SON  INFLUENCE                               en cours

 

Théophano développa l'influence byzantine, le lecteur en prendra connaissance

avant le détail de sa vie itinérante. Nous utilisons le terme "développa" car celle-ci, bien que

modeste, existait déjà en Occident. Elle était véhiculée à travers l'Italie, par les artistes recherchés

par les souverains régnant pour certaines leurs réalisations en particulier religieuses,

comme par exemple la chapelle palatine de Charlemagne à Aix-la-Chapelle.

LUI RENDRE JUSTICE

Peut-on trouver mieux que ce texte écrit sur la jeune impératrice par Gustave Schlumberger :

"Je rappellerai seulement que cette femme éclairée gouverna virilement l'Empire au nom de son fils, et sut lui maintenir

le vaste héritage paternel, surtout cette union intime de la couronne d'Italie avec l'empire germanique, gloire particulière

de la maison de Saxe." ......... (Schlumberger 1896, p. 252, 254)

Donc, en cette circonstance extraordinaire avait existé une toute jeune impératrice, de race grecque (d'origine arménienne),

présidant aux destinées de cet empire d'Occident, objet de la part de celui d'Orient d'une haine et d'une envie si tenaces.

Elle le fit avec une parfaite sagesse dans les circonstances infiniment critiques de cette longue régence.

Jamais peut-être l'heure n'avait été plus solennelle pour la monarchie germanique attaquée de tous côtés à la fois.

Théophano, cette jeune femme élevée dans le bien-être, les fêtes et le luxe du Palais Sacré (à Constantinople),

se montra à la hauteur des circonstances. Elle sut se concilier la bienveillance de presque tous, grands et petits,

en Germanie comme en Italie.

Elle sut triompher des antipathies si vives, que nourrissaient les esprits occidentaux, si prompts aux préjugés

à l'endroit des Grecs, de sa religion, de toutes les calomnies adroitement répandues sur la prétendue légèreté

de ses mœurs,de ses coutumes, mal comprises des grossiers esprits teutons, sur la frivolité dont on l'accusait à tort.

Elle ne négligea aucun effort, aucun sacrifice pour poursuivre l'œuvre de son époux, pour assurer, sur des bases

inébranlables,la couronne paternelle à son fils unique.        (Ciggaar 2002, p. 49-63)

 

LA POLITIQUE EUROPÉENNE DE THÉOPHANO

Dès 983 les Danois, en guise de prélude au grand soulèvement des Slaves, s'étaient emparé des fortifications de la marche germanique et avaient obtenu leur indépendance. Théophano vint à bout de cette situation compliquée, non par des moyens militaires mais en tentant une politique plus diplomate envers la Scandinavie : elle soutint l'alliance entre le roi de Suède

Erich VI le Victorieux (ca 945-† 994/95) et son beau-père, le roi de Pologne Mieszko Ier (ca 935-† 992), qui firent soumission

à Otto III à la diète de Quedlinburg en 986.

Sa politique scandinave fut ainsi caractérisée par l’orientation privilégiant  ses activités missionnaires, commerciales et par

son alliance assurant la protection de ses alliés. Dans les trois chartes dites de Wildeshausen, qu’elle établit en mars 988

dans cette ville, en route vers Ingelheim, elle confirma la qualité d'archidiocèse missionnaire pour la Scandinavie pour celui 

de Brême-Hambourg et tenta de renforcer les liens avec les évêchés de Schleswig, Ripen, Aarhus et Odensee, ainsi que

la poursuite de la construction de l'abbaye de Reepsholt en Frise. (RIi II, 3, n° 999,1000,1101)

Envers l'Angleterre on ne possède guère de trace d'une politique de Théophano, ni de relations de l'Empire avec

le faible roi Aethelred II (976-1016)

Au nord-est Théophano avait réussi à rallier de nouveau le roi de Pologne Mieszko Ier à l'Empire, là encore sans intervention

militaire. Même chose pour la Bohême et son duc Boleslav II (967-999), bien qu'en 983 l'un et l'autre aient soutenu Henri II

le Querelleur. Le prince hongrois Geza (Geisha) (970-997), petit-fils du grand unificateur Arpad (ca 845 - † 904) et beau-frère

du roi de Pologne Mieszko, avait déjà fait la paix en 973 avec Otton Ier le Grand à Quedlinburg, ouvrant ainsi son pays au christianisme, non sans accueillir également  la mission byzantine.

En outre Théophano sut déléguer des missions locales : pour la marche de Scandinavie à Liuthar von Walbeck, à Ekkehard Ier

pour la marche de Misnie et pour la Bavière au duc Henri II le Querelleur. La jeune impératrice avait bien compris qu'après 983,

une politique d'offensive guerrière  en Scandinavie ou au nord-est de l'Empire n'était, en raison du rapport des forces,

ni possible, ni souhaitable. On peut d'ailleurs se demander si elle n'avait pas déjà conçu, avant 989, une politique de plus vaste envergure pour l’Europe de  l'Est. 

Même en ce qui concerne l'Italie, où l'impératrice Adélaïde exerçait le pouvoir, au nom de son petit-fils, presque sans interruption depuis 985, c'est à partir d'août 988, lorsque Théophano décida la création d'une chancellerie propre à ce pays, en vue de la préparation d'une campagne militaire, que sa politique active devint visible. Lorsqu' en s'y rendant, à l'automne 989, sans armée,

pour assurer le pouvoir sans entraves de son fils dans la Rome aux mains des Crescentius, on perçoit une fois de plus son

habileté diplomatique et  celle de Notker l'évêque de Liège, agissant sur son ordre.

"C'est justement durant ce séjour de Théophano à Rome, de début décembre 989 à mars 990, mais surtout grâce à la fructueuse rencontre avec l'évêque Adalbert de Prague (955 - † 997), issu de la maison princière bohémienne des Slavnikides,

que la conception théophanienne d'un système d’État européen se mit en place."

(Extraits traduit de Gunther G. Wolf, Kaiserin Theophanu und Europa, in Colonia Romanica, VI, 1991 ; Kaiserin Theophanu Schriften, 2012, p. 102 et suiv.)

 

LES ARTS

 

SON HÉRITAGE RELIGIEUX

On l’a vu, si elle ne fut pas béatifiée comme les autres ottoniennes, on lui reconnait une grande piété et une attention particulière

à tout ce qui a pu amener à  développer le culte de la Vierge Marie en Germanie, en Italie, en particulier dans les abbayes

ou églises mariales deux lui furent particulièrement et exclusivement dédiées, celle de Memleben et celle des Bénédictins

construite, en 986, sur le Munzenberg, à Quedlinbourg.

On peut citer également le fait qu'elle ait confié l'éducation de deux de ses filles, Adélaïde et Sophie, à des abbayes dont elles deviendront par la suite abbesses. Elle donna également une impulsion particulière aux cultes des saints, comme pour les saints Pantaléon, Nicolas, Blaise, etc.   (Corbet 1996, p. 110-135).

Cela fut également matérialisé par les encouragements à une production importante d'ouvrages enluminés dans les monastères,

ou les fresques dans lesquels on reconnaît une influence byzantine naissante, qui arrivera également par l'Italie.                    (McKitterick 2002, p. 169-193)