ANNÉE 984

 

Théophano, qui a seulement 23 ans, un moment surprise et déstabilisée par la soudaineté de la disparition

d'Otton II, est dépassée par  les actions à mener en une telle circonstance.      

Elle ne sera avertie du danger pesant sur la succession de son fils, et sur son propre pouvoir, qu’au début

de l’année, à l’arrivée des premiers courriers, annonçant entre autres la libération d’Henri II le Querelleur.

Elle prendra vite conscience des dangers de la situation après l’enlèvement de son fils, et comme c'est dans "l’adversité que se révèlent les vrais amis" (Cicéron-citation 49285), elle reconnaîtra ceux sur qui elle pouvait compter.

 

JANVIER

- Pavie. Adélaïde, partageant sa douleur, avait donc reçu sa belle-fille avec une grande émotion, malgré le froid de cette saison dans le grand confort du monastère qu’elle a fait reconstruire. Théophano, avec sa belle-sœur Mathilde, vint chercher le soutien de sa belle-mère, qui accepta, sans doute pour son petit-fils, bien qu’étant une partisane du retour d’Henri II le Querelleur !  (Thietmar liv. IV, chap. 1, p. 149)

Envoyant courrier sur courrier à des fidèles, elles en attendaient ainsi toutes les deux des informations sur le développement de la situation. Elles commencèrent à leur parvenir à partir de la fin du mois de janvier, et ne manquèrent pas de les inquiéter, d’autant que depuis leur réception, les choses avaient  certainement dû évoluer.

 

En effet, comme dans un puzzle, les informations se complétaient petit à petit, et faisaient état de la libération d’Henri II le Querelleur par l’évêque d’Utrecht, Poppo (Folkmar d’Utrecht). De gardien, ce dernier, était devenu son libérateur, créant une situation particulièrement dangereuse pour l’enfant! En fait, dès les 27 ou 28 janvier, Henri II se présentait comme le tuteur légitime du jeune roi, rejoignait l'archevêque Warin de Cologne (984), qui avait la garde de l'enfant, et avait fui en l'emmenant. Il l’avait contraint à lui remettre celui-ci, ce qu’avait fait ce dernier, faisant preuve d’une certaine passivité, à la limite de la complaisance !

De passage à Corvey, Henri II le Querelleur avait été sollicité par deux nobles, les frères Theidrich et Esik, précédemment ses adversaires, qui venaient faire allégeance mais, imbu de sa conviction conquérante, il avait repoussé ces deux repentis, déclenchant en retour à nouveau leur hostilité. La clémence était l’apanage des grands de ce monde et sa position en surprit plus d’un. (Althoff  2003, p. 46)

Pendant son séjour, sous la "houlette" de sa belle-mère, grande donatrice aux monuments religieux de la ville, Théophano prend le temps d’une visite de l’église Santa Maria foris portas, qui est un beau témoin  de la période lombarde, et de sa crypte où sont conservées les reliques de saint Eusèbe du IVe siècle, celui de de Samosate (Asie Mineure).

 

FÉVRIER

Mais l’esprit et le cœur n’y sont pas, les impératrices attendent des nouvelles tous les jours. Malgré son caractère secret,  elles apprennent la tentative d’une rencontre, à Brisach, le Ier février, entre Henri II et Lothaire roi des Francs qui venait chercher sa part du gâteau, la Lorraine ! Ce que Henri II lui aurait abandonné volontiers, pour prix de sa non-intervention, s’il n’avait changé d’avis au dernier moment, surprenant le roi des Francs par son absence. Ce dernier s’en était retourné, et dans sa colère, avait conquis la ville de Verdun !       (Thietmar, liv. 4, 3, p. 151 et suiv. ; Ollivier 1969, p. 83 et suiv.)

 

MARS

Continuant ses visites, Henri II le Querelleur s’était rendu avec le jeune roi et sa suite à Magdebourg, pour y célébrer le dimanche des Rameaux, en priant fortement les notables d’être présents à ces fêtes et conforter ainsi par leur présence la reconnaissance de son propre titre de roi. Il avait même exigé leur serment d’allégeance, ce qui en avait surpris certains et provoqué leur départ pluôt vers le Mont-Heslebourg (Asselbourg), où la résistance commençait à s’organiser.  (Luden, 1844, t. III,  p.281 ; Ollivier 1969, p. 87 et suiv.)

