouse?

Ou peut-être vérifier par lui-même, une nouvelle fois, si le vin "rouge de Neirstein" mérite toujours sa réputation. Les vignes y sont attestées depuis 742 et on doit voir leurs descendantes sur la photo ci-contre. Sans oublier toutefois que nous sommes en hiver!!

-Trebur, où l’on pouvait faire étape : elle était en effet appréciée  à son époque car elle possédait un grand palais royal datant des Carolingiens, il s’y été tenu un synode important en 895 et une Diète s'y tiendra en 986. L’ensemble avait été bien entretenu depuis par Otton Ier. Plusieurs Diètes (1060 et 1119) et synodes s’y tiendront encore.                                 (MGH. DD. O. I. S. 576, no. 422 et MGH O. II.. S. 75 f., no. 64).

 

NOVEMBRE/DÉCEMBRE

- Francfort, pour finir l’année : tout le monde s'y retrouve,  un peu avant le Ier décembre, afin de passer les cérémonies de la naissance de Jésus, que l’on célèbre ici le 25 décembre, au lieu du 6 janvier comme Théophano en avait l'habitude, dans l’Église arménienne, puis le changement d’année (voir DACL, t. 12 p. 910-926 et suiv.)

 

Via Flaminia avec le nouveau tronçon.

W. Sur carte satellite Nasa

Mur d’Aurélien à la porte Saint-Sébastien, aujourd’hui. W. Lalupa.

 

Promontoire de Morlupo Site

 

Butte d'Otrocoli

Otricoli Thermes Salle de la rotonde, Musée Pio-Clementino, Vatican  Photo. C. Lemaître. Site

 

Le pont d’Auguste sur la Nera J-J-Xavier, Bidauld 1790. Paris, Galerie Charpentier, 1947, no. 6.

 

Narni, abbaye de Saint Cassien. W. Cliché Odoacre

 Cascade de Marmore. W Cliché Croberto68




 

Spolète Château Rocca Albornoziana et le pont del Torri  W. Cliché Betacommand Bot




 

Olivier de S. Emiliano. Millinaire.Photo Pro-Trevi

A Cagli, Pont romain  Mallio.  W. Cliché Renio Linossiooto


 Arc d’Auguste à Rimini. rgbstock. Cliché Assienwin.

Rimini Porta d’Aurea Avant sa destruction au XVI siècle. Site


Rimini. Pont de Tibère sur la Marecchia. W Cliché Heiko Trurnit



Salines de Comacchio. Site

Saint-Apollinaire in Classe. Mosaïque de l’abside. W Haros.

Ravenne Mausolée de Gallia Placidia. Site :

Ravenne Mausolée de Théodoric. Site .

Comparaison. en haut, Praeceptum d'Otto I,  25 mai 972.        Imperii, 2014, p. 171. En bas, un diplôme même écriture, de Louis III (882). (Steffens 1910, ch. XVII, p. 15)

Palazzo Theodorico Ravenne : Site

Arènes de Vérone. W.  Cliché Lo Scaligero

Brescia. Eglise San Salvatore. W. Cliché Bolo 77.

Bergame. Anciennes murailles


Milan. Basilique San Ambrogio aujourd’hui. W. Cliché Idéfix. (restauration du XIIe siècle)

Milan San Giovanni in Conca. Site.

 

Col de San Bernardino. W Cliché Aconcagua

 

Ponts sur la via Mala. Gorges d’un bras du Rhin.     W. Cliché Simisa

 

Gravure de Chur (1642) Matthaüs Merian. W. Commons

 

Abbaye Saint Gall. Reconstitution d'après le plan de 830. Encyclopédie BS.Site.


 Ile monastique de Reichenau en 1627 Musées de Reichenau. Site

 

Statue de saint Blaise. Aujourd'hui, monastère de Sankt-Blasien, Forêt-Noire.


Cathédrale romane de Worms, reconstruite.

 

Pour rappeler aussi que nous sommes en hiver à Ingelheim. Googlemaps. Photo Sphere.Site.

 

Duchés de Souabe et de Franconie au XIe siècle.

      Atlas Niox 1910, extrait Europe 1056, p.12.

Courbe et coteaux du Rhin à Neirstein

 

Reconstitution du palais de Trebur.  Marcus Swittmeier  Site


Au seuil de cette année, la jeune Théophano n’en est qu’à la moitié de son voyage de présentation et d'initiation. Il y a quand même eu près de 2000 km parcourus, en partie par de difficiles routes de montagne, à pied, en carriole et surtout à cheval. Mais il reste encore quelques lieux importants pour compléter son intronisation, tels que Cologne, Magdebourg, Quedlinbourg,  Trèves,  etc. 

Nous avons essayé de présenter des illustrations variées pour montrer la diversité des situations dans lesquelles s’est trouvée notre adolescente. Ce qui lui a permis de connaître les régions et leur population qu’elle aura, elle ne s’en doute pas encore,

à gouverner seule un jour.

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