Lors de son passage à Mersebourg, Henri II le Querelleur confia le jeune roi à la garde de sa femme, Gisela.

 

AVRIL

En effet, les partisans de Théophano et Otton III ne sont pas restés inactifs : ainsi, Adalbéron de Reims, aidé par Gerbert, a cherché, avec peu de succès il est vrai, à calmer la colère de Lothaire après sa déception.

Entre-temps, Henri II le Querelleur de son côté avait prit le chemin de Quedlinbourg, où il s’était présenté également comme roi et avait présidé lui-même les cérémonies des fêtes de Pâques. Là étaient venus encore des princes ou certains des représentants de ceux qui préféraient suivre de loin l’évolution de l’investiture. On y avait vu, curieusement, les ducs de Pologne, Mistui, des tribus Slaves Obotrites (Abodrites, à l’ouest de Hambourg), Miesko de Pologne et Boleslav de Bohême, venus prêter serment d’allégeance, à la grande satisfaction d’Henri II.

L’évêque Giselher de Mersebourg vint se joindre plus tard à l’assemblée, tout en ménageant ses bonnes relations avec le parti du roi Otton III, relations qui seront bien utiles lors des négociations, que chacun espère constructives. (Thietmar  Liv. IV, chap.. 2 et 3)    

 

10 AVRIL

Vers le 10 avril, des partisans d’Henri II le Querelleur s’attaquèrent ensuite à la forteresse d’Ala, près de Goslar, qui avait appartenu au comte Ekbert le Borgne (le neveu de l’impératrice Mathilda), passé depuis dans le camp du Querelleur, et en profitèrent pour capturer la fille de Théophano, Adelaïde, qui n’avait  que sept ans et s’y trouvait, avec une partie du trésor impérial. Ekbert le Borgne avait été condamné à l’emprisonnement à Utrecht, en même temps qu’Henri II le Querelleur, par Otton II en 978, et il lui en avait gardé rancune. La jeune Adélaïde sera toutefois bientôt libérée par les troupes saxonnes restées fidèles, lors de la reprise du château d'Ala par les partisans de l'impératrice. (Thietmar 2001, Liv. IV, ch. 3, p. 151)

 

FIN AVRIL - RETOUR EN GERMANIE

Vers la fin du mois, Théophano, appelé par Willigis, décida de rentrer en Germanie avec Adélaïde : en effet, les choses se précisant, leur présence sur place devenait indispensable, pour encourager l’opposition à Henri II.  Elles partirent sans attendre,  passant par le col du Grand Saint-Bernard, certainement encore enneigé, avec étape à l’abbaye de Saint-Maurice-d’Agaune,, puis la Bourgogne, le Rhin et enfin Mayence.                                                         (Annales Quedlinburgenses, 1839, p. 66 ; Ollivier 1969, p. 89)

Elles furent accueillies par les troupes de Saxe et de Thuringe, restées fidèles, dirigées par Conrad, roi de  Bourgogne et Conrad duc de Franconie. (Thietmar liv. IV, 3 et 4, p. 151 et sui.)

En arrivant elles apprennent que pendant ce temps, les archevêques de Cologne, Warin, et de Trèves, Egbert, avaient fait défection et avaient intégré le parti  d’Henri II.   

Toutefois, la situation était moins dramatique qu’il n’y paraissait car les vrais alliés du roi Otton III, partisans d’une régence de Théophano, contactés par cette dernière, n’étaient pas restés inactifs. Ils avaient  quitté Quedlinbourg et s’étaient réunis en assemblée au château-fort d’Asselburg, (Wolfenbüttel en Basse-Saxe), auprès d'Eckhard Ier, en se mettant sous la bannière du duc Bernard Ier de Saxe, (950-†1011) et soutenus par l'archevêque de Mayence, Willigis. Il y avait là de nombreux responsables de son duché et certains de ceux qui hésitaient, indignés par la façon conquérante dont se comportait Henri II.

Celui-ci, lorsqu'il avait eu vent de cette conjuration, avait mené ses troupes à Werla, non loin de ses ennemis, à une trentaine de km, pour les intimider ou tenter de les raisonner, en avait dépêchant vers eux l'évêque Popo d'Utrecht pour négocier. Mais lors des pourparlers, il était clairement apparu que ses adversaires n’étaient pas prêts à lui prêter serment en tant que leur roi. Il n'obtint que la promesse de reprise des pourparlers à Seesen, en Basse-Saxe,  un fief Ottonien  En finale, Henri II ne s’y était pas rendu.                                                           (RIi II, 1, de 953 ; Thietmar  liv. IV, 3, p.151 et suiv.)

En effet, il avait préféré regagner la Bavière, où il avait obtenu la reconnaissance de tous les évêques et de quelques comtes. Après son demi-échec en Saxe et l'appui de la Bavière, tout dépendait à présent de la position des princes francs, mais ceux-ci ne voudront à aucun cas revenir sur le sacre d'Otton III.

Gerbert était retourné à Reims reprendre sa fonction d’écolâtre, rejoignant Aldabéron de Reims dans son opposition à Henri II, et confirmait sa fidélité à Otton III. Position présente dans ses lettres écrites durant cette période.                                                                   (Gerbert-Havet 1889, p. XIV et lettres 27, 30, 32, 33, 34)

Pour l’heure, Aldabéron est très occupé par la transformation de la basilique Saint-Remi, qui datait des VIIIe et IXe siècles, où sont protégées les reliques de l’évêque, qui il y a très longtemps (on parle de 496), aurait baptisé un roi des Francs, Clovis.

 

Entre-temps, toujours à l’affut du siège papal, depuis Constantinople, l’antipape Boniface VII, ayant appris la mort d’Otton II, s'était préparé à quitter la ville courant avril pour Rome, accompagné d’un groupe armé byzantin. Dès son arrivée, avec l’aide de Crescentius II, il avait capturé le pape Jean XIV, l'avait fait enfermer au château Saint-Ange, et l'avait sans doute laisser mourir de faim (20 août). (Mathieu-Rosay 1988, p. 190)

Ce fut, à Rome, une autre conséquence du désir d’émancipation après la défaite de Crotone, mais surtout l’exacerbation de la lutte d’ambitions personnelles de deux générations de familles, celle des Crescentius et celle des Ottoniens, comme le commente l’abbé Duchesne. (Mann 1910, p. 341).

 

10-15 MAI

- Bürstadt, près de la rive droite du Rhin, face à la ville de Worms à laquelle on accédait par un bac, offrait des bâtiments de l’ancienne abbaye bénédictine existante, malgré la dernière invasion des Hongrois en 954. Elle abrita ainsi les négociations entre Henri II, toujours sûr de son droit, et de Willigis, accompagné par le duc Conrad de Souabe (983-9997), qui soutenaient  Otton III et Théophano. (Thietmar liv. IV, 4)

En Germanie, le parti de ces derniers, s’était bien ressaisi et devenait de jour en jour plus fort, Willigis en avait pris la tête. Compte-tenu de la situation tendue, pour éviter une guerre, il fut convenu d’une Diète d’Empire entre les différents protagonistes, pour le 29 juin à Rohr (Rara).

 

MI-JUIN

- Mayence, et  Willigis, en attendant, avaient reçu les deux impératrices avec tous les honneurs  dus à leur rang. Pendant leur séjour, les courriers remontant du sud faisaient état de nouvelles incursions de la part des Sarrasins en Calabre par la Sicile, que les Byzantins semblaient incapables de défendre. Cosenza, à la hauteur du fameux cap Crotone aurait même été assiégée, puis conquise et ses habitants emmenés en esclavage.

Les nouvelles de Lorraine ne sont guère plus brillantes. Lothaire, déjà négligé par Henri II, ayant connaissance des accords de Bürstadt, se senti deux fois plus trahi. Imaginait-il qu’il avait un certain droit de regard sur la régence du jeune roi ? Il pense qu’une situation aussi confuse ne se représentera plus et en profite pour envahir de nouveau la Lorraine, reconquiert Verdun, dont il confia la garde à son épouse Emma, qui n’est autre que la fille de l’impératrice Adélaïde!     (RIi  II, 3 n° 956n/2)

Mais tout le monde attendait impatiemment le début et les résultats de la négociation  qui promettait  d’être serrée avec Henri II. L'évêque Notger de Liège était également attendu.

 

29 JUIN

- Rohr, (Rara) près de Meiningen en Thuringe, avait donc été retenu pour une entrevue entre les protagonistes, dans son abbaye féminine, comme par hasard en connexion étroite avec Mayence. Henri II, devant la détermination des partisans de Théophano et de son fils, avait entretemps prit  conscience des risques de la situation.

De  leur côté, Théophano, Adélaïde, Mathilde de Quedlinbourg, Willigis de Mayence, Conrad de Bourgogne, le duc Conrad de Souabe et  Notger, qui reçurent avec égards Henri II, bien que déterminés, étaient prêts à faire quelques concessions.

Mais laissons Philippe Ollivier présenter l'entrevue (1969, p. 90) :

Les délégations arrivent l’une après l’autre sur la place du village. D’abord Adélaïde et Théophano, avec le roi Conrad III de Bourgogne, le duc de Souabe, l’archevêque Willigis et une nombreuse suite. Ensuite le Querelleur, entouré de ses amis et tenant par la main Otton III, qui, voyant sa mère pour la première fois depuis une année entière, comprend que la fin du cauchemar est enfin arri­vée. Dans l’assemblée, les princes italiens se mêlent aux princes germaniques.

Les tractations s’engagent mal ; les princes sont difficiles et pressés, Henri II, nerveux, menace de garder le roi. Des disputes éclatent. Mais soudain l’assemblée est saisie de stupeur : une grande étoile blanche passe lentement dans le ciel de midi, traînant un panache d’étincelles. On se cache les yeux, on se signe; certains s’agenouillent, se souve­nant de l’oiseau blanc de la forêt de Ketil (lieu de naissance d’Otton III, forêt  de Kessel). Et, dans ce silence terrifiant, Henri II, troublé, jure encore de tenir sa promesse, tandis que le petit roi traverse tout seul la place pour aller se jeter dans les bras de sa mère. Comme l’écrira Gerbert, Willigis a arraché Otton III à la "gueule du loup".                                  (Gerbert-Havet 1889, lettre n° 34, p. 33)

On continua à discuter de la tutelle du jeune roi, qui serait confiée à un conseil de régence comprenant les deux impératrices, Théophano, Adélaïde et sa tante Mathilde. Redoutant l'issue d'un éventuel conflit, Henri II accepta finalement de renoncer au trône.

(Thietmar 4, 2, p.150 et suiv. ; RIi. II, 3 n° 956q/2)

On lui promit des garanties pour la conservation de son duché de Bavière, à confirmer lors d’une prochaine rencontre à Bürstadt, en effet, il se trouvait là en concurrence avec un de ses cousins, Henri III dit le Jeune, le fils de Berthold de Bavière et de son épouse Bieltrude. Son père ayant été dépossédé de son duché de Bavière, il avait reçu en compensation le duché de Carinthie en 976, cédé  en 978 à Othon de Carinthie avant de le récupérer en 985. Il avait été brièvement investi du duché de Bavière de 983 à 985, après la révolte Henri II le Querelleur, avec lequel il se trouvait donc en rivalité. On ne peut pas affirmer qu’il quitta l’assemblée rassuré et très heureux.

La carte ci-contre représente le duché de Saxe, de la Thuringe et le duché de Bavière, objet du litige, où évolue la cour, avec en bas à droite la Carinthie qui pourrait servir de "lot de consolation".

 

JUILLET

- Quedlinburg les reçut ensuite dans une atmosphère festive, sans doute pour profiter de quelques moments de détente avec la famille, à nouveau regroupée, après ces mois de tension et d’émotion, avec Otton III et la petite Adélaïde,. Ces évènements vécus par ce petit garçon de quatre ans, depuis près d’un an maintenant, le marquèrent certainement.

Le problème de la régence semblant réglé, du moins momentanément, Théophano va maintenant s’occuper de l'éducation du jeune roi, en constituant petit à petit son équipe d’éducateurs. Son éducation sportive et militaire est confiée au comte Hoiko von Eupen (qui deviendra en 987 son conseiller militaire) et, au fil des années, pour la culture Bernward de Hildesheim, pour les sciences Gerbert (le futur pape Sylvestre II) et pour le grec John Philagathos Rossano (le futur pape Jean XVI) . (RIi II,3 n° 956u/2 ; Labande 1963, p. 5 et suiv.)

C’est d’ailleurs à cette période que Gerbert, toujours à Reims, soucieux (et ambitieux) de se rendre utile avait demandé à l’impératrice des conseils sur sa venue ou non à la cour impériale. (RIi, II, 3, n° 956v2)

 

SEPTEMBRE

C’est en septembre seulement que la cour quitta Quedlinbourg pour Mayence, où Théophano devait retrouver Willigis, son principal conseiller, qui conserve ainsi son titre d’archichancelier, octroyé par Otton II, et Hildebald de Worms qui devient chancelier. Dans les faits, Willigis devint le personnage central de l’action de la jeune impératrice, avant d’être, à sa mort, le régent du jeune roi .

Avant de quitter Quedlinbourg, Théophano apprend enfin une bonne nouvelle par ses messagers: un certain nombre de ses partisans et des opposants à Lothaire ont repris Verdun, et sont en train de la fortifier pour s’opposer à toute nouvelle incursion du roi des Francs, qui de ce fait se trouve bien isolé. Le départ pour Mayence se fait donc dans une atmosphère plus détendue, heureusement, car la cour a quand même près de 400km à parcourir.

 

OCTOBRE

- Mayence, est toujours une destination importante. Cette fois, ce sera pour Théophano l’occasion d'y tenir le premier conseil de régence, l’occasion de commencer à prendre en main les affaires de l’empire et à concevoir sa politique impériale, tant sur le plan interne qu’à l’extérieur. On voit la chancellerie reprendre petit à petit son activité, avec les deux archichancelier et  chancelier de la Germanie.

Le 7 octobre, apparaît, pour la première fois, le nom du jeune roi  sur un diplôme au bénéfice de l’archevêché de Salzbourg. Théophano s’y manifeste également en imposant son titre : matris nostre domine augusta Theophanu, c’est-à-dire : notre mère la souveraine auguste (ou l’impératrice) Théophano.  (RIi II,3 n° 956a/3 et 957)

 

15 OCTOBRE

- Speyer (Spire), ne fut pas une étape choisie au hasard. Indépendamment de sa position stratégique commerciale sur le Rhin, face à Worms, la ville est le siège de l’évêché d’un très ancien diocèse. Précédemment nommée Nemetæ vel Spira, son nom apparait au IXe siècle, puis dans un diplôme d’Otton Ier qui lui accorde l’immunité et le droit de frapper monnaie ! Elle était ville impériale comme Mayence ou Worms. Conrad le Rouge, comte du Nahegau, du Wormsgau et du Speyergau fut présent aux côtés de l’empereur, dont il épousa même la fille Liutgard. (RIi II, 1, 4 octobre 969, p. 223 ;Althof  2003,  p. 44)

C’est d’ailleurs, Balderich, prince-évêque, de 970 à 987, de ce petit diocèse, qui les accueillit. Sans doute un accueil modeste, mais de bonne qualité, puisqu’il avait fait ses études au monastère de Saint-Gall. (Vita Meinwerci, in MGH Ss XI, p. 108)

 

Un premier colloquium (colloque) eut lieu pour évoquer les problèmes en cours, la mise en place de la tutelle, la situation en Lorraine, et l’on y appris la destitution de Jean XIV qui avait été enfermé dans le Castel Sant-Angelo, où il devait mourir.

(RIi Ii, 3 n° 957a et 958)

Théophano, toujours curieuse de connaître l’histoire, en particulier religieuse, prit le temps de  s’intéresser à la vie et l’histoire de la ville, aux vestiges de l’ancienne église, dont le remplacement par une cathédrale correspondant à son développement, est prévu. Ainsi que le mur d’enceinte datant de la présence romaine. A-t-elle vu, chez l’évêque, le "Chapeau      d' "or" de Schifferstadt  ? On lui expliqua que cet objet en bronze recouvert d’or, dont on ne connait en fait pas la destination, daterait, d’après la tradition orale, de tellement longtemps, que cela serait même antérieure à la présence des Romains ?

Mais la cour ne s’y attarda pas et on retint la date d’un nouveau colloque, le 20 octobre, à Bürstadt, cette fois avec Henri II pour tenter de finaliser et consolider l’accord.

 

16 OCTOBRE         

- Worms, non loin, ne pouvait que bien les recevoir, puisque Théophano confirma à cette occasion le maintien  de son titre de chancelier à l’évêque de la ville, Hildebald. Un petit conseil est organisé pour préparer la prochaine rencontre avec Henri II le Querelleur. Y participent Henri le Jeune, duc de Bavière du moment, le duc Conrad de Souabe, l'archevêque Warin de Cologne revenu à des sentiments plus intéressés, les évêques Gerhard de Toul et Erkanbald de Strasbourg.

On y traite également de la nouvelle de la mort de Thierry Ier de Metz. Un fidèle, mais qui était passé au parti d’Henri le Querelleur. On le remplace par un vrai fidèle, Adalbéron Ier, alors évêque de Verdun, qui de ce fait est confié à Adalbéron II, un autre fidèle, neveu d’Hugues Capet. Nomination qui est de suite remise en question par Henri le Querelleur, qui voit la ville lui échapper à nouveau.  (RIi II, 3, n° 958a)

- Bürstadt accueillit donc à nouveau les impératrices et Henri II qui devait venir faire sa soumission "définitive". Toutefois, il restait toujours en suspens l’attribution de la Bavière et de la Carinthie, entre les deux cousins et  au final, malgré bien des discussions, aucun accord ne fut trouvé. Il faudra se réunir à nouveau, d’autant qu’Henri II prépare déjà dans sa tête une riposte armée. (RIi II,3 n° 958b)

Pour sa deuxième visite, l’abbé de Bürstadt avait préparé pour Théophano un manuscrit datant de 764, qui faisait état d’une transaction avec l’abbaye de Lorsch, et prouvait ainsi l’existence de Bürstadt construite au temps des Carolingiens. (qui sera repris au XIIe siècle dans le Codex Laureshamensis, Codex de Lorsch,  n° 3824, ci-contre)

- Worms voit passer les deux impératrices qui éditent un diplôme en commun concernant le monastère Saint-Paul à Verdun. Ce qui permet à Théophano de confirmer sa position : dilectissime matris nostre Theophane augustarum. (MGH DO III 396 ff. ; RIi, II,3, n° 959)

 

Les distances étant courtes, on les voit évoluer dans cette province de Rhénanie-Palatinat où les Ottoniens sont bien implantés. Il n’est donc pas étonnant de voir la cour aller par exemple de Mayence à Worms ou de Worms à Ingelheim assez facilement. A chacun des passages, elle n’hésite pas à voir l’état d’avancement des travaux de la chapelle Saint-Nicolas dans la cathédrale. Ce qui permettra à la tradition orale de faire état du don de sa part, lors de son premier passage en 972, de la relique du saint.

Mais ce sont les murailles qui l’impressionnent le plus, certains éléments remontant à plusieurs siècles. Un exemple à retenir pour d’autres villes menacées pense-t-elle.

 

27 OCTOBRE         

- Ingelheim, et son hébergement relativement confortable fut choisie pour passer la fin de l’année. Elle se souvient que Charlemagne avait fait de même ! Elle poursuit ses consultations lors d’aller-retour à Mayence en particulier et prit, par exemple, le temps de régler un question de propriété avec le monastère d’Einsiedeln. C’est dire que les litiges étudiés et tranchés auparavant par Otton II lui remontaient maintenant. (RIi II,3, n°  960)

 

NOVEMBRE - DÉCEMBRE

- Mayence, avait toujours sa préférence pour y tenir ses "conseils" avec Willigis pour l’étude et la résolution des problèmes en cours. Le sculpteur de la pierre tombale du XIVe siècle, ci-contre, ne s’est pas trompé en représentant Théophano à côté d’Otton II, avec les attributs du pouvoir !

Elle eut quelques jours de repos avant de repartir pour Ingelheim, et les mit à profit pour faire quelques visites, dont celle du couvent des femmes dédié à sainte Bilhildis. On lui rapporta qu’il avait été construit il y avait  plus de cent ans (en fait VIIe siècle) et semblait encore en bon état. Il s’appelle depuis peu : Altmünster. Dans les années 960, il avait bénéficié de l’appui de son beau-père Otton Ier.

 

- Ingelheim les accueillit donc dans ses palais, début décembre. On la verra faire un point de la situation extérieure de ses voisins. Pour l’Italie, elle suggère à Gerbert de ne pas s’y rendre immédiatement, de rester à Reims où il peut lui être plus utile. (RIi II, 3, n° 962)

 

25 DÉCEMBRE

Ce fit un bien entendu un triste Noël. Mais on l’a vu, à travers les rencontres, les premières décisions, la mise en place de son "équipe" avec Willigis, Théophano se reprend et se prépare à exercer pleinement son pouvoir de régente, en fait d’impératrice, pour le maintien de l’intégralité du Saint Empire, et ce malgré, il faut bien le dire, l’héritage d’une situation plutôt chaotique.

En effet, les envoyés ottoniens rapportent que déjà Lothaire II, le roi des Francs, qui vient d’apprendre la prise et la fortification de Verdun, se prépare à repartir en campagne au début de l’année, pour reconquérir la ville! Le 28 décembre, la consécration par l’archevêque Egbert de Trèves, d’Adalbéron II, au diocèse de Metz, provoque quelque agitation.

Henri II le Querelleur. Auteur Bóna István, Xe siècle Monastère de Niedermünster, Regensburg. W. Cliché Szilas.

 

Pavie. l’église Santa Maria  foris portas, de la période lombarde. W. Cliché Aldechi.

 

Pavie. Crypte de Saint-Eusèbe, VIIe siècle. W. Cliché Sailko.

 

Miesko I de Pologne. W. Cliché Przesłany.

 

Col du Grand Saint-Bernard au printemps. Refuge actuel.

 

 

 

Reims. Basilique Saint-Remi. Site

 

Rome. Château Saint Angelo. Saint Ange

Rohr. Michaeliskirche, IXe siècle.W. Cliché Chris06

 

 

 

Extrait carte Europe en 1050. Duchés germaniques.  Niox,

 

Willigis de Mayence et religieux de la cathédrale Saint-Étienne. Anonyme XIIe siècle. Site : 

Goldener Hut von Schifferstadt (Chapeau d' or de Schifferstadt).W. Cliché Immanuel Giel. Site :

 

Codex de Lorsch. N° 3424, « Hube in Burstar ». Würzburg, Staatsarchiv. Site:

 

Worms. Chapelle Saint-Nicolas. Inscription sur marbre, consécration de la  chapelle en 1058. Site

 

Worms Stadtmauer Torturm. W. Cliché Heidas.

 

Mayence. archevêque Peter von Aspelt († 1320).  Plaque tombale, vers 1335-38. Site

 

Mayence Abbaye Altmünster, Mascopschen Stadtplan (cartographie de la ville, Gottfried Mascop), 1575.     W. Cliché Symposiarch

 

Codex Egberti Adoration des roi mages Xe siècle.  Stadtbibliothek Trèves, Ms. 24.

 


L'année se termine sur un bilan mitigé, mais Théophano maitrise un peu mieux la situation

et semble plus que jamais bien déterminée à sauvegarder ce qui peut l'être.

                  A suivre : Année 985

